Image de la semaine | 19/09/2022

Les blocs erratiques de Monthey (Canton du Valais, Suisse) et d'autres lieux

19/09/2022

Auteur(s) / Autrice(s) :

  • Pierre Thomas
    Laboratoire de Géologie de Lyon / ENS de Lyon

Publié par :

  • Olivier Dequincey
    ENS de Lyon / DGESCO

Résumé

Glaciers, déglaciation et blocs erratiques, exemples suisses, lyonnais et autres.


Côté Sud de la Pierre des Marmettes, bloc erratique au milieu du parking Nord de l'hôpital gériatrique Riviera-Chablais de Monthey, Canton du Valais, Suisse
Figure 1. Côté Sud de la Pierre des Marmettes, bloc erratique au milieu du parking Nord de l'hôpital gériatrique Riviera-Chablais de Monthey, Canton du Valais, Suisse — ouvrir l’image en grand

Il s'agit d'un bloc erratique constitué de « granite du Mont Blanc » et déposé sur la rive gauche de la vallée du Rhône par les glaciers quaternaires. La vallée (plate) du Rhône se voit derrière la Pierre des Marmettes. La petite maison bâtie sur le bloc aurait été celle des gardes champêtres veillant sur les vignes locales.

Localisation par fichier kmz de la Pierre des Marmettes, bloc erratique de Monthey (Suisse).

La Pierre des Marmettes (Monthey, Suisse) est l'un des plus grands blocs erratiques de Suisse. Le bloc a été “sauvé” de la destruction entre 1905 et 1908 car ces blocs, dominant la plaine du Rhône pauvre en “bonnes pierres” et souvent faits de granite “sain”, étaient débités par des carriers. Il est actuellement propriété de l'Académie suisse des sciences naturelles (SCNAT) et situé au centre du parking de l'hôpital de Monthey. Cette Pierre des Marmettes n'est que le plus gros des nombreux blocs erratiques déposés par les glaciers wurmiens sur la rive gauche du glacier du Rhône dans le secteur de Monthey. Elle mesure dix-neuf mètres de long, dix mètres de large, et neuf mètres de haut. Son volume est de 1824 m3 et sa masse d'environ 5 000 tonnes.

De tels gros blocs isolés et souvent constitués d'une roche de nature différente de celle du substratum sur lequel ils reposent sont fréquents en Europe du Nord, autour (et dans) les Alpes… Ils ont donc été amenés à leur site actuel à la suite d'un transport, d'une “errance”, et ont de ce fait été appelés “blocs erratiques”. Leur origine a posé des problèmes aux premiers géologues du début du XVIIIe siècle. D'aucuns faisaient intervenir le Déluge biblique, d'autres des crues ou des débâcles catastrophiques… Il a fallu attendre la toute fin du XVIIIe siècle pour que leur transport par d'anciens glaciers (beaucoup plus étendus que maintenant) soit proposé, et le milieu du XIXe pour que cette origine glaciaire soit admise par la communauté scientifique.

Exemple de blocs erratiques sur un glacier actuel, le glacier Athabasca au Canada
Figure 5. Exemple de blocs erratiques sur un glacier actuel, le glacier Athabasca au Canada — ouvrir l’image en grand

Les glaciers sont bordés de moraines latérales (qu'on devine à droite), moraines constituées entre autres des éboulis tombés des flancs de la vallée. Certains blocs peuvent dépasser la moraine latérale et se retrouver isolés au milieu du glacier. Si le glacier régresse (comme actuellement à la suite du réchauffement climatique, ou comme à la fin d'une période glaciaire), les gros blocs, groupés en moraine ou isolés, sont laissés sur place par le glacier qui recule et deviennent des blocs erratiques.

La Pierre des Marmettes constitue le point de départ d'un “sentier des blocs erratiques(lien externe - nouvelle fenêtre)”. Des panneaux explicatifs y sont disposés. Nous vous montrons quelques-uns de ces panneaux situés au pied de la Pierre des Marmettes (figures 6 à 10), puis quelques blocs erratiques que l'on peut voir sur ou aux environs du sentier aménagé (figures 11 à 14) : la Pierre à Dzo, la Pierre à Muguet, le Bloc Studer. Puis nous replacerons ces blocs erratiques dans leur contexte géologiques (figures 15 à 17).

Le glacier du Rhône en particulier, et des Alpes en général, allaient beaucoup plus loin que Monthey au cours des glaciations quaternaires. Le glacier du Würm s'arrêtait au niveau de l'aéroport de Saint-Exupéry (à 20 km à l'Est de Lyon) ; ceux du Riss recouvraient complètement la ville de Lyon comme l'atteste le célèbre Gros Caillou de la Croix Rousse (cf. Le Gros Caillou de la Croix-Rousse). Nous vous montrons deux autres blocs erratiques déposés par le glacier du Rhône : un bloc à Lausanne, très vraisemblablement laissé là lors de la déglaciation wurmienne, et un bloc à Saint-Fons, témoin distal de l'extension maximum des glaciers rissiens. Une carte de l'extension de ces glaciers rissiens est visible à la figure 18 de Les terrasses fluvio-lacustro-glaciaires du plateau de Louze, Chanas (Isère). On peut remarquer que Saint-Fons, commune limitrophe de Lyon, en plus de son bloc erratique, est riche en curiosités géologiques bien méconnues, même des Lyonnais, et non mises en valeur (cf. Les chenaux des « molasses » miocènes de la région lyonnaise (Rhône), Les flute casts des “molasses” miocènes de la région lyonnaise (Rhône), et Les galets mous de la molasse miocène de Saint-Fons (Rhône), comparaison avec leurs équivalents actuels dans les slikkes.

Bloc du centenaire de l'indépendance vaudoise dit Pierre Vinzio, Lausanne, Suisse
Figure 19. Bloc du centenaire de l'indépendance vaudoise dit Pierre Vinzio, Lausanne, Suisse — ouvrir l’image en grand

Ce bloc erratique est constitué de calcaire jurassique comme on en trouve dans les Alpes vaudoises. Ce bloc a été dégagé du sol en 1903 lors de travaux, déplacé, et installé à la Promenade Jean-Jacques Mercier en 1911.

Localisation par fichier kmz de la Pierre Vinzio, bloc erratique de Lausanne (Suisse).

Quand on tape “bloc erratique” sur un moteur de recherche, on a accès à de très nombreuses photographies montrant la variété des morphologies et des tailles de ces blocs, et aussi la manière dont la végétation s'accommode de la présence de ces blocs étrangers. Nous vous montrons quelques-unes de ces photographies.