Image de la semaine | 23/05/2016
De la difficulté de relier ichnofossiles et fossiles : exemple des bilobites et autres traces fossiles
23/05/2016
Auteur(s) / Autrice(s) :
Publié par :
- Olivier DequinceyENS de Lyon / DGESCO
Résumé
Des traces fossiles pas toujours évidentes à attribuer à leurs auteurs.

Source - © 2016 — Maxime Henriquet
On ne trouve aucun fossile ni sur ni en bout de piste. D'après la connaissance de la faune fossile locale du Carbonifère supérieur (beaucoup de gastéropodes, pas d'arthropodes) et la comparaison à d'autres traces connues, cette trace fossile est probablement du genre Olivellites (synonyme de Psammichnites), traces classiquement attribuées à des gastéropodes.
Vue plus générale sur la photo suivante.

Source - © 2016 — Maxime Henriquet
On ne trouve aucun fossile ni sur ni en bout de piste. D'après la connaissance de la faune fossile locale du Carbonifère supérieur (beaucoup de gastéropodes, pas d'arthropodes) et la comparaison à d'autres traces connues, cette trace fossile est probablement du genre Olivellites (synonyme de Psammichnites), traces classiquement attribuées à des gastéropodes.
La paléontologie étudie les restes des êtres ayant vécu par le passé. Ils sont décrits, comparés, classés et nommés (nom de genre et d'espèce, appartenance à une classe, un embranchement...). Mais les paléontologues décrivent aussi des fossiles particuliers : les ichnofossiles, c'est-à-dire des traces d'activités d'êtres vivants (traces de pas, pistes, terriers...). Ces traces sont généralement observées en l'absence de leur auteur (terrier vide, portion de piste de déplacement ou de prédation...) et sont de ce fait décrites indépendamment de celui-ci. Comme pour les fossiles "classiques", les ichnofossiles sont décrits, comparés, classés et nommés. Les auteurs de ces traces sont parfois connus lors de découvertes associant fossile et ichnofossile, comme, par exemple, un animal au bout de sa piste ou dans son terrier. Mais ces cas sont très rares, et souvent on n'a jamais trouvé le fossile F associé à la trace T. Les auteurs des traces sont alors déduits ou supposés par l'étude de la faune présente dans le niveau fossilifère présentant ces traces, ainsi que par comparaison avec les traces laissées par les êtres vivants actuels.
Les falaises de Moher sont l'un des sites de tourisme naturaliste les plus réputés d'Irlande, avec de superbes falaises "taillées" dans le Carbonifère supérieur horizontal. C'est dans ces strates horizontales que l'on trouve des "bilobites" (empreintes bilobées). Les plus belles se trouvent dans les murs, les dallages... donc pas en place et on peut hésiter sur leur polarité (empreinte ou contre-empreinte ?). En marchant au sommet de la falaise, on peut trouver de belles surfaces horizontales permettant d'observer ces pistes in situ. Ces pistes ont été rapprochées des traces fossiles du genre Olivellites (synonyme de Psammichnites), traces attribuées à des gastéropodes sans que l'on en ait la preuve formelle. Si l'interprétation de ces pistes comme des traces de gastéropodes est exacte, cela montre que le lien couramment fait entre bilobites et trilobites (arthropodes) n'est pas toujours justifié.
![]() Source - © 2016 — Maxime Henriquet | ![]() Source - © 2016 — Maxime Henriquet Ces rides, plutôt symétriques correspondraient à des rides de vaguelettes et pas à des rides de courant. La profondeur d'eau étant du même ordre de grandeur que la longueur d'onde des rides, on en déduit un dépôt sous faible tranche d'eau (20-30 cm). |
![]() Source - © 2016 — Maxime Henriquet Ces rides, plutôt symétriques correspondraient à des rides de vaguelettes et pas à des rides de courant. La profondeur d'eau étant du même ordre de grandeur que la longueur d'onde des rides, on en déduit un dépôt sous faible tranche d'eau (20-30 cm). | ![]() Source - © 2016 — Maxime Henriquet |
![]() Source - © 2016 — Olivier Dequincey Ces deux types de traces (cf. images ci-dessus) peuvent correspondre à des traces d'animaux différents ou bien à des traces d'activités différentes du même animal (déplacement lent, course, affouillement...). | |
![]() Source - © 2016 — Maxime Henriquet Traces différente des précédentes... ou contre-empreintes de trace "en creux". | ![]() Source - © 2016 — Maxime Henriquet On voit ici de nombreuses traces dont la densité correspond soit à une faune dense (beaucoup de traces en "peu" de temps"), soit à une sédimentation lente (traces enregistrées sur un temps "long"). |
![]() Source - © 1971 — C.K. Chamberlain A-D : proposition de formation de la structure Conistichus par une anémone de mer. E-G : détails (E-G) et structure complète (F) de type Lanicoidichna (terrier ?). Source : C. Kent Chamberlain, 1971. Morphology and Ethology of Trace Fossils from the Ouachita Mountains, Southeast Oklahoma, Journal of Paleontology, 45, 2, 212-246 | ![]() Source - © 1971 — C.K. Chamberlain H-R : Coupes de différentes traces proches du type Scolicia. Ces traces horizontales sont classées selon plusieurs "genres" (Scolicia (H, I, K-M, P-R), Bolonia (J) Curvolithus (N) Psammichnites (O)) et même "espèces" (différentes espèces de Scolicia sont ici représentées). Le volume du "terrier" ou de l'animal est représenté en blanc pour quelques "pistes". Source : C. Kent Chamberlain, 1971. Morphology and Ethology of Trace Fossils from the Ouachita Mountains, Southeast Oklahoma, Journal of Paleontology, 45, 2, 212-246 |
Parfois, hélas très rarement, les auteurs des traces sont fossilisés "en place", au bout de leur piste.
![]() Source - © 2010 — Pierre Thomas Pour une raison indéterminée, cette limule s'est mise à tourner en rond et est morte sur place (circuit erratique liée à sa fin de vie ?). Les traces de son cheminement sont parfaitement visibles sur ce "calcaire lithographique". Les limules, qui existent depuis le Silurien, n'ont que très peu changé morphologiquement depuis cette époque. On en rencontre aujourd'hui en grand nombre sur les plages de la côte Est des États-Unis, comme la Floride ou le New Jersey, où les adultes viennent se reproduire et pondre en masse avant de mourir. Voir aussi Limules d'hier... et d'aujourd'hui et Yeux de trilobites dévoniens du Maroc : un regard qui vient du fond des âges (~370 Ma). | |
![]() Source - © 2010 — Pierre Thomas / Eldonia Le déplacement de crustacés actuels peut se faire avec des sauts latéraux. On a ici probablement les traces de déplacement par saltation du crustacé présent en haut à droite de la dalle, ou bien des traces multiples de déplacement laissées par plusieurs crustacés dont celui qui a été fossilisé. | ![]() Source - © 2010 — Pierre Thomas / Eldonia Zoom de la figure précédente. |
![]() Source - © 2010 — Christian Gaillard Si les termes "bilobite" et "trilobite" sont phonétiquement proches, et souvent associés dans l'esprit de beaucoup, rien n'indique que toutes les bilobites soient des traces d'activité de trilobites. Parmi les traces bilobées, celles supposées correspondre à l'un des types de traces possibles de trilobites sont appelées Cruziana par les spécialistes. Ce cliché associant Cruziana et trilobite est exceptionnel, on y trouve un trilobite (partiel, il manque la partie antérieure, le céphalon) en bout d'une piste bilobée... Cependant, si la piste était une piste de déplacement du trilobite dont il reste le fossile, on s'attendrait à ce que bi- et tri-lobite soient bien alignés, or il y a un léger décalage du trilobite vers le haut de la photo, et, surtout, que la trace soit derrière le trilobite et non pas devant lui. Ici, c'est le pygidium, l'arrière, du trilobite qui semble indiquer l'avant de la piste... Or il est peu probable que les trilobites se déplaçaient "à reculons". Décalage, sens inverse au sens attendu et fossile incomplet plaident en faveur d'une association fortuite. Exceptionnelle, certes, mais fortuite. | ![]() Source - © 2010 — Christian Gaillard Si les termes "bilobite" et "trilobite" sont phonétiquement proches, et souvent associés dans l'esprit de beaucoup, rien n'indique que toutes les bilobites soient des traces d'activité de trilobites. Parmi les traces bilobées, celles supposées correspondre à l'un des types de traces possibles de trilobites sont appelées Cruziana par les spécialistes. Ce cliché associant Cruziana et trilobite est exceptionnel, on y trouve un trilobite (partiel, il manque la partie antérieure, le céphalon) en bout d'une piste bilobée... Cependant, si la piste était une piste de déplacement du trilobite dont il reste le fossile, on s'attendrait à ce que bi- et tri-lobite soient bien alignés, or il y a un léger décalage du trilobite vers le haut de la photo, et, surtout, que la trace soit derrière le trilobite et non pas devant lui. Ici, c'est le pygidium, l'arrière, du trilobite qui semble indiquer l'avant de la piste... Or il est peu probable que les trilobites se déplaçaient "à reculons". Décalage, sens inverse au sens attendu et fossile incomplet plaident en faveur d'une association fortuite. Exceptionnelle, certes, mais fortuite. |
![]() Source - © 2006 — Bruno Reynard Ce bigorneau à la taille "classique" d'un bigorneau breton. Plage actuelle dont le sable est issu de l'érosion de turbidites anciennes surmontant le complexe ophiolitique de Vizcaino (sujet d'étude plus intéressant que les bigorneaux... pour un géologue... sauf s'il aime les fruits de mer). | |
![]() Source - © 2006 — Bruno Reynard | ![]() Source - © 2006 - 2016 — Bruno Reynard - Olivier Dequincey On remarque que cette trace n'est pas un "fossé", un "creux" mais que des crêtes latérales et une crête centrale sont visibles. Que donnerait cette trace suite à fossilisation ? |
![]() Source - © 2006 — Bruno Reynard | |
![]() Source - © 2016 — Google earth | ![]() Source - © 2016 — Google earth |
L'aide d'Emmanuel Martin, doctorant à l'Université Claude Bernard, Lyon 1(UCBL) a été décisive pour l'interprétation des traces irlandaises.
Christian Gaillard (UCBL) est vivement remercié pour son cliché exceptionnel bilobite/trilobite.




















