Comprendre les cycles en général pour mieux appréhender, entre autres, le cycle
du carbone et ses liens avec le climat.
Déroulé augmenté d'une formation en ligne
Le parcours proposé ci-dessous est basé sur le déroulé de la formation en ligne
délivrée du 14 septembre au 20 octobre 2023. Après relecture du déroulé initial,
corrections, précisions et compléments d'information aboutissent, avec la reformulation
de certains passages, à un parcours plus complet dont les commentaires proviennent
essentiellement des réponses des participants et d’échanges durant la
formation.
Étape 1 – L’eau et son cycle, pour poser les bases
Ressources à (re)découvrir / parcourir et questions
Après avoir pris connaissance des 3 figures proposées ci-dessus, répondez
aux questions ci-dessous avec l'aide éventuelle de ressources complémentaires du
site Planet-Terre ou d’ailleurs.
Dans les 3 figures proposées, quels sont les 3 paramètres toujours
considérés pour représenter le cycle de l’eau ? Quel est le paramètre
supplémentaire qui est proposé dans la figure de Caron et al. ? Exprimez-le, si possible, en
fonction des autres paramètres disponibles. Quelles grandes différences et
similitudes remarquez-vous entre ces représentations du cycle de
l’eau ? Proposez une explication.
Ajoutons l’information suivante : le volcanisme terrestre génère
un flux d’eau d’environ 2.1012 kg/a vers
l’atmosphère. Pourquoi cette information n’a-t-elle pas été prise en compte
dans les représentations précédentes ? Comment l’intégrer à une
représentation plus “complète” ?
Depuis plusieurs décennies, le volume des glaces (montagnes, inlandsis)
diminue. Confronter cette information aux cycles proposés pour mettre en
évidence l’hypothèse sous-jacente à la représentation des cycles. Comment
cette hypothèse apparait-elle néanmoins dans les
représentations ?
Éléments de réponse
On trouve toujours des réservoirs
délimités ayant un nom et un stock de l’élément considéré (ici l’eau), réservoirs entre
lesquels sont représentés et quantifiés des flux. Un temps de résidence
est parfois indiqué. Le temps de résidence d’un élément est, pour un
réservoir donné, le rapport entre le stock et la somme des flux entrants (ou
sortants).
Dans les trois figures, les mêmes grands réservoirs sont toujours
présents, mais certaines représentations précisent des sous-réservoirs
individualisés ou non, séparent ou non l’atmosphère en atmosphère terrestre
(continentale) et atmosphère marine et les données, bien que non exactement
égales, sont du même ordre de grandeur. Si les grands réservoirs terrestres
à distinguer sont à priori évidents, on est amené ou non à focaliser son
regard sur le ou les réservoirs les plus impliqués dans les processus que
l’on étudie. Par exemple, on distinguera ou non les glaces selon les
processus étudiés. On peut aussi penser que les représentations diffèrent en
fonction du public visé : chercheurs modélisateurs, climatologues,
étudiants.
Ce flux est minime par rapport aux flux considérés. À court et moyen
terme, il peut donc être négligé (attention un apport même apparemment
minime sur de très longues périodes géologiques peut avoir de grandes
conséquences). De plus, sa prise en compte nécessiterait de représenter un
réservoir supplémentaire, le manteau terrestre, et les flux le reliant aux
autres réservoirs. Si les cycles proposés sont réalisés dans le cadre de la
compréhension de phénomènes externes à court ou moyen terme, on peut ne pas
intégrer ces échanges mathématiquement minimes non (ou peu) impliqués dans
les phénomènes de surface étudiés.
Dans le cycle de Jambon et Thomas qui distingue bien le réservoir
“glaces”, on note des flux entrants et sortants égaux. Aucune variation du
stock de glace n’est donc “envisagée”. Cela vient du fait que l’on considère généralement un état stationnaire pour les
réservoirs représentés car on représente souvent d’abord un
état des lieux des réservoirs, flux et processus globaux moyens impliqués
dans le cycle étudié. Les échanges se font alors entre réservoirs de stocks
constants, ce que l’on peut vérifier par le fait que les flux entrants et
sortants d’un réservoir sont égaux.
Commentaires
Si on prend les chiffres des trois documents pour calculer le temps de
résidence de l’eau dans l’atmosphère, on trouve de l’ordre de 0,022 à
0,030 an (soit 8 à 11 jours) et pas 0,3 a (110 jours) comme
indiqué sur la figure du Caron et
al. (pas facile d’éditer un livre sans
coquille).
Le temps de résidence d’un élément dans un réservoir, parfois noté τ,
est le rapport de la masse de l’élément considéré dans ce réservoir sur la
somme des flux entrants (ou sortants, chaque réservoir étant considéré à
l’équilibre). Ce temps est parfois appelé temps de renouvellement car il
correspond au temps nécessaire pour apporter (ou extraire) une quantité
d’élément égale à la capacité du réservoir. Mais, les réservoirs étant
considérés comme bien mélangés et homogènes, on ne peut pas considérer que
tout nouvel apport, à t>0, ”pousse” une quantité équivalente d’élément
présent à t<0, de fait qu’à t=τ, tout ce qui était présent initialement
serait remplacé. Si on reprend l’exemple de l’eau qui a un temps de
résidence de l’ordre de 10 jours dans l’atmosphère, cela ne signifie pas que
toute l’eau présente un lundi matin dans l’atmosphère a précipité le
mercredi soir de la semaine suivante et a été totalement remplacée. Par
contre cela signifie que pendant ces 10 jours, la quantité totale d’eau
précipitée est égale à la quantité présente dans l’atmosphère. De l’eau peut
s’évaporer et reprécipiter dans les minutes ou heures qui suivent. Parfois
l’eau évaporée au-dessus d’un océan peut parcourir des milliers de
kilomètres avant de précipiter bien plus loin en étant restée plus de 10
jours dans l’atmosphère. Cependant, on peut montrer par le calcul que le
temps de résidence, tel qu’il est défini, correspond au temps moyen passé
par l’élément considéré dans le réservoir étudié : parfois il y reste
moins longtemps, parfois plus, mais en moyenne il y reste un temps
τ.
Point de vocabulaire : un bassin est dit endoréique lorsque son
réseau de rivières n’atteint jamais les océans (l’eau des rivières n’atteint
jamais “la mer”).
Étape 2 – Cycle du carbone et climat, pour revenir à un classique
Ressources à (re)découvrir / parcourir et questions
Après avoir lu l’article de J. Gaillardet et pris connaissance des deux
diapositives d’A.S. Krémeur, répondez aux questions ci-dessous avec l'aide
éventuelle de ressources complémentaires du site Planet-Terre ou
d’ailleurs.
En prenant en compte les réservoirs représentés sur la figure 3 de
Gaillardet (2000), et en comparant aux cycles de l’eau vus en première
étape, indiquer les différences globales entre eau et carbone concernant
leurs formes / états dans les différents réservoirs et la nature des flux
représentés. Quel réservoir important n’est pas représenté sur cette
figure ? Pourquoi, à votre avis ?
Quels sont les différences entre les cycles présentés sur les
diapositives 4 et 5 de Krémeur (2008) ?
La diapositive 5 indique en rouge ce qui est lié à l’activité
humaine depuis 1820-1850 environ (début de l’ère industrielle). Que
remarque-t-on lorsqu’on fait le bilan des flux affectant l’océan de
surface ? À quoi cela est-il dû ? Quels sont les réservoirs
affectés et, d’après vos connaissances, quels en sont les impacts globaux
observables et/ou envisageables (au moins 1 exemple) ?
[subsidiaire] Peut-on aujourd’hui
négliger le réservoir et les flux mantelliques et les processus géologiques
associés pour l’étude rigoureuse du climat à l’échelle du siècle à
venir ?
Éléments de réponse
Pour l’eau, on suit partout la même molécule H2O
(sauf éventuellement –OH pour les minéraux hydroxylés quand on prend en
compte le manteau), et les flux sont des transferts de matières avec ou sans
changement d’état. Pour le C, cet élément est contenu dans des molécules
diverses : CO2,
HCO3−,
CO32−, matière
organique, charbon, hydrocarbures, carbonates… et les flux sont parfois de
simples transferts ou équilibres mais aussi des transformations importantes
(photosynthèse, synthèse, combustion, précipitation…). Le manteau, réservoir
principal en masse, n’est par représenté car on s’intéresse souvent au seul
cycle externe et les flux entre externe et interne sont faibles et
considérés comme équilibrés à l’échelle de temps des études.
Le cycle à long terme nous présente les grands processus géologiques à
l’échelle de la planète qui se jouent sur des milliers voire des millions
d’années. Pour le cycle à court terme, quantifié, on reste sur le cycle
externe concernant les processus biologiques et l’équilibre
océan-atmosphère, non détaillés dans les processus à long terme, pour une
modélisation à “court terme”.
Le bilan des flux sur l’océan superficiel montre que les flux entrants
sont supérieurs aux flux sortants avec un excédent de 0,3 Pg de C par
an (1 Pg = 1015g soit, autre notation classique
mais non conforme à la notation scientifique, 1 Gt – 1 milliard de tonnes).
Il n’y a pas équilibre, ce réservoir “grossit”. La source initiale de cet
afflux de C est la combustion des combustibles fossiles (fossile fuels) ainsi que la
déstabilisation du réservoir de biomasse par la déforestation et l’usage des
sols. L’atmosphère est directement impactée et ensuite, l’océan superficiel
et profond. Cet apport de carbone à l’atmosphère sous forme de
CO2, gaz à effet de serre, engendre une
augmentation de la température globale et, par équilibre avec les océans,
une acidification des océans. L’augmentation de température induit une
dilatation de l’océan superficiel et une fonte des glaces qui expliquent une
augmentation du niveau des océans. Température en hausse et acidification
entrainent aussi un des stress sur les coraux induisant un blanchissement de
ces derniers.
Le climat est lié à l’énergie solaire et aux réservoirs et processus
externes. Les échanges avec le manteau étant faibles, leurs éventuelles
variations n’auraient d’impact qu’à plus long terme, au-delà de la fin du
siècle. Les variations climatiques liées à des crises volcaniques
historiques (observées et consignées), par exemple, n’ont eu d’effet que sur
quelques semaines, mois ou années. Certes, une éruption volcanique
importante aurait un effet… mais on ne peut prévoir ni sa survenue, ni son
intensité (et donc l’éventuel impact au-delà de quelques
semaines).
Commentaires
Il semble important de bien redonner l’équation d’équilibre des
carbonates, parfois encore écrite “trop vite”, CO2 +
CO32− +
H2O ↔ 2
HCO3−, à retrouver, par exemple dans La Fontaine de Réotier (Hautes-Alpes)… et l'acidification des
océans (article dans lequel il est aussi question, comme
indiqué dans le titre, de l’acidification des océans).
Il est important de bien se rappeler l’échelle de temps pour laquelle
on considère un processus. Par exemple, le bilan carbone de la biomasse est
nul à l’échelle de temps de la vie des organismes. Une forêt climacique (à
l’équilibre) relargue autant de carbone qu’elle n’en séquestre. Par contre,
remplacer une prairie par une forêt piège du carbone pendant toute la phase
de croissance de la forêt (quelques décennies).
Un cycle à l’équilibre ne signifie pas que les flux entre chaque couple
de réservoirs sont égaux, mais bien que pour chaque réservoir la somme des
entrants égale la somme des sortants.
Attention à ne pas lire trop vite et à confondre Pg (pétagramme,
1015 g) et pg (picogramme,
10−12 g). On pourra se rafraichir la
mémoire en relisant Multiples et sous-multiples jusqu’à
10^(−)30.
Après avoir lu l’article ci-dessus, répondez aux questions ci-dessous avec
l'aide éventuelle de ressources complémentaires du site Planet-Terre ou
d’ailleurs.
Quels sont les 2 principales formes minérales soufrées, l’une réduite
et l’autre oxydée, relativement faciles à trouver et à montrer à des élèves
/ étudiants ? Dans quelles conditions / quels contexte se
forment-elles ?
Donnez 2 liens directs ou indirects d’action de composés soufrés sur
des mécanismes affectant le climat. En quoi le cycle du soufre est-il en
lien avec la biomasse ? Quel est le rôle du soufre dans la RMS
(réduction microbienne du soufre) : contexte et conséquence sur le
cycle du S.
À partir des cycles étudiés, proposez la conséquence à long terme d’une
baisse importante du volcanisme d’origine mantellique sur la composition en
O2 et CO2 de l’atmosphère
(et de l’océan). Qu’est-ce que cela pourrait donner si on partait d’une
atmosphère initiale riche en CO2 et pauvre en
O2 … comme il y a 3 Ga ?
[subsidiaire] D’après vos
connaissances, donnez au moins un exemple d’élément “mineur” dont le cycle
est très important pour la matière organique et donc la vie.
Une forme oxydée classique est le gypse
(CaSO4.2H2O) (et sa forme
déshydratée, l’anhydrite). Le mode de formation dominant est le contexte
évaporitique mais il y a aussi du gypse formé par mobilisation et
cristallisation hydrothermales aussi bien en contexte volcanique, plutonique
que sédimentaire (cf. par exemple, Soufre natif, gypse et sulfato-réduction
et Le gypse triasique de Bidart, Pyrénées
Atlantiques).
Le soufre atmosphérique peut former des aérosols augmentant l’albédo
(diminution de l’énergie solaire reçue au sol) et contribuant ainsi à un
refroidissement… tant que les aérosols sont présents dans l’atmosphère. Par
ailleurs, l’acide sulfurique libéré par l’altération peut remplacer le
CO2 atmosphérique dans les réactions d’altération
des silicates (normalement pompe à CO2) et des
carbonates (normalement bilan nul, mais, ici, dégazage de
CO2), ce qui contribue à ne pas diminuer voire à
augmenter l’effet de serre lié au dioxyde de carbone, donc à ne pas
refroidir voire à réchauffer.
La présence de S dans certains acides aminés et dans d’autres molécules
soufrées (coenzymes, ponts disulfure dans certaines protéines…) fait de la
biomasse un réservoir et un agent du cycle du soufre. La RMS est une
respiration anaérobie dans laquelle le soufre oxydé devient soufre
réduit , il est accepteur d’électrons, rôle tenu par l’oxygène dans la
respiration oxygénée, cette respiration réduit donc le soufre.
On essaie de voir ce à quoi aboutit la variation d’un flux à priori
mineur mais sur un temps long. On considère alors les autres flux comme non
modifiés. Une baisse du volcanisme d’origine mantellique diminue le flux de
CO2 et de soufre vers l’atmosphère (ou le système
océan-atmosphère). Remarquons, qu’il diminue aussi le flux de fer réduit
présent dans les laves (altérées par la suite).
Si on diminue les apports mantelliques de CO2
vers l’atmosphère en gardant le même flux d’apport vers le manteau
(subductions) et la formation de carbonates, on diminue le stock de carbone
atmosphérique. Cette diminution est alors facilitée à long terme par la
baisse de CO2 dans l’océan (baisse de l’acidité) qui
déplace l’équilibre des carbonates vers leur précipitation (attention :
la précipitation de carbonates à partir des éléments issus de la dissolution
de carbonates a un effet nul sur le stockage du C et donc du
CO2, ici, on parle d’une variation des composants
de l’équation d’équilibre non liée à une telle dissolution). Ceci mène donc,
petit à petit, à une baisse de la teneur en CO2 dans
l’atmosphère et donc à un effet de refroidissement sur le climat.
La baisse des émissions de sulfures, et autres éléments réduits
(Fe2+), limite la “consommation” de dioxygène
engendrée par leur oxydation dans l’atmosphère et l’océan. On peut donc
envisager, une fois oxydé le “stock” d’éléments réduits, une augmentation de
la teneur en O2 dans les océans et l’atmosphère. Si
on partait d’une très faible teneur en oxygène dans l’atmosphère, on peut
arriver à des teneurs permettant la formation d’une teneur en ozone
facilitant l’implantation de vie hors de l’eau grâce à son effet protecteur
contre les rayonnements ultraviolets délétères pour l’ADN (l’eau protégeant
la vie marine de ces UV).
On voit ici qu’une perturbation du cycle interne “long” à flux
quantitativement faibles par rapport aux réservoirs de surface, peut
engendre à long terme, par effet cumulatif, des modifications
importantes.
Un élément classiquement étudié est le phosphore (P), élément limitant
pour le développement des “plantes” (et de toute la chaine trophique qui
suit). Sa principale source (pour la vie) est l’altération de l’apatite
(phosphate de calcium). La limitation spatiale d’une forte biomasse marine à
la proximité des côtes est liée aux apports de P, entre autres, par les
fleuves. Le phénomène d’upwelling près des côtes permet aussi la
remobilisation d’éléments nutritifs (dont le P) issus de la sédimentation
des restes des êtres vivants de la zone côtière.
On peut aussi s’intéresser aux cycles de l’azote (N) (mais pas très
“mineur” dans la composition de la matière organique dont les 4 éléments
principaux sont C, H, O et N) et du potassium (K) (autre composant des
engrais “NPK”), ou à ceux d’autres éléments mineurs mais nécessaires pour la
vie tels que Ca, Fe, I, Ni, Mn… et autres éléments entrants dans la
composition de molécules et cofacteurs divers (Se, Si…).
Commentaires
La pyrite se forme en milieu anoxique en général, pas seulement sur le
plancher océanique. Tout bassin sédimentaire peut présenter à un moment ou à
un autre des conditions d’anoxie.
L’évaporation et la formation d’évaporites ne nécessite pas le chaud
mais le sec, même si l’évaporation est plus rapide en milieu chaud. Les
salars andins montrent que l’évaporation en milieu endoréique fonctionne
très bien en altitude (cf. Un exemple de salar : le salar d'Atacama,
Chili.
Dans la RMS (réduction microbienne du soufre), à l’instar du dioxygène
dans la respiration aérobie, le sulfate,
SO42-, peut jouer le
rôle d’accepteur d’électrons. Cela permet d’oxyder le carbone organique
contenu dans la biomasse des écosystèmes présents en milieux anaérobie, et
donc de reminéraliser ce carbone. Il y a donc ici un lien entre cycle du
carbone (minéralisation du C) et cycle du soufre (réduction du S).
Étape 4 – L’océan et l’âge de la Terre, de Joly à la spillitisation
Ressources à (re)découvrir / parcourir et questions
Après avoir éventuellement pris connaissance des textes concernant les
travaux de Joly, et lu l’article de Pierre Thomas, répondez aux questions
ci-dessous avec l'aide éventuelle de ressources complémentaires du site
Planet-Terre ou d’ailleurs.
Reprenant une idée d’Edmond Halley vers 1715, John Joly a considéré que
les quantités actuelles en certains éléments dans les océans résultaient de
leur accumulation au fil des temps par les apports des rivières à partir
d’un océan primitif d’eau pas ou très peu minéralisée et en l’absence de
processus connu extrayant ces éléments. Dans le cadre d’un cycle équilibré
du sodium et en considérant que la formation des océans est précoce dans
l’histoire de notre planète, ceci lui permet d’estimer l’âge de la Terre (de
l’ordre de 90 Ma). À partir des données actuelles proposées, expliquer
le calcul et l’appliquer au Cl et au Na. Commenter.
L’étude de basaltes “océaniques” (du moins marins) altérés a mis en
évidence le phénomène de spillitisation ou albitisation des plagioclases.
Rappeler les formules de l’anorthite et de l’albite et ce qu’est la
spillitisation. Quel(s) élément(s) est(sont) libéré(s) lors du passage de
l’anorthite à l’albite par apport de Na ? Dans le cadre d’un cycle
équilibré du sodium et en considérant que l’hydrothermalisme dans la
lithosphère océanique est le processus qui permet le maintien d’une teneur
constante en Na dans les océans (les apports venant des rivières), calculer
le flux d’eau océanique annuel nécessaire sachant que seul 10 % du
sodium de l’eau de mer réagit lors de son passage dans la lithosphère. En
déduire, en combien de temps “toute l’eau de l’océan passe dans la
lithosphère” par ce processus.
Qu’est-ce qui est en réalité estimé par les calculs de J. Joly, à
l’époque, et ceux de la première question, aujourd’hui ?
[subsidiaire] Donner une conséquence
de la circulation d’eau liée à l’albitisation sur l’évolution thermique de
la lithosphère océanique.
[subsidiaire] La lithosphère
océanique “apporte” de l’eau “océanique” dans le manteau non lithosphérique
(qui en restitue par volcanisme). Rappeler un effet fondamental de ce cycle
interne de l’eau sur la dynamique du manteau.
Éléments de réponse
La masse de Cl dans l'océan est de
1,83.107.10−9 ×
1,40.1021 soit environ
2,56.1019 kg (ne pas oublier le facteur
10−9 pour passer des μg aux kg). Le flux de
Cl des rivières vers les océans est de
7,8.103.10−9 ×
3,6.1016 soit environ
2,8.1011 kg.a−1.
Pour apporter cette masse de Cl dans les océans avec ce flux annuel, il faut
donc une durée égale à 2,56.1019 /
2,8.1011 années soit environ 91,4 Ma. De
même, pour apporter une masse d'environ
1,46.1019 de Na avec un flux annuel de
2,16.1011 kg.a−1,
il faut environ 67,6 Ma.
On retrouve l'ordre de grandeur de 90 Ma trouvé par Joly pour le
Cl, et pas si loin pour le Na. Disons qu'on reste dans des ordres de
grandeurs de plusieurs dizaines de millions d'années, ce qui à l'époque de
Joly était déjà un résultat important dans la discussion sur une formation
de la Terre très récente (quelques milliers d'années) ou beaucoup plus
longue pour permettre l'évolution biologique et le déroulement de processus
géologiques qu'on commençait à quantifier et à trouver ”lents” à l'échelle
humaine. On a tout de même un écart important, l'“âge Na” étant plus court
de 25 % par rapport à l'“âge Cl”, ce qui peut laisser entrevoir un
souci concernant le principe de calcul (si on exclut à priori des erreurs de
mesures, de connaissance des flux et concentrations).
Anorthite :
CaAl2Si2O8.
Albite : NaAlSi3O8. Lors
de la spillitisation, c'est-à-dire de la transformation des plagioclases
calciques en plagioclases sodiques par apport de Na, il y a libération de Ca
(qui pourra précipiter sous forme de calcite dans des vacuoles…) ainsi que,
à Si constant, “libération” d'Al (on passe de 1 Al pour 1 Si à 1 Al pour 3
Si, soit 1/3 d'Al pour 1 Si) qui va s'intégrer dans les minéralisations
métamorphiques liées à l'hydrothermalisme.
Pour compenser les apports de
2,16.1011 kg.a−1
de Na (voir question précédente), par un export d'eau concentrée à
1,04.10−3 kg/kg (10 % de la
concentration océanique en Na), ce flux d'export doit être égal à
2,16.1011 /
1,04.10−3 soit environ
2,1.1014 kg.a−1.
La masse des océans étant de 1,40.1021 kg,
une masse d'eau équivalente à la masse des océans passe dans la lithosphère
en 1,40.1021 /
2,1.1014 années, soit environ 6,7 Ma.
Ceci signifie que l'eau des océans se “renouvelle” dans la lithosphère tous
les 7 Ma environ (ce serait un temps de résidence de l'eau dans les
océans si on considérait seulement les réservoirs “océan” et “lithosphère
océanique” à l'équilibre avec le flux d'échange calculé). C'est très court à
l'échelle des temps géologiques mais aussi très long comparé au temps de
résidence de l'ordre de 3 200 ans (voir la figure 179 p.199(lien externe - nouvelle fenêtre)↗ du Caron et al. de la première étape), ce qui
découle du fait que les flux d'eau du cycle externe sont bien plus
importants.
Les calculs de John Joly et ceux de la question 1 ont permis de
déterminer, avec les données et estimations disponibles, non pas un âge de
la Terre, mais un temps de résidence du Na dans l'océan (si la teneur
océanique en Na est considérée stable).
Le flux d'eau océanique “froide” dans la lithosphère océanique “chaude”
exporte de la chaleur de la lithosphère vers l'océan. Ce système de
refroidissement (l'hydrothermalisme océanique) explique le refroidissement
“accéléré” de la lithosphère de part et d'autre des dorsales par rapport à
un modèle de refroidissement par simple conduction thermique.
Outre le fait que l'introduction d'eau dans le manteau par déshydration
“précoce” de la lithosphère océanique entrée en subduction abaisse le
solidus du manteau sus-jacent et permet un magmatisme de type calco-alcalin,
l'“injection” continue d'eau dans le manteau a un rôle sur les propriétés
physique de ce dernier. En effet, cet apport compense sa déshydratation par
volcanisme et maintien sa viscosité à des valeurs permettant la convection
(cf. Le nombre de Rayleigh : une approche “avec les
mains”). Ceci explique, par exemple, la différence entre la
Terre et Vénus, planètes telluriques de taille comparable mais l'une avec de
l'eau liquide en surface, flux d'eau de la surface vers le manteau et
tectonique des plaque en surface, et l'autre (Vénus) sans eau liquide à la
surface, sans apport d'eau pour compenser le dégazage mantellique et sans
tectonique de type “terrien” du fait d'une dynamique mantellique
différente.
Commentaires
Attention aux formules de l’anorthite
(CaAl2Si2O8)
et de l’albite (NaAlSi3O8), il
n’y a pas le même nombre d’Al3+. Donc passer de
l’un a l’autre n’est pas qu’une simple substitution de
Ca2+ par
Na+.
Les calculs d’“âges ” / temps de résidence sont de l’ordre du calcul du
temps nécessaire pour remplir un seau d’eau de 10 litres sous un robinet
présentant un débit de 2 L/min… Il n’y a aucune difficulté
conceptuelle. Cependant, il faut bien comprendre les données pour calculer
correctement les flux et stocks à prendre en compte (le flux de Na n’est par
le flux d’eau mais le produit du flux d’eau par la concentration en Na de
cette eau). Il y a eu, en plus de quelques blocages (horreur des
maths ! je ne sais sûrement pas faire !) des erreurs explicables
par une certaine précipitation (on oublie un terme) ou des soucis de
calculette (on est à un facteur 1000 près). Pour finir sur les chiffres, il
est bon de rappeler que les calculs donnent plein de chiffres… tous les
donner n’est pas utile. Trouver, par le calcul 91 239 316,24 ans
est une chose, s’en contenter comme résultat en est une autre. En prenant
trois valeurs estimées (flux, stock, concentration), on ne va pouvoir être
précis à l’échelle de quelques jours ! De plus, ici, l’exercice
consiste à obtenir un ordre de grandeur (estimation de l’âge de la Terre
pour Joly, il ne s’attendait pas à trouver le jour d’apparition de la
Terre), on pouvait alors donner “91,4 Ma” et même juste “environ
90 Ma” (on pouvait garder “91,4” pour comparer Cl et Na au cas où ils
auraient été proches, mais pas descendre en dessous du dixième de million
d’années – ce qui n’est déjà très optimiste concernant la précision
possible).
On retrouvera l’importance de la circulation d’eau dans la lithosphère
océanique dans l’article de S. Labrosse Géophysique des fonds océaniques (2009).
Figure 5 de la partie Géophysique des fonds océaniques (S. Labrosse, 2009)
montrant l’effet de la circulation hydrothermale sur le flux de chaleur
mesuré en s’éloignant d’une dorsale.
Étape 5 – Cycles, cyclicité et fractionnement isotopique
Ressources à (re)découvrir / parcourir et questions
Après avoir lu les articles ci-dessus, répondez aux questions ci-dessous
avec l'aide éventuelle de ressources complémentaires du site Planet-Terre ou
d’ailleurs.
Quelle différence isotopique en oxygène
(δ18O) peut-on observer entre l'eau de surface
océanique et l'eau issue de son évaporation et formant ensuite les
nuages ? Qu'est-ce-qui induit une différence encore plus importante
entre l'eau océanique et l'eau qui précipite et forme les glaces polaires ou
de montagne ? Si on envisage une fonte importante des glaces, quelle
variation de δ18O s'attend-on à observer dans les
foraminifères marins du fait de la perturbation du cycle de l'eau (taille
des réservoirs) ? Quel autre facteur est aussi à prendre en compte pour
expliquer l'évolution attendue du δ18O des
carbonates de ces foraminifères en un site donné ?
Quelle est la différence isotopique en carbone
(δ13C) entre la matière organique et le
CO2 atmosphérique ? Quelle en est la
cause ? Expliquer la variation du δ13C
atmosphérique attendue du fait de l'activité humaine actuelle ? Quel
est l'usage non directement climatique possible des études du
δ13C dans les fossiles animaux ou restes
humains récents ?
Quelle différence de sens du mot “cycle” peut-on relever entre les
expressions “cycles astronomiques” (cycles de Milankovic) et “cycles
biogéochimiques” ? Rappeler comment les études de ces deux types de
“cycles” peuvent être reliées.
[subsidiaire] Discuter, sur la base
de ce qui a été fait à la question 1, du caractère intuitif ou non de
l'observation suivante : « lors d'une glaciation, le
δ18O des glaces polaires diminue ».
Expliquer cette observation.
[subsidiaire] Discuter brièvement de
la “validité” de l'expression « cycle des roches ».
Éléments de réponse
Les molécules d'eau plus lourdes s'évaporent un peu moins vite que les
molécules plus légères. La vapeur d'eau est donc plus “légère” et présente
un δ18O plus faible que l'eau de mer dont elle
provient. Par la suite, lors des précipitations progressives, les molécules
d'eau les “lourdes” précipitent plus facilement, ce qui abouti à de la
vapeur d'eau résiduelle qui s'allège progressivement au fil des pluies. Les
eaux qui précipitent sur les inlandsis polaires ou sur les hautes montagnes
présentes donc un δ18O bien plus faible que celui
de l'eau océanique de surface.
Si les glaces “légères” fondent, c'est de l'eau “légère” préalablement
stockée dans ces glaces qui retourne à l'océan. Le
δ18O des eaux océaniques va donc baisser
(eaux plus “légères” qu'avant) et donc les foraminifères, en contact avec
cette eau “allégée” vont aussi voir leur δ18O
s'abaisser (mais être plus élevé car lors de phénomènes de précipitation,
les isotopes lourds sont préférentiellement incorporés). La température a
aussi un rôle. Si les glaces fondent, c'est que la température moyenne
augmente, donc la température de l'eau aussi. Or le fractionnement diminue
lorsque la température augmente. Les foraminifères seront donc toujours plus
“lourds” que l'eau de mer mais dans une moindre mesure du fait de la
température plus élevée. On aura donc un δ18O des
foraminifères plus faible du fait 1/ de la baisse du
δ18O des eaux (plus légères) et 2/ de la
température plus élevée qui limitera le fractionnement (qui a tendance à
alourdir) par rapport à l'eau.
Remarque : dans l'autre sens, en cas de mise en glace, l'eau des
océans s'alourdit du fait de l'extraction préférentielle de vapeur d'eau
légère et, la température diminuant et accentuant le fractionnement, le
calcaire des foraminifères aura un δ18O encore
plus fort.
La matière organique est plus légère (δ13C
plus faible) que le CO2 atmosphérique du fait 1/ de
la diffusion plus aisée des molécules de CO2
“légères” de l'air dans les tissus végétaux et 2/ d'une fixation
préférentielle du CO2 léger par la molécule de
rubisco.
L'activité humaine brule de la matière organique fossile à faible
δ13C, donc cela alimente l'atmosphère en
carbone léger et on doit voir baisser le δ13C du
CO2 atmosphérique.
Le δ13C peut aussi être utilisé pour étudier
les variations éventuelles de régime alimentaire et, entre autres,
l'alimentation plus ou moins riche en plantes en C3 ou en C4, proportion
C3/C4 variable selon le climat local et/ou les pratiques agriculturales chez
Homo.
Dans les paramètres des cycles de Milankovic, on parle bien de
paramètres périodiques dans lesquels on retrouve un état ou une situation
identique de manière régulière, cyclique, périodique. On peut définir une
période ou une fréquence pour chacun de ces paramètres. Le cycle est
“temporel”.
Dans le cas des “cycles” biogéochimiques, on a des échanges entre
réservoirs avec la possibilité pour l'élément ou la molécule considérés de
revenir à un moment donné dans son réservoir “initial” après avoir fait un
plus ou moins long “tour”, ou une “boucle”… d'où l'idée de “cycle”, avec, de
plus, une grandeur caractéristique, à l'équilibre, qui est le temps de
résidence qui indique une certaine “périodicité” au sein du réservoir
faisant partie d’un réseau “spatial”. On a aussi un certain “bouclage” dans
le sens où l'on peut réaliser des bilans de masse pour vérifier que rien ne
se perd (on n'a oublié ni processus ni réservoir) dans ce cycle-réseau
d'échanges.
Les paramètres cycliques peuvent induire des modifications par exemple
du climat, ce qui génère des changements de flux et de masse des réservoirs
(eau, CO2…). De même, des perturbations courtes ou
des évolutions longues de certains flux peuvent accentuer ou atténuer les
effets de paramètres cycliques (éruptions volcaniques et climat, par
exemple).
[subsidiaire] Dans le cas d'une
glaciation, on s'attend, avec un raisonnement similaire à celui mené à la
première question, à une augmentation du δ18O des
eaux océaniques par évaporation et stockage préférentiels de molécules d'eau
légères. Mais l'eau de pluie formant les glaces se forme à partir des eaux
océaniques qui deviennent plus lourdes. On pourrait donc avoir des eaux de
précipitation plus lourdes en période glaciaire au niveau des glaciers. Or
on observe le contraire. Il y a deux effets contraires en parallèles. Tout
d'abord, le δ18O des océans augmente en période
glaciaire, mais peu car le volume des océans est tel par rapport à celui des
glaces que cette variation à la hausse est plus que compensée par la baisse
de température qui augmente le fractionnement moyen et par le trajet plus
long des eaux qui précipitent au niveau des calottes glaciaires. À
température égale, on peut avoir une vapeur d'eau un peu plus lourde du fait
de la modification du δ18O des océans, mais les
isothermes “chaudes” se rapprochant de l'équateur, ces vapeurs “lourdes”
parcourent un chemin plus long pour arriver au niveau des glaciers et donc
s'allègent plus, ce qui, au final donne des précipitations plus légères. À
distance égale entre le lieu d'évaporation et le lieu de formation des
glaces, la température initiale étant plus faible, le fractionnement sera
plus fort et on aura dès le début une vapeur d'eau plus légère.
Ainsi l'effet “alourdissant” de l'extraction d'eau légère dans un
réservoir immense, l'océan, est bien plus faible que l'effet moyen de la
température qui, en s'abaissant, augmente le fractionnement pour donner des
eaux de précipitation plus légères au niveau des glaciers.
On a vu que l'on suit généralement un élément chimique (C, S…) ou une
molécule simple (H2O) lorsqu'on étudie un cycle
biogéochimique. Une roche pouvant potentiellement contenir tous les éléments
chimiques du tableau de Mendeleiev et les comportements de ces éléments
étant très différents face aux principaux processus géologiques
(incorporation dans les minéraux, lessivage plus ou moins aisé en fonction
aussi de l'état d'oxydo-réduction, migration vers la phase résiduelle ou
fondue lors de phénomènes de fusion…), on ne peut pas suivre le devenir
d'une roche initiale dans son ensemble. Par contre, cette notion de “cycle”
des roches veut rappeler que les différents types de roches sont reliés les
uns aux autres et que l'on peut passer de l'un à l'autre (ou plutôt d’un
type de roche à un autre) par les grands processus que sont la fusion, la
cristallisation, l'érosion, le métamorphisme…
Commentaires
Petit rappel. Il n’y a pas de facteur 1000 (“ ×1000”) dans la formule
de calcul d’un δ isotopique :
Figure 1..
La notation “‰” est l’équivalent de “10−3”,
comme “%” l’est de “10−2” (cf. La notation des valeurs isotopiques : une mise au
point). Si un calcul donne la valeur “−0,018”, cela équivaut
à “−18.10−3” que l’on note alors
“−18 ‰”.
Attention à l’utilisation des termes “appauvrissement” et
”enrichissement”, bien dire de quel élément, ou ici de quel isotope, on
parle. En effet un appauvrissement (relatif) en
18O est aussi un enrichissement (relatif) en
16O. On parle alors parfois, pour les
isotopes, d’alourdissement ou d’allègement, ce qui peut faciliter le lien
“alourdissement = augmentation du rapport δ” (en général, l’isotope lourd
est au numérateur). Ne pas oublier non plus que si on “enlève du lourd”,
alors on allège de fait le résidu (on ne l’alourdit pas).
Le δ13C des carbonates peut être relié à la
productivité / masse de la biosphère : en cas de crise biologique
“reminéralisant” des quantités importantes de C organique enrichi en
12C, le δ13C des
carbonates précipitant après cet évènement pourra diminuer.
Le δ13C n’a rien à voir avec le
14C, donc rien à voir avec la datation
absolue.
Et pour aller plus loin en intégrant ce qui a été vu
Après avoir revu certaines notions, on pourra relire ou réécouter les ressources
suivantes de Planet-Terre qui seront plus faciles à comprendre et permettront de faire
de nouveaux liens entre les cycles biogéochimiques et d’autres processus
géologiques.