Image de la semaine | 07/03/2016
Les stromatolithes du lac Thetis près de Cervantes, Australie occidentale
07/03/2016
Auteur(s) / Autrice(s) :
Publié par :
- Olivier DequinceyENS de Lyon / DGESCO
Résumé
Les stromatolithes australiennes du lac Thetis (Lake Thetis)... pour changer des fameuses stromatolithes marines de Shark Bay.
Photo Pierre Thomas, février 1999

Source - © 1999 — Pierre Thomas

Source - © 1999 — Pierre Thomas
L'attitude de ce touriste n'est pas très respectueuse du site, et risque d’abimer les stromatolithes. Maintenant que le site commence à être connu et parcouru par de nombreux touristes, marcher sur ces concrétions est (heureusement) interdit.
Les stromatolithes sont des concrétions bioconstruites carbonatées (CaCO3) formées par les unicellulaires photosynthétiques, souvent (mais pas uniquement) des cyanobactéries. On trouve des stromatolithes fossiles à toutes les époques depuis -3,50 Ga, aussi bien en milieu marin que d'eau douce. On trouve des stromatolithes marines actuelles en Australie (Shark Bay, les plus célèbres de monde), au Bahamas, au Mexique, dans le Golfe Persique… On en trouve aussi dans des rivières et ruisseaux karstiques quand les eaux sont riches en Ca2+ et HCO3-, et dans de nombreux lacs (Mexique, Turquie, Chili…), souvent mais pas exclusivement dans des lacs salés et/ou alcalins.
Traditionnellement, à cause des stromatolithes de Shark Bay, celles qui sont citées 999 fois sur 1000, on s'imagine un site à stromatolithes actuelles comme une étendue d'eau d'où dépassent des boules, alors les stromatolithes se "construisent" toujours sous l'eau. C'est d'ailleurs le cas à Shark Bay où les stromatolithes sont exondés deux fois par jour à chaque marée basse. Dans les lacs, rivières et ruisseaux, les stromatolithes restent généralement sous l'eau. Mais à 500 km au SSE de Shark Bay et de ses célébrissimes stromatolithes (et à 200 km au NNO de Perth) en Australie Occidentale, on trouve un petit lac endoréique, le lac Thetis, lac riche en stromatolithes. Ce lac est situé à 1200 m de la côte mais il n'est pas alimenté par de l'eau de mer. Il est alimenté par une nappe phréatique "continentale" et n'a pas d'exutoire. Malgré sa proximité avec la mer, son niveau ne varie pas avec les marées, mais avec la pluviométrie locale. Il est "haut" pendant l'hiver (juillet-août dans l'hémisphère Sud) et particulièrement bas en fin d'été (février-mars) quand l'évaporation est maximale. Son eau est salée, alcaline et abrite quelques poissons, des ophiures et des crustacés. De très nombreuse concrétions stromatolithiques , très souvent en forme de coupoles hémisphériques, se développent près des côtes de ce lac et, en période de basses eaux, ces stromatolithes émergent et on se croirait à Shark Bay pendant les marées basses. Ce lac est maintenant aménagé pour les visites, avec sentier pédestre (qu'il est maintenant interdit de quitter), panneaux explicatifs… Situé à moins de 15 km du Désert des Pinacles (parc national du Nambung), cette région mérite bien une visite si on va dans l'Ouest australien. Mais attention, si une visite en été (janvier-février) est spectaculaire car les stromatolithes sont à moitié exondés, une visite en hiver (juillet-août) peut être décevantes car les stromatolithes sont sous l'eau et bien moins visibles. Nous allons faire deux visites des bords de ce lac Thetis pour voir la morphologie des concrétions stromatolithiques : une visite en été en période de basses eaux (février 1999) et une visite en hiver en période de hautes eaux (juillet 2004). Pour des précisions sur la croissance de ces concrétions et leur morphologie, il est possible de relire l'article Les stromatolithes.
![]() Source - © 1999 — Pierre Thomas | ![]() Source - © 1999 — Pierre Thomas |
![]() Source - © 1999 — Pierre Thomas | ![]() Source - © 1999 — Pierre Thomas On peut d'abord remarquer que ces "coupoles" n'ont plus leur forme hémisphérique mais qu'elles s'interpénètrent. Les stromatolithes croissent plus vite en largeur qu'en hauteur, sans doute parce que leur sommet est exondé plusieurs mois par an, alors que leur base ne l'est jamais ou beaucoup moins longtemps. On remarque ensuite que la surface des coupoles (typiquement d'un diamètre voisin de 1 m) est parsemée de mini-concrétions, typiquement d'un diamètre centimétrique, assez constant d'une coupole à l'autre. Si un spécialiste de la croissance des colonies bactériennes pouvait nous envoyer une explication claire sur l'origine de ces mini-coupoles centimétriques...On remarque enfin que le sommet des coupoles est souvent plat, sans ces mini-coupoles de deuxième ordre. Il est parfois évident que cette absence vient de l'érosion-ablation du sommet de ces coupoles. Parfois il est difficile de trancher entre érosion-ablation et non croissance. Ces parties lisses sont souvent affectées par un réseau de fentes polygonales, sans doute dues à la dessiccation. |
![]() Source - © 1999 — Pierre Thomas On peut d'abord remarquer que ces "coupoles" n'ont plus leur forme hémisphérique mais qu'elles s'interpénètrent. Les stromatolithes croissent plus vite en largeur qu'en hauteur, sans doute parce que leur sommet est exondé plusieurs mois par an, alors que leur base ne l'est jamais ou beaucoup moins longtemps. On remarque ensuite que la surface des coupoles (typiquement d'un diamètre voisin de 1 m) est parsemée de mini-concrétions, typiquement d'un diamètre centimétrique, assez constant d'une coupole à l'autre. Si un spécialiste de la croissance des colonies bactériennes pouvait nous envoyer une explication claire sur l'origine de ces mini-coupoles centimétriques...On remarque enfin que le sommet des coupoles est souvent plat, sans ces mini-coupoles de deuxième ordre. Il est parfois évident que cette absence vient de l'érosion-ablation du sommet de ces coupoles. Parfois il est difficile de trancher entre érosion-ablation et non croissance. Ces parties lisses sont souvent affectées par un réseau de fentes polygonales, sans doute dues à la dessiccation. | ![]() Source - © 1999 — Pierre Thomas |
![]() Source - © 1999 — Pierre Thomas On peut remarquer la couleur rose-violacée des fonds, due à des bactéries, sans doute des genres Halobacterium et/ou Thirhodobacter. | ![]() Source - © 1999 — Pierre Thomas On peut remarquer la couleur rose-violacée des fonds, due à des bactéries, sans doute des genres Halobacterium et/ou Thirhodobacter. |
![]() Source - © 2004 — Céline Colson | ![]() Source - © 2004 — Céline Colson |
![]() Source - © 2004 — Céline Colson | ![]() Source - © 2004 — Céline Colson |
![]() Source - © 2016 — Google earth Sur cette image de 2010, on voit le chemin et la jetée posée sur la plage.On devine de petites tache blanches dans l'eau juste à droite de cette jetée : des coupoles stromatolithiques. | ![]() Source - © 2016 — Google earth Malgré sa proximité avec la mer, ce lac n'est pas alimenté par de l'eau de mer, mais par l'eau d'une nappe phréatique s'écoulant de l'Est vers l'Ouest. |

Source - © 2016 — Google earth
Shark Bay et ses célébrissimes stromatolithes sont localisés par la punaise rouge.














