Se promener sur ou autour des causses

Pierre Thomas

Laboratoire de Géologie de Lyon / ENS Lyon

Olivier Dequincey

ENS Lyon / DGESCO

17/09/2018

Résumé

Les causses, un relief tabulaire et karstique à dolines, poljés, relief ruiniforme et gorges célèbres.


Figure 1. Paysage caractéristique des Grands Causses, en Lozère

Cette photo a été prise en août 2018 sur le Causse Méjean, près du hameau du Veygalier, à l'Est du site connu sous le nom de Nimes le Vieux (Lozère). Au premier plan, une “steppe” d'herbe rase, le domaine des troupeaux de moutons (roquefort oblige). Cette herbe pousse sur du calcaire blanc du Bathonien inférieur (J2a). À l'arrière-plan, cette “steppe” est parsemée de pinacles et autres rochers dolomitiques ruiniformes datant du Bathonien supérieur (J2b). Entre les deux, une zone cultivée et moissonnée en ce début août occupe une vaste doline à fond plat tapissée d'argile rougeâtre (R).

Localisation par kmz du Veygalier.


En français, le mot « causse » désigne un plateau calcaire et dolomitique, au relief karstique marqué, localisé au Sud et au Sud-Ouest du Massif Central. Ce nom de causse vient de l'occitan cauce lui-même issu du latin calx (pierre à chaux, chaux). Traditionnellement, on sépare les causses en deux entités : les Grands Causses dans les départements de Lozère, de l'Aveyron et du Gard, et les Causses du Quercy dans les départements du Lot, de la Corrèze et de la Dordogne.

Ces causses sont constitués de calcaires, dolomies et marnes déposés dans les mers jurassiques et, tout en conservant une structure globalement tabulaire, portés à leur altitude actuelle (250 à 500 m pour les Causses du Quercy, 500 à 1200 m pour les Grands Causses) par la surrection du Massif Central au Miocène. Les rivières se sont enfoncées sur place en donnant les célèbres gorges et vallées du Lot, du Tarn… Ces vallées délimitent des plateaux séparés les uns des autres, formant autant de « causses », comme le Causse de Gramat ou le Causse de Martel dans les Causses du Quercy, les Causses de Sauveterre, Méjean, Noir ou du Larzac dans les Grands Causses.

Outre ces célèbres gorges et vallées, les causses sont connus pour leurs villages au pied des falaises (Rocamadour, Roquefort — cf. Quand la géologie rejoint la gastronomie : site et glissement de terrain de Roquefort (Aveyron)…), leurs grottes ouvertes aux touristes (gouffre de Padirac, Aven Armant), leurs karsts ruiniformes (Montpellier le Vieux)… Les causses du Quercy sont couverts par le Parc naturel régional Causses du Quercy. Les Grands Causses sont couverts par le Parc naturel régional des Grands Causses et par le Parc national des Cévennes. Mille occasions d'y passer des vacances “intelligentes”, et en particulier géologiques. Et, en dehors de ces lieux prestigieux (et peut-être sur-fréquentés en juillet et août), ces causses sont parcourus de kilomètres de petites routes départementales désertes, de sentiers de randonnée…

En juillet-août 2018, j'ai été amené à passer deux jours dans les Causses du Quercy et deux jours dans les Grands Causses. En me promenant (presque) au hasard et en évitant autoroutes, routes nationales et lieux trop touristiques (sauf les incontournables Détroits et Point Sublime des Gorges du Tarn), j'ai été amené à faire suffisamment de photographies pour vous proposer quatre “images de la semaine”, dont trois concernent directement les causses.

Figure 2. Localisation des Causses du Quercy et des Grands Causses


Figure 3. Localisations des Causses du Quercy et des Grands Causses sur les terrains jurassiques au Sud-Ouest et au Sud du Massif Central

À quelques déformations locales près, les couches jurassiques sont restées tabulaires malgré leur surrection au Miocène.



Figure 5. Paysage et flore caractéristiques des Grands Causses, quelque part sur le Causse Noir (Aveyron)

On voit en particulier un Echinops ritro , chardon (de la famille des Astéracées) qui a plusieurs noms vernaculaires (chardon bleu, oursin bleu, azurite…).


Les causses sont le pays des dolines. La formation des dolines est expliquée, par exemple, dans Le lac d'Otjikoto (Namibie) et le lac des Rives (Causse du Larzac, Aveyron), une doline et un poljé inondés , en particulier à la figure 5. En voici quatre, photographiées au détour des petites routes du Causse Noir (Aveyron).

Figure 6. Dolines approximativement circulaires sur le Causse Noir (Aveyron)


Figure 7. Dolines approximativement circulaires sur le Causse Noir (Aveyron)


Figure 8. Doline de forme elliptique sur le Causse Noir (Aveyron)


Figure 9. Doline très allongée sur le Causse Noir, Aveyron

On est là à la limite entre une doline et un poljé.


Le relief ruiniforme est l'un des modelés caractéristiques des karsts, surtout quand la roche est dolomitique (cf., par exemple, Un très bel exemple d'érosion karstique ruiniforme dans des calcaires dolomitiques : le cirque de Mourèze (Hérault) ou bien Le bois de Païolive (Ardèche), un exemple de méga-lapiaz dolomitique ). De tels reliefs abondent sur les Grands Causses, comme Montpellier le Vieux sur le Causse Noir, les Arcs de Saint-Pierre et Nimes le Vieux sur le Causse Méjean… Nous vous présentons 4 aspects du site de Nimes le Vieux autour du hameau du Veygalier (commune de Fraissinet de Fourques, Lozère).

Contrairement à l'idée largement répandue, et entretenue par des publicités pour tel ou tel fromage, la végétation des causses ne consiste pas qu'en prairies ouvertes et sèches. Une bonne partie des causses est couverte de forêts, principalement de chênes et de pins. L'association forêt / relief ruiniforme offre des paysages somptueux.

Figure 14. Pinacles dolomitiques dépassant d'une forêt de chênes et de pins du Causse Noir

Le célébrissime site de Montpellier le Vieux correspond à une telle association.


Figure 15. Pinacles dolomitiques dépassant d'une forêt de chênes et de pins du Causse Noir

Le célébrissime site de Montpellier le Vieux correspond à une telle association.


Figure 16. Les pinacles dolomitiques peuvent parfois être de très grande taille, Roques-Altes sur le Causse Noir

Une ferme caussenarde et les arbres permettent d'apprécier la taille des pinacles dolomitiques. Ces pinacles sont constitués du même Bathonien supérieur que près du Veygalier.

Localisation par kmz de Roques-Altes.


Depuis le Miocène, le Massif Central et ses bordures se sont soulevés. Les rivières se sont alors enfoncées sur place en créant des vallées et des gorges, dont les célèbres gorges de la Jonte et les célébrissimes gorges du Tarn pouvant atteindre plus de 500 m de profondeur. Les alternances de calcaires plus ou moins dolomitiques et de marnes donnent parfois aux parois de ces gorges une morphologie en marches d'escalier, avec alternance de falaises calcaires ou dolomitiques et de talus plus marneux à pente moins raide. Et, avec de la chance, on peut y voir voler des vautours.


Figure 18. Les gorges du Tarn vues d'en haut depuis le Point Sublime

La photo a été prise depuis la rive droite du Tarn (Causse de Sauveterre), là où le Tarn fait un coude prononcé. De l'autre côté, le Causse Méjean. L'horizontalité du plateau (due à l'horizontalité des couches) se voit très bien, malgré l'entaille creusée par le Tarn.

Localisation par kmz du Point Sublime.


Figure 19. Les Gorges du Tarn vues d'en bas au niveau des Détroits

Les alternances marno-calcaires (tallus - falaises) se voient très bien.

Localisation par kmz des Détroits.


Figure 20. Le viaduc de Millau, au-dessus du Tarn

Les gorges du Tarn sensu stricto sont situées en amont de Millau. Mais en aval, la vallée reste profonde. L'autoroute A75 la franchit par un viaduc impressionnant. Ce viaduc a une longueur de 2460 m ; son tablier domine le Tarn de 270 m, et la plus haute pile mesure 343 m. Espérons que des études géologiques poussées ont été entreprises pour chercher d'éventuelles cavités karstiques (et d'éventuelles galeries de mines, cf. Barytine stratoïde dans le Jurassique basal des Causses, région de Millau, Aveyron ) sous les fondations des piles.