Image de la semaine | 11/11/2013
Quand la géologie rejoint la gastronomie : site et glissement de terrain de Roquefort (Aveyron)
11/11/2013
Auteur(s) / Autrice(s) :
Publié par :
- Olivier DequinceyENS de Lyon / DGESCO
Résumé
Glissement de falaises calcaires diaclasés sur des marnes et aménagement de fissures en caves d'affinage.

Source - © 2013 — Pierre Thomas
En haut à gauche, le plateau du Combalou, constitué de calcaires et dolomies du Jurassique moyen (J1 et J2, Bajocien et Bathonien). Ces calcaires et dolomies surmontent des marnes du Lias supérieur (Toarcien et Aalénien, l8 et l9). Des panneaux de calcaire et de dolomie, initialement parcourus par des diaclases verticales, sont descendus en glissant lentement sur les marnes tout en conservant souvent leur géométrie initiale, mais en se fracturant et en basculant parfois. Les diaclases sont devenues des fissures ouvertes envahies par la végétation. Le village de Roquefort est bâti à la base de ce glissement. Ses célèbres caves sont aménagées au pied de et dans ce chaos rocheux.
La semaine dernière, nous vous avons montré le glissement de Quiraing en Écosse. Il s'agissait de coulées de basalte surmontant des marnes, avec de larges panneaux de basaltes glissant lentement sur les marnes en fonction de la topographie. Cette semaine, il s'agit d'un dispositif voisin : des panneaux de calcaire et de dolomie affectés de diaclases verticales glissent lentement sur des marnes vers le bas de la vallée. Ce glissement lent ouvre des fractures béantes. Les panneaux, plus hauts que larges, gardent souvent leur disposition initiale et restent plus ou moins verticaux. Au pied de ce glissement, les panneaux ont parfois basculé, se sont fracturés, et forment maintenant un chaos rocheux de gros blocs "emballés" dans des éboulis plus fins. C'est en aménageant ces fractures, et en creusant des cavités entre les blocs éboulés, emballés et recouverts d'éboulis plus fin, que les habitant de Roquefort ont, au cours des siècles, aménagé les célèbres « caves de Roquefort » où s'affine le fameux fromage du même nom. Dans ces chaos partiellement ensevelis, des fractures restent partiellement ouvertes, par où circule de l'air : les fleurines. Suivant la profondeur des caves et la plus ou moins grande ouverture des fleurines (qu'on peut plus ou moins colmater), on a des caves à différentes températures et/ou hydrométries, ce qui permet toutes les phases de la maturation des fromages.
Nous vous montrons cette semaine une coupe géologique "historique" de ce site exceptionnel, divers aspects de ce glissement lent vu sous tous les angles, et quelques données de géologie régionale.

Source - © 1874 — A. Roques et J. Charton, Roquefort et ses environs (Aveyron)
Les caves où s'affine le célèbre fromage sont obtenues en couvrant d'un toit certaines fractures ouvertes, et en aménageant/agrandissant/vidant les espaces situés entre les blocs de calcaire plus ou moins basculés et effondrés. Par les fractures mal colmatées entre les blocs de calcaire, de l'air peut circuler : ce sont les célèbre fleurines.
![]() Source - © 2013 — Pierre Thomas Ces panneaux ont glissé en conservant plus ou moins leur position verticale, ce qui a libéré des fissures ouvertes plus ou moins larges. Ci-après deux zooms. Le premier sur les fractures ouvertes juste au-dessus du village. Le second sur l'amoncellement d'éboulis relativement récent, car encore peu colonisé par la végétation, visible en haut à droite. Sans doute un panneau commençant à glisser, qui a basculé et s'est fracturé lors de sa chute. | |
![]() Source - © 2013 — Pierre Thomas Les deux fissures les plus à droite sont photographiées de près aux figures ci-dessous. | ![]() Source - © 2013 — Pierre Thomas Sans doute un panneau commençant à glisser, qui a basculé et s'est fracturé lors de sa chute. |
![]() Source - © 2013 — Pierre Thomas | ![]() Source - © 2013 — Pierre Thomas |
![]() Source - © 2013 — Pierre Thomas | |
![]() Source - © 2013 — Pierre Thomas On voit très bien, au premier plan à droite, la stratigraphie de la région : en haut, des couches résistantes de calcaires et de dolomies du Jurassique moyen ; en bas, des marnes beaucoup plus plastiques du Jurassique inférieur. | ![]() Source - © 2013 — Pierre Thomas La colonne stratigraphique est ici constituée de couches horizontales : en haut, des couches résistantes de calcaires et de dolomies du Jurassique moyen et, en bas, des couches de marnes grises beaucoup plus plastiques du Jurassique inférieur, marnes que le ruissellement érode en badlands. |
![]() Source - © 2013 — Pierre Thomas On remarque bien les fissures ouvertes verticales dues au glissement de panneaux calcaires vers le bas de la vallée, ainsi que l'éboulement récent visible depuis le bas de la vallée. | ![]() Source - © 2013 — Pierre Thomas On remarque bien les fissures ouvertes verticales dues au glissement de panneaux calcaires vers le bas de la vallée, ainsi que l'éboulement récent visible depuis le bas de la vallée. |
![]() Source - © 2013 — Pierre Thomas On remarque bien les fissures ouvertes verticales dues au glissement de panneaux calcaires vers le bas de la vallée, ainsi que l'éboulement récent visible depuis le bas de la vallée. | ![]() Source - © 2013 — Pierre Thomas On remarque bien les fissures ouvertes verticales dues au glissement de panneaux calcaires vers le bas de la vallée. |
![]() Source - © 2013 — Pierre Thomas On remarque bien les fissures ouvertes verticales dues au glissement de panneaux calcaires vers le bas de la vallée. | ![]() Source - © 2013 — Pierre Thomas Ces fractures sont maintenant recouvertes d'un toit, et aménagées en caves d'affinage. |
![]() Source - © 2013 — Google earth La flèche jaune indique un neck (cheminée) de basalte attribué au Plio-Quaternaire. Le volcan et/ou la coulée associés à cette cheminée ont été complètement érodés. | ![]() Source - © 2013 — BRGM / Google earth La flèche jaune indique un neck (cheminée) de basalte attribué au Plio-quaternaire. Le volcan et/ou la coulée associés à cette cheminée ont été complètement érodés. |
![]() Source - © 2013 — Pierre Thomas La série sédimentaire (calcaires et dolomies en haut, marnes en bas) est traversée par un neck basaltique visible (roche plus sombre) légèrement au-dessus du centre de l'image. Si ce volcanisme (n'oublions pas que les Causses font partie du Massif Central) avait été plus important, peut-être le glissement de Roquefort aurait-il ressemblé à celui de Quiraing. | ![]() Source - © 2013 — Pierre Thomas |

Source - © 2013 — Google earth


















