Article | 11/02/2013

Les résultats de l'exploration de Mars par Curiosity entre novembre 2012 et février 2013 : sable volcanique, grès à stratifications entrecroisées, filons de gypse…

11/02/2013

Auteur(s) / Autrice(s) :

  • Pierre Thomas
    ENS de Lyon - Laboratoire de Géologie de Lyon
  • Olivier Dequincey
    ENS de Lyon / DGESCO

Résumé

Déploiement des outils de Curiosity, analyses et nouvelles questions.


Nous avons laissé Curiosity mi-octobre en route vers Yellowknife Bay. Il est resté quasi immobile pendant 2 mois (moins de 50 m de progression entre les sols 52 et 111) pour tester à fond tous ses équipements scientifiques. La dernière carte publiée montrant ses trajets date du sol 152 (10 janvier). Il est resté dans le même secteur depuis.

Trajet de Curiosity depuis son atterrissage en août 2012 jusqu'au 10 janvier 2013 (sol 152)
Figure 1. Trajet de Curiosity depuis son atterrissage en août 2012 jusqu'au 10 janvier 2013 (sol 152) — ouvrir l’image en grand

Curiosity était toujours dans ce même secteur le 11 février 2013. Les croix jaunes indiquent sa position lors du sol numéroté par les chiffres jaunes. On voit qu'il ne s'est que très peu déplacé entre les sols 52 à 111 (moins de 50 m), et depuis le sol 130. Il est rentré dans la dépression nommée Yellowknife Bay entre les sols 120 et 121. Il y est encore à ce jour 10 février 2013).

Nous vous proposons un résumé de ces 3,5 mois et demi d'exploration martienne. L'équipe des scientifiques de la mission Curiosity est un peu plus « avare » de renseignements scientifiques que leurs homologues de Spirit et Opportunity au temps du début de ces deux missions. Ces dernières faisaient de très fréquents communiqués de presse, et publiaient de nombreuses images commentées. L'équipe de Curiosity publie moins de communiqués de presse (http://mars.jpl.nasa.gov/msl/news/whatsnew/(lien externe - nouvelle fenêtre)) et moins d'images commentées (http://mars.jpl.nasa.gov/msl/multimedia/images/(lien externe - nouvelle fenêtre)), ce qui explique la faible fréquence de nos articles. La Nasa publie néanmoins chaque jour toutes les images brutes (http://mars.jpl.nasa.gov/msl/multimedia/raw/(lien externe - nouvelle fenêtre) ) arrivées les jours précédents. Cet article, essentiellement fait de commentaires d'images, utilise donc (1) les images commentées en reproduisant-explicitant-simplifiant-complétant … ces commentaires, et aussi des images brutes (Raw images) avec des commentaires purement personnels, sans parfois disposer d'échelle, d'orientation … et donc à ne prendre qu'avec réserve. Les images commentées par la Nasa seront annotées IC, et les images brutes (avec commentaires personnels à prendre avec réserve) seront annotées IB. Dans un premier temps nous étudierons les tests instrumentaux et les résultats scientifiques. Dans un deuxième temps, nous interpréterons les images avec un regard de géologue.

Étalonnages, mises au point des instruments scientifiques et résultats obtenus lors de ces mises au point

Curiosity franchit une frontière géologique entre les sols 120 et 121 (7 au 8 décembre 2012)
Figure 10. Curiosity franchit une frontière géologique entre les sols 120 et 121 (7 au 8 décembre 2012) — ouvrir l’image en grand

Cette frontière géologique est d'une double nature, visible sur cette image Mars Reconnaissance Orbiter : terrain sombre jusqu'au sol 120, et terrain plus clair à partir du sol 121. Cette limite d'albédo coïncide approximativement avec une limite dans les valeurs de l'inertie thermique du sol identifiée par la sonde en orbite Mars Odyssey (ligne verte pointillée). Cette inertie thermique avait été déterminée depuis l'orbite en mesurant les différences de températures diurne et nocturne. Chaque jour, Curiosity mesure la température du sol, le jour et la nuit (graphe en haut à gauche). Sans surprise (effet d'albédo), la température diurne maximale des terrains clairs est moins élevée (≈0°C) que celle des terrains sombres (≈10°C). Par contre la température nocturne minimale au sol des terrains clairs est plus élevée (≈-80°C) que celle du sol des terrains sombres (≈-90°C). On retrouve avec des mesures au sol ce qu'on avait identifié depuis l'orbite : les terrains clairs ont une inertie thermique plus grande (plus riche en eau ??) que les terrains sombres.

Résultats et questions scientifiques apportés par les "images géologiques" et par leur(s) l'interprétation(s)

Panorama pris de site nommé Rocknest en direction de l'Est, vers Yellowknife Bay (zone déprimée au centre de l'image)
Figure 19. Panorama pris de site nommé Rocknest en direction de l'Est, vers Yellowknife Bay (zone déprimée au centre de l'image) — ouvrir l’image en grand

Yellowknife Bay est la zone déprimée au centre de l'image. Curiosity est resté aux environs immédiats de ce site durant les mois d'octobre et novembre 2012.

La bordure Nord-Est de Yellowknife Bay
Figure 20. La bordure Nord-Est de Yellowknife Bay — ouvrir l’image en grand

Sur cette mosaïque d'images prises le sol 130 (17 décembre 2012) on note la bordure de cette "baie" (à gauche) et son fond constitué de grandes "dalles" plus ou moins jointives dont les plus grandes étaient visibles depuis l'orbite (voir la première figure de l'article ou la vue MRO (figure 2) de l'article d'octobre 2012 sur les premiers résultats de Curiosity). L'origine de ces dalles est assez énigmatique, car elles ne ressemblent ni à des fentes de dessiccation, ni à des sols polygonaux. Fentes dues aux très fortes variations de températures entre le jour et la nuit ?

La NASA a publié mi-janvier 2013 deux montages d'images montrant bien la variété et la richesse géologiques de Yellowknife Bay dans le secteur où allait être entrepris les premiers forages (début février 2013). Pour faciliter le repérage, la comparaison entre les deux images, une croix rouge a été ajoutée pour marquer un même rocher. Pour chaque photo, la NASA a choisi 3 secteurs donnant lieu à un agrandissement.