Image de la semaine | 21/11/2016
Le gypse oligocène de Portel-des Corbières : strates, failles normales, recristallisations…
21/11/2016
Auteur(s) / Autrice(s) :
Publié par :
- Olivier DequinceyENS de Lyon / DGESCO
Résumé
Stratification, érosion, failles normales, gypse saccharoïde et en pied d'alouette dans d'anciennes mines de gypse à chambres en ogive partiellement reconverties en chais.

Source - © 2013 — Pierre Thomas
Avec le maximum de recul possible vue la taille de la galerie (voir aussi la figure suivante), il semble que cette faille affecte les niveaux situés en bas de l'affleurement mais n'affecte pas les niveaux les plus hauts. Cette faille extensive serait donc synsédimentaire. Cette faille est visible dans d'anciennes carrières souterraines de gypse, carrière reconverties en cave de vieillissement de vin et en musée de l'histoire locale de la vigne (Terra-Vinéa(lien externe - nouvelle fenêtre)). En plus de ce qui est explicitement montré aux touristes et qui ne concerne que la vigne et le vin, on peut, en passant, voir sur les parois des galeries un véritable "musée" (hélas non commenté) de la sédimentation évaporitique et de la tectonique régionale à l'Oligocène. On ne peut que regretter que l'exploitant de Terra-Vinéa ne mette absolument pas en valeur cette histoire géologique (vieille il est vrai de plus de 20 Ma) et ne débute qu'à l'histoire romaine qui n'a "que" 2000 ans.

Source - © 2013 — Pierre Thomas
Avec le maximum de recul possible vue la taille de la galerie, il semble que cette faille affecte les niveaux situés en bas de l'affleurement mais n'affecte pas les niveaux les plus hauts. Cette faille extensive serait donc synsédimentaire. Cette faille est visible dans d'anciennes carrières souterraines de gypse, carrière reconverties en cave de vieillissement de vin et en musée de l'histoire locale de la vigne (Terra-Vinéa(lien externe - nouvelle fenêtre)). En plus de ce qui est explicitement montré aux touristes et qui ne concerne que la vigne et le vin, on peut, en passant, voir sur les parois des galeries un véritable "musée" (hélas non commenté) de la sédimentation évaporitique et de la tectonique régionale à l'Oligocène. On ne peut que regretter que l'exploitant de Terra-Vinéa ne mette absolument pas en valeur cette histoire géologique (vieille il est vrai de plus de 20 Ma) et ne débute qu'à l'histoire romaine qui n'a "que" 2000 ans.
L'ouverture de la Méditerranée occidentale à l'Oligocène terminal / Miocène basal fut précédée et "entourée" de la formation de nombreux petits grabens oligocènes, dont celui de Carpentras et celui de Narbonne-Sigean. Ces bassins en extension sont remplis de sédiments laguno-lacustres, souvent riches en évaporites (dont du gypse). La notice de la carte géologique de Narbonne décrit ainsi le contexte de la formation de ce bassin : « Après la mise en place de la nappe des Corbières, une période de distension va permettre l'installation du bassin laguno-lacustre de Narbonne-Sigean. Une subsidence active se superpose alors à une partie du domaine qu'avait affecté la tectonique tangentielle « pyrénéenne ». Le bassin post-orogénique de Narbonne correspond à un demi graben : ce fossé d'effondrement est basculé au Nord-Ouest ». Le gypse a été exploité, entre autres, dans le bassin de Narbonne, notamment à Portel-des-Corbières entre 1815 et 1992, année de la fermeture des carrières souterraines. En 1980, la production était de 75 000 t/an.
Après la fermeture de l'exploitation de Portel-des-Corbières, des kilomètres de galeries ont été sauvés de la destruction ou de l'emmurement, ce qui est, hélas, le destin de bien trop d'exploitations souterraines en France. Ces galeries sont maintenant exploitées (Terra-Vinéa(lien externe - nouvelle fenêtre)) comme caves de vieillissement et entrepôts pour du vin local (on est dans les Corbières) et comme musée de l'histoire (surtout locale) de la vigne et de ses métiers, histoire très longue puisqu'elle commence à l'époque romaine. En plus de ce qui est explicitement montré aux touristes et qui ne concerne presque que la vigne et le vin, on peut, en passant, voir sur les parois des galeries un véritable "musée naturel" (hélas non commenté) de la sédimentation évaporitique et de la tectonique régionale à l'Oligocène. On ne peut que regretter que l'exploitant de Terra-Vinéa, qui a sauvé ce patrimoine minier de la destruction (merci à lui), ne mette absolument pas en valeur cette histoire géologique, vieille il est vrai de plus de 20 Ma et ne débute qu'à l'histoire romaine qui n'a que 2000 ans, ce qui ne représente qu'1/10 000 de l'histoire visible dans ces galeries. La mine de Bex en Suisse montre (cf. Les mines de sel de Bex, canton de Vaud (Suisse) : anhydrite, gypse et sel) que, contrairement à ce qu'on apprend sans doute en France dans les "écoles de tourisme" où, comme dans beaucoup d'écoles, règne la pensée unique, le patrimoine géologique intéresse une partie du public. Valoriser ce patrimoine géologique ferait un "plus" certain pour ce site touristique, d'autant plus que quasiment aucun investissement supplémentaire ne serait à faire dans ces galeries déjà aménagées pour la visite. Dommage !
Nous allons faire une visite œno-géologique dans ces galeries, en montrant (un peu) les aménagements touristiques et ce qui est exposé sur le vin, et en insistant sur les strates et les cristallisations, sur la tectonique visible dans les galeries et enfin sur l'exploitation et le contexte géologique.
![]() Source - © 2013 — Pierre Thomas Cette partie de la descenderie devait traverser des couches marneuses fragiles et susceptibles d'éboulements, d'où la nécessité du "boisage". | ![]() Source - © 2013 — Pierre Thomas Le gypse est suffisamment résistant pour ne nécessiter aucun boisage. |
![]() Source - © 2013 — Pierre Thomas | ![]() Source - © 2013 — Pierre Thomas Quand on exploite une roche "de bonne tenue" comme certains gypses et certains calcaires par la technique dite des chambres, galerie et piliers, la forme des galeries et des chambres "en ogive avec toit plat" est celle qui limite les éboulements et les affaissements des couches supérieures. On voit très bien cette forme en parcourant les galeries de Portel-des-Corbières. Cette forme se retrouve dans de nombreuses exploitations de gypse du bassin parisien, comme les anciennes carrières de Montmartre(lien externe - nouvelle fenêtre) ( ) ou les carrières en activité de Vaujours(lien externe - nouvelle fenêtre) (Seine-Saint-Denis) que l'on peut visiter quelques jours par an. |
![]() Source - © 2013 — Pierre Thomas Quand on exploite une roche "de bonne tenue" comme certains gypses et certains calcaires par la technique dite des chambres, galerie et piliers, la forme des galeries et des chambres "en ogive avec toit plat" est celle qui limite les éboulements et les affaissements des couches supérieures. On voit très bien cette forme en parcourant les galeries de Portel-des-Corbières. Cette forme se retrouve dans de nombreuses exploitations de gypse du bassin parisien, comme les anciennes carrières de Montmartre(lien externe - nouvelle fenêtre) ( ) ou les carrières en activité de Vaujours(lien externe - nouvelle fenêtre) (Seine-Saint-Denis) que l'on peut visiter quelques jours par an. | ![]() Source - © 2013 — Pierre Thomas On voit bien la stratification car le gypse, plus ou moins saccharoïde, montre des couches de différentes teintes, allant du blanc au brun foncé. Les cristaux formant ce gypse sont en général de taille millimétrique. La géométrie de détail des strates est difficile à voir, car la paroi est complètement "rayée" par les excavatrices et les haveuses utilisées lors des dernières périodes d'activité de l'exploitation. |
![]() Source - © 2013 — Pierre Thomas En général, le gypse de Portel-des-Corbières est saccharoïde et les cristaux ne sont pas visibles à moins de mettre le nez sur la paroi. Il arrive cependant que certaines strates soient constituées de gros cristaux. Ce gypse est alors souvent appelé « en pied d'alouette ». Cristallisation directe sous cette forme au fond de la lagune, ou recristallisation lors de la diagenèse ? | ![]() Source - © 2013 — Pierre Thomas En général, le gypse de Portel-des-Corbières est saccharoïde et les cristaux ne sont pas visibles à moins de mettre le nez sur la paroi. Il arrive cependant que certaines strates soient constituées de gros cristaux. Ce gypse est alors souvent appelé « en pied d'alouette ». Cristallisation directe sous cette forme au fond de la lagune, ou recristallisation lors de la diagenèse ? |
![]() Source - © 2013 — Pierre Thomas Cette fracture est évidemment post-sédimentaire, mais il est difficile de savoir (l'échantillonnage est bien sûr impossible) si fracturation et recristallisation sont précoces ou ont eu lieu plusieurs millions d'années après le dépôt du gypse. | ![]() Source - © 2013 — Pierre Thomas Cette fracture est évidemment post-sédimentaire, mais il est difficile de savoir (l'échantillonnage est bien sûr impossible) si fracturation et recristallisation sont précoces ou ont eu lieu plusieurs millions d'années après le dépôt du gypse. |
Dans des galeries non ouvertes au public mais dont on peut trouver des photographies (dossier de photos(lien externe - nouvelle fenêtre)) sur l'inventaire du patrimoine géologique de Languedoc(lien externe - nouvelle fenêtre), on voit de très jeunes et très belles cristallisations ayant "poussé" sur les parois. Ces cristallisations sont bien sûr postérieures à l'ouverture de la galerie, donc postérieures à 1815. Ces cristallisations doivent être dues à l'arrivée à la surface (par des microfractures ou par capillarité dans la porosité de la roche) d'une eau saturée en sulfate de calcium. Il est vraiment dommage que ces magnifiques cristallisations soient invisibles au public.
Ce qui est géologiquement extraordinaire dans ces galerie, en plus des néocristallisations invisibles au public, ce sont les très nombreuses failles normales, souvent synsédimentaires, qui montrent que le dépôt de ces gypses oligocènes s'est fait en contexte extensif. On a là un véritable "musée de la faille normale", musée à la portée de tous, mais musée oublié et passé sous silence par l'exploitant. Le visiteur averti verra et appréciera ces failles normales. Le visiteur qui ne connait pas la géologie verra bien que les couches sont parfois interrompues. Mais faute d'"aide", il ne comprendra pas qu'il a devant lui les manifestations périphériques de l'ouverture de la Méditerranée.
![]() Source - © 2013 — Pierre Thomas Dans la partie inférieure de l'affleurement, la faille normale est affectée de relais, ce qui implique un glissement banc sur banc au niveau de la couche sombre située au 1/3 inférieur. | ![]() Source - © 2013 — Pierre Thomas |
![]() Source - © 2013 — Pierre Thomas Le caractère synsédimentaire de la faille est particulièrement visible par la diminution progressive du décalage des couches quand on va des plus anciennes (en bas) vers les moins anciennes (en haut). | ![]() Source - © 2013 — Pierre Thomas Le caractère synsédimentaire de la faille est particulièrement visible par la diminution progressive du décalage des couches quand on va des plus anciennes (en bas) vers les moins anciennes (en haut). |
![]() Source - © 2013 — Pierre Thomas À gauche, une faille normale "banale". À droite, un ensemble de cassures et de failles avec un important déplacement qui a complètement disloqué les couches. | |
![]() Source - © 2013 — Pierre Thomas À gauche, une faille normale "banale ". | ![]() Source - © 2013 — Pierre Thomas À droite, un ensemble de cassures et de failles avec un important déplacement qui a complètement disloqué les couches. |
![]() Source - © 2013 — Pierre Thomas | ![]() Source - © 2013 — Pierre Thomas Il n'y a pas que de la tectonique synsédimentaire qui a perturbé la sédimentation oligocène, des phénomènes d'érosion (courant, glissement de couche, dissolution…) sont également visibles en parcourant les galeries ouvertes au public. |
![]() Source - © 2016 — Google earth | ![]() Source - © 2016 — BTGM / Google earth, modifié Le trait rouge en bas de la carte géologique correspond approximativement au tracé de la coupe de la figure suivante. |
![]() Source - © 1985 — BRGM, modifié Cette coupe montre que le bassin oligocène de Narbonne-Sigean (en jaune) remplit un demi-graben qui recoupe les terrains jurassiques, crétacés et paléocènes affectés par l'orogenèse pyrénéo-provençale. | |
![]() Source - © 2013 — Pierre Thomas Les seules allusions et mentions montrant que l'exposition historico-viticole est située dans une ancienne exploitation de gypse sont cette salle avec wagonnet, outils et mannequin de mineur, et une carte montrant une partie de l'extension horizontale des galeries. | ![]() Source - © 2013 — Pierre Thomas Les seules allusions et mentions montrant que l'exposition historico-viticole est située dans une ancienne exploitation de gypse sont une salle avec wagonnet, outils et mannequin de mineur, et cette carte montrant une partie de l'extension horizontale des galeries. La zone ouverte au public est colorée en jaune. |

Source - © 2016 — Google earth



























