Image de la semaine | 16/12/2024

Faire de la géologie sur le trajet aérien Lyon-Pau

16/12/2024

Auteur(s) / Autrice(s) :

  • Pierre Thomas
    Laboratoire de Géologie de Lyon / ENS de Lyon

Publié par :

  • Olivier Dequincey
    ENS de Lyon / DGESCO

Résumé

Vues aériennes et géologiques sur la vallée du Rhône, le Massif Central, plateau de Lannemezan…


Vue en direction du Sud de la vallée du Rhône en amont de Valence (V) et de Tain-l'Hermitage (T H, ville située au centre du vignoble de Crozes-Hermitage) par le hublot d'un avion de la ligne régulière Lyon-Pau
Figure 1. Vue en direction du Sud de la vallée du Rhône en amont de Valence (V) et de Tain-l'Hermitage (T H, ville située au centre du vignoble de Crozes-Hermitage) par le hublot d'un avion de la ligne régulière Lyon-Pau — ouvrir l’image en grand

La moitié inférieure droite de la photo correspond à la partie la plus orientale du Massif Central. Au fond à gauche (au Sud-Est), la terminaison occidentale du Vercors et les Baronnies. Entre les deux, l'extrémité Sud du bassin molassique du Bas Dauphiné. L'interprétation géologique est donnée par la figure suivante.

Vue oblique des cartes géologique à 1/50 000 couvrant (approximativement) le champ de la figure 1
Figure 2. Vue oblique des cartes géologique à 1/50 000 couvrant (approximativement) le champ de la figure 1 — ouvrir l’image en grand

La moitié inférieure droite de la photo correspond à la partie la plus orientale du socle Massif Central (rouge, orange, rose, vert, jaune vif…). Au fond, en vert et marron clair, bleu…, les terrains mésozoïques du Vercors et des Baronnies. Entre les deux, en jaune, les molasses cénozoïques.

En juillet 2009, j'ai fait un trajet aller-retour Lyon-Pau sur une ligne aérienne régulière. À l'aller, le temps était beau sur les trois quarts du trajet, jusque vers Toulouse. L'avion n'était pas plein et je pouvais aller aux hublots de droite ou de gauche. J'en ai profité pour faire des photographies d'intérêt géologique. Sur le trajet retour, la météo était l'inverse de l'aller, et je n'ai pu photographier le paysage que jusque vers Toulouse. Nous allons vous montrer 4 photographies prises dans la vallée du Rhône (figures 1 à 4), puis 3 dans l'Ardèche (figures 5 à 7 – pour voir d'autres vues aériennes de l'Ardèche, retourner sur les images consacrées à son volcanisme basaltique ou phonolithique et à ses méandres), puis 9 dans la Haute-Loire (figures 8 à 15), puis 4 en Lozère-Aveyron (figures 17 à 21) et, enfin, 2 dans le Gers (figures 23 et 24).

Au niveau de Valence, l'avion quitte la vallée du Rhône et se dirige vers le Sud-Ouest en traversant l'Ardèche et en survolant ses volcans. Parce que nous avons déjà vu des photographies aériennes des volcans ardéchois prises de plus basse altitude, nous ne vous montrons que trois photographies prises de plus haute altitude (on est dans un avion de ligne et non pas dans un petit avion de tourisme) : une du Mont Mézenc et du Suc de Sara, et deux du lac d'Issarlès.

Après avoir survolé le lac d'Issarlès, pour des raisons que seul connaissait le contrôle aérien, l'avion tourne vers le Nord-Ouest et survole la ville du Puy-en-Velay. Parce que mes vues prises de haute altitude écrasent les reliefs, on voit très mal les deux rochers accidentant la ville du Puy (rochers Saint-Michel-d'Aiguihle et Corneille). Pour ceux qui ne connaissent pas le Puy-en-Velay, nous vous montrons une photographie (empruntée sur le web) prise de beaucoup plus basse altitude illustrant le cadre géologique de la ville.

Après un passage au Sud du Puy-en-Velay, l'avion reprend la direction du Sud-Ouest. Il survole le vaste plateau situé entre la vallée de la Loire (à l'Est) et celle de l'Allier à l'Ouest. Ce plateau, d'altitude moyenne de 900 m, est très majoritairement constitué de vastes épanchements basaltiques, connus sous le nom du volcanisme du Devès, principalement actif pendant la première moitié du Quaternaire. Ce plateau, de morphologie assez monotone, est accidenté par des cônes volcaniques de type strombolien déjà assez érodés, et par des maars phréatomagmatiques souvent occupés par des marécages ou des lacs, dont le lac du Bouchet.

Vue oblique de la carte géologique localisant la ville du Puy-en-Velay dans la haute vallée de la Loire à l'Est, le lac du Bouchet au milieu du plateau basaltique du Devès, et les gorges de l'Allier (à l'Ouest)
Figure 16. Vue oblique de la carte géologique localisant la ville du Puy-en-Velay dans la haute vallée de la Loire à l'Est, le lac du Bouchet au milieu du plateau basaltique du Devès, et les gorges de l'Allier (à l'Ouest) — ouvrir l’image en grand

Après avoir traversé les gorges de l'Allier, le vol Lyon-Toulouse traverse le massif granitique de la Margeride, et aborde la région des Grands Causses par le Causse de Sauveterre, qu'il traverse “en biais” jusqu'à Millau en laissant au Sud le Causse Méjean. Le Causse Méjean et le Causse de Sauveterre sont séparés par les gorges du Tarn.

Le viaduc de Millau sur la vallée du Tarn, quelques kilomètres en aval de Millau (Aveyron)
Figure 21. Le viaduc de Millau sur la vallée du Tarn, quelques kilomètres en aval de Millau (Aveyron) — ouvrir l’image en grand

Pour voir le viaduc depuis le sol, on peut revoir la figure 20 de Se promener sur ou autour des causses.

Report sur la carte géologique de France à 1/1 000 000 des sites de prise de vue sur ce trajet aller Lyon-Pau
Figure 22. Report sur la carte géologique de France à 1/1 000 000 des sites de prise de vue sur ce trajet aller Lyon-Pau — ouvrir l’image en grand

PA (Panorama sur les Alpes) correspond aux figures 3 et 4. TH (Tain l'Hermitage) correspond à la figure 1. MM correspond au Mont Mézenc, figure 5, LI au lac d'Issarlès des figures 6 et 7, LP au Puy-en-Velay, figures 8 et 9, LB au lac du Bouchet, figures 11 à 13, GA aux gorges de l'Allier, figures 14 et 15, GT aux gorges Tarn séparant les causses de Sauveterre et Méjean, figures 17 à 20, et VM au viaduc de Millau, figure 21.

Les deux photographies suivantes ont été prises sur le trajet du retour, entre Pau et Toulouse, alors que l'avion survolait la partie distale du plateau de Lannemezan. Ce plateau a une histoire géologique complexe. À la fin de cette histoire, il correspondait à un giga-cône de déjection fluvio-glaciaire datant d'environ 1 Ma, cône alimenté par les rivières glaciaires issues des Pyrénées. En aval de ce cône quaternaire, les rivières continuent leur divergence vers le Nord en un gigantesque éventail s'ouvrant du Nord-Est au Nord-Ouest qui creusent des vallées rayonnantes entaillant les terrains (surtout continentaux) d'âge miocène. D’Est en Ouest, les principales rivières “divergentes” sont la Save, le Gers, qui arrose Auch et qui a donné son nom au département, la Baïse qui traverse la ville de Condom, et l'Adour qui traverse Tarbes. Ce pays est le pays de d'Artagnan (le vrai, celui dont s'est très librement inspiré Alexandre Dumas), et aussi le pays de l'Armagnac. De nombreuses villes de la région honorent ce “héros” avec des statues. Et le fait que la rivière la Baïse traverse la ville de Condom est la source de nombreuses plaisanteries, même parmi les locaux. Les deux dernières images montreront l'une vignoble et statue et l'autre, l'une de ces plaisanteries.

Deux symboles, vus du sol, de la région survolée au départ de Toulouse en direction de Lyon : le vignoble d'Armagnac et la statue de d'Artagnan à Auch
Figure 29. Deux symboles, vus du sol, de la région survolée au départ de Toulouse en direction de Lyon : le vignoble d'Armagnac et la statue de d'Artagnan à Auch — ouvrir l’image en grand

Le vignoble d'Armagnac pousse sur les terrains argilo-calcaires marins datant du Miocène inférieur et moyen, recouvert de dépôts continentaux datant du Miocène supérieur. Et rappelons que d'Artagnan est un vrai militaire, né dans le Gers en 1611. Il devient mousquetaire du roi en 1644, 1 ans après la mort de Louis XIII. Il a une carrière militaire bien remplie, essentiellement sous Louis XIV donc. En 1661, il organise l'arrestation du Nicolas Fouquet, surintendant des finances. Il meurt en 1673 au siège de Maastricht, ville également connue pour son traité européen et son stratotype historique du dernier étage du Crétacé, le Maastrichtien (−70,5 à −65,5 Ma).

Comme toutes les rivières du Sud-Ouest, les rivières du plateau de Lannemezan sont soumises à des crues et à des étiages de plus en plus fréquents et intenses du fait du changement climatique en cours
Figure 30. Comme toutes les rivières du Sud-Ouest, les rivières du plateau de Lannemezan sont soumises à des crues et à des étiages de plus en plus fréquents et intenses du fait du changement climatique en cours — ouvrir l’image en grand

On n'a pas fini de voir « la Baïse en furie » (comme à Condom en 2013, ainsi que le relate cet article de La Dépêche du Midi, le journal de la région toulousaine), ou alors, à d'autres occasions, la « Baïse quasiment à sec ».