Les Tours Saint-Jacques (Savoie) : quand du calcaire glisse sur des marnes
Image de la semaine | 25/09/2023
Résumé
Érosion et buttes témoins ou érosion sur paquets glissés.
Ces “blocs”, constitués de calcaires valanginiens (dits « calcaires du Fontanil », ou « marbre bâtard », Crétacé inférieur, 140 à 136 Ma), ont une morphologie “anguleuse” et des faces planes verticales. Ils ne ressemblent pas aux classiques pinacles ruiniformes (cf., par exemple, Un très bel exemple d'érosion karstique ruiniforme dans des calcaires dolomitiques : le cirque de Mourèze (Hérault)) et ont donc sans doute une autre origine. Le monolithe de droite ressemble à une lame de couteau vue, ici, par la tranche.
Cette falaise est constituée du même calcaire que les Tours Saint-Jacques (Valanginien), avec le même pendage. | Cette falaise est constituée du même calcaire que les Tours Saint-Jacques (Valanginien), avec le même pendage. |
De la droite de la photo à sa gauche, ce cirque est fermé par la falaise de Valanginien. De droite à gauche, on voit cette falaise disparaitre derrière les Tours Saint-Jacques situées en avant-plan, re-apparaitre, puis disparaitre à nouveau derrière un double bloc de calcaire valanginien (indiqués par les lettres A et B) puis derrière des éboulis entièrement boisés. La falaise valanginienne re-apparait tout à gauche de la photo. Les Tours Saint-Jacques et les blocs A et B dépassent d'un tablier d'éboulis, tablier recouvrant les marnes berriasiennes (145 à 140 Ma, Crétacé basal). Les deux photos suivantes détaillent les blocs calcaires A et B. | |
Figure 5. Vue sur le double bloc de calcaire valanginien A et B de la figure 4 Les deux parties A et B sont séparées par une “gorge” étroite. Ce double bloc est séparé de la paroi principale par une dépression dont on ne peut estimer la largeur sur ces photos. | Figure 6. Zoom sur le double bloc de calcaire valanginien A et B de la figure 4 Les deux parties A et B sont séparées par une “gorge” étroite. Ce double bloc est séparé de la paroi principale par une dépression dont on ne peut estimer la largeur sur ces photos. |
n2 représente les calcaires du Fontanil (Valanginien). Les terrains cartés en orange représentent des éboulis sous lesquels affleurent (au centre droit de la figure) les terrains berriasiens (n1) situés stratigraphiquement immédiatement sous le Valanginien. On voit que les Tours Saint-Jacques (TSJ) et les blocs A et B sont détachés de la falaise valanginienne et sont entourés par des éboulis. Le trait rouge localise approximativement les coupes théoriques des trois figures suivantes. |
Les Tours Saint-Jacques (ainsi que les blocs A et B) sont constituées de calcaires valanginiens. Elles sont situées dans une pente orientée vers le Sud-Ouest en contrebas d'une falaise elle aussi constituée de calcaires valanginiens. Tours Saint-Jacques et falaise valanginienne reposent sur des marnes berriasiennes. Le pendage des couches berriasiennes et valanginiennes est parallèle à la pente sur laquelle sont situées les Tours Saint-Jacques. Deux hypothèses extrêmes et une hypothèse intermédiaire peuvent être envisagées pour expliquer cette disposition : (1) un simple effet de l'érosion, (2) l'effet d'un glissement de terrain de grande ampleur, et (3) l'effet de l'érosion sur un glissement de terrain d'ampleur modérée.
Les Tours Saint-Jacques (et les blocs A et B) ont alors la signification de simples buttes témoins. Cette hypothèse n'explique pas la forme anguleuse et en lame de couteau de certaines tours.
On parle alors de « paquet glissé », cf. Tassements, Paquets tassés, Paquets glissés sur geol-alp). La distance parcourue par le paquet glissé sans basculer laisse songeur.
Tous les intermédiaires peuvent exister entre les hypothèses 2 et 3. C'est sans doute parmi eux que se trouve la vraie genèse des Tours Saint-Jacques.
Le remarquable site web de Maurice Gidon (geol-alp) décrit ces Tours Saint-Jacques et les explique comme suit.
Les Tours Saint-Jacques sont des monolithes de calcaires du Fontanil (Valanginien) qui surgissent en rive droite de la cluse de Banges, à l'aplomb du village d'Aiguebelette. Il s'agit d'un typique ensemble de "paquets glissés”, au cœur d'un véritable cirque dont le plancher, incliné vers le Chéran (vers le Sud-Ouest), est centré sur le village d'Allèves. Ce cirque est cerné par une barrière de falaises de calcaires du Fontanil dont la forme de croissant de lune ouvert vers le SO est due à ce qu'elle représente la lèvre supérieure de la crevasse d'arrachement principale de la masse glissée. En fait, tout le fond du cirque est occupé par du matériel glissé, mais une partie de ce matériel est très fragmenté (comme cela se produit dans les éboulements). D'autre part les masses non disloquées sont partagées par des crevasses secondaires en plusieurs paquets que séparent des vallonnements. Les tours ont été détachées les unes des autres par des crevasses de troisième ordre, qui se sont seulement entrebâillées à l'occasion de ce glissement. Des mesures ont révélé une vitesse moyenne annuelle actuelle de glissement de 2,1 cm/an. L'origine de ces glissements est le fait que la dalle de calcaires du Fontanil possède là, à la voûte de l'anticlinal du Semnoz, un net pendage vers le Sud-Ouest. Or, dans cette direction, elle a été sapée par le Chéran lorsque celui-ci s'est encaissé en entaillant la cluse. Cela a déclenché le glissement d'une partie de cette dalle en direction du thalweg de la rivière, à la faveur du fait que les calcaires du Fontanil reposent (de façon stratigraphiquement normale) sur des marnes du Berriasien.
Le site geol-alp propose une photographie interprétée, reprise ci-dessous.
Source - © 2005 D’après Maurice Gidon, modifié
Figure 12. Photographies brute et interprétée du secteur des Tours Saint-Jacques (Savoie)
Ce secteur appartient à un anticlinal (l'anticlinal du Semnos, AS) chevauchant (ØB = chevauchement subalpin) un autochtone (assombri sur la photo interprétée). Le trait rouge localise approximativement les coupes théoriques des figures 9 à 11.
Cfi signifie calcaires du Fontanil inférieur, Cfs calcaire du Fontanil supérieur, Be Berriasien, H Hauterivien, Urg urgonien.
Figure 13. Vue aérienne de l'anticlinal du Semnoz recoupé par la cluse de Banges, parcourue par le Chéran Le trait rouge localise approximativement les coupes théoriques des figures 9 à 11. La punaise jaune localise les Tours Saint-Jacques. À l'arrière-plan, le lac d'Annecy. | Le trait rouge localise approximativement les coupes théoriques des figures 9 à 11. La punaise jaune localise les Tours Saint-Jacques. À l'arrière-plan, le lac d'Annecy. |
Figure 15. Localisation des Tours Saint-Jacques (Savoie), juste à l'Est du front subalpin
Localisation par fichier kmz des Tours Saint-Jacques (Allèves, Savoie).
Et pour se faire plaisir en voyant de beaux paysages, voici cinq photographies supplémentaires des Tours Saint-Jacques, vues de plus ou moins loin, de l'extérieur ou de l'intérieur…
Figure 17. Les Tours Saint-Jacques (Allèves, Savoie) | Figure 18. Les Tours Saint-Jacques (Allèves, Savoie) |
Source - © 2005 Éric Bollard / gites-bauges.com | Source - © 2023 THOMAS / randonneessportives |