Image de la semaine | 09/12/2024

Les gorges de l'Ardèche, ses méandres, ses falaises

09/12/2024

Auteur(s) / Autrice(s) :

  • Pierre Thomas
    Laboratoire de Géologie de Lyon / ENS de Lyon

Publié par :

  • Olivier Dequincey
    ENS de Lyon / DGESCO

Résumé

Survol et photographies depuis la route touristique des gorges de l’Ardèche et du défilé de Ruoms.


Les gorges de l'Ardèche vues depuis l'aval, en direction de l'amont (vers le Nord-Est)
Figure 1. Les gorges de l'Ardèche vues depuis l'aval, en direction de l'amont (vers le Nord-Est) — ouvrir l’image en grand

Cette photo, prise d'un petit avion de tourisme un matin de septembre 2024, montre 90 % des gorges de l'Ardèche. Ces gorges entaillent un plateau calcaire constitué d'Urgonien sub-horizontal. Ces gorges mesurent une douzaine de kilomètres de long (le double si on suit les sinuosités de la rivière) entre l'entrée en amont (près de Vallon-Pont-d'Arc) et la sortie en aval (près de Saint-Martin-d'Ardèche). Le plateau a une altitude moyenne de 320 à 400 m. Le lit de l'Ardèche est à une altitude de 75 m à l'entrée des gorges et de 45 m à la sortie, soit une profondeur moyenne de 200 à 250 m. Le méandre au centre de l'image correspond au cirque de la Madeleine (voir figure 6 et suivantes).

L'autre partie des gorges de l'Ardèche vue approximativement du même endroit que la figure précédente, mais dans la direction opposée, en direction de l'aval (en direction du Sud-Est) et, hélas, à contre-jour
Figure 2. L'autre partie des gorges de l'Ardèche vue approximativement du même endroit que la figure précédente, mais dans la direction opposée, en direction de l'aval (en direction du Sud-Est) et, hélas, à contre-jour — ouvrir l’image en grand

On voit ainsi la sortie des gorges au niveau de la vallée du Rhône. La route qu'on voit un peu à gauche du centre de la photo 2 correspond à celle qu'on voit à droite de la figure 1 (on en reconnait les virages malgré la différence d'angle de prise de vue). Avec ces deux photos (1 et 2), on a ainsi une vue de la totalité des gorges de l'Ardèche.

Un bloc de calcaire urgonien photographié le long d'un sentier menant à un belvédère
Figure 5. Un bloc de calcaire urgonien photographié le long d'un sentier menant à un belvédère — ouvrir l’image en grand

On voit nettement des sections de fossiles, très probablement des rudistes.

Nous avons vu la semaine dernière le Pont d'Arc, arche monumentale qui “ouvre” les gorges de l'Ardèche (cf. Le Pont d'Arc (Ardèche), la plus grande arche naturelle de France, et quelques autres méandres coupés). Ce méandre coupé, l'ensemble des gorges avec leurs falaises bien verticales (elles sont géologiquement jeunes), et leur tracé sinueux posent le problème de l'origine de ce creusement. Deux origines extrêmes sont possibles : (1) l'Ardèche ancienne a commencé à couler sur une région située à environ 350 m d'altitude, et a creusé ce plateau sur plus de 200 m de profondeur, ou (2) l'Ardèche ancienne coulait à son altitude actuelle dans sa région qui avait la même altitude qu'elle (entre 50 et 100 m) et c'est la région qui s'est surélevée, l'Ardèche restant à la même altitude en creusant au fur et à mesure que la région se soulevaient. Bien que le problème soit encore en discussion, la deuxième origine est la plus probable, entre autres parce que de nombreux arguments montre que tout le Massif Central, et en particulier son rebord oriental, s'est soulevé récemment, à partir du Miocène supérieur (cf. Le volcanisme d'Auvergne, un point chaud ?), bien que la chronologie de cette surrection soit, elle aussi, sujette à études et débats (voir, par exemple, S. Fauquette et al., 2020, Pliocene uplift of the Massif Central (France) constrained by the palaeoelevation quantified from the pollen record of sediments preserved along the Cantal Stratovolcano (Murat area)). L'origine de ce relèvement est sans doute multifactorielle, la remontée de l'asthénosphère et l'amincissement du manteau lithosphérique avec deux conséquences majeures : surrection et volcanisme (les Coirons et le Bas Vivarais ne sont pas loin), et/ou la compression alpine qui dure encore (cf. Le séisme du 11 novembre 2019, Le Teil (Ardèche)).

L'origine encore débattue du creusement de ces gorges ne doit pas empêcher de les visiter et de les admirer. Nous allons les parcourir d'aval en amont, en alternant (1) les vues aériennes faites avec un petit avion de tourisme un matin de septembre 2024, et (2) les vues prises du sol un après-midi d'octobre 2024, le long de la « route touristique des gorges de l'Ardèche » (D290) qui suit la rive gauche (Nord) des gorges et où de nombreux belvédères ont été aménagés. Dans l'ordre, nous verrons principalement le Cirque de la Madeleine, la Cathédrale et un méandre vu depuis le belvédère du Serre de Tourre, méandre voisin du méandre coupé du Pont d'Arc. Puis nous quitterons les gorges creusées dans l'Urgonien et irons voir, 10 km en amont, une autre gorge avec méandre, le défilé de Ruoms et le cirque de Gens.

En quittant le socle hercynien des Cévennes au niveau d'Aubenas, et avant de pénétrer dans les calcaires du Crétacé inférieur (Urgonien) des gorges de l'Ardèche au niveau de Vallon-Pont-d'Arc, l'Ardèche recoupe du Trias puis du Jurassique. Le sommet du Jurassique supérieur (le Tithonien, J9) est constitué d'un épais banc de calcaire massif blanc que l'Ardèche traverse au niveau du « défilé de Ruoms », en amont duquel se trouve le cirque de Gens, encore un méandre. Nous vous montrons deux photographies aériennes de ce défilé et de ce cirque, et une photographie prise du sol.

Carte géologique du Sud de la France localisant les gorges de l'Ardèche entaillant le Crétacé inférieur (entre les deux punaises jaunes) et le cirque de Gens (punaise bleue)
Figure 28. Carte géologique du Sud de la France localisant les gorges de l'Ardèche entaillant le Crétacé inférieur (entre les deux punaises jaunes) et le cirque de Gens (punaise bleue) — ouvrir l’image en grand