Mots clés : érosion littorale, variation du niveau marin, subsidence, sable

Impact des activités humaines sur l'érosion littorale

Thibault Lorin

Agrégé SV-STU, doctorant ENS Lyon

Ayman El-Shafey

Agrégé SV-STU, Collège Jean-Baptiste Clément (Colombes)

Olivier Dequincey

ENS Lyon / DGESCO

07/02/2018

Résumé

Rappel de quelques facteurs anthropiques influençant l'érosion des littoraux à l'échelle mondiale. Exemples dans le monde et en France pour illustrer des données récentes de la littérature scientifique.


Remerciements

Nous remercions particulièrement Mme Anny Cazenave (LEGOS) et MM. Gonéri Le Cozannet et Yann Balouin (BRGM) pour leurs précieux commentaires à la relecture de versions précédentes de l'article. Toute erreur ou approximation dans ce qui suit serait du fait des seuls auteurs.

« La mer monte »

Des « plages qui reculent », la « mer qui monte », les « tempêtes qui sont de plus en plus fréquentes »... Ces dernières années, l'érosion littorale a été de plus en plus évoquée dans l'actualité, et, en France, le cas de la résidence du Signal, à Soulac-sur-Mer (Gironde), a participé à une prise de conscience du phénomène. Cet immeuble, construit dans les années 1970 à 200-300 m de la mer, a dû être évacué en 2014 à cause du risque d'affaissement de l'immeuble sur la plage et pour assurer la sécurité des résidents. Chose impensable à l'époque de la construction, la mer a, en moins d'un demi-siècle, progressé de plusieurs centaines de mètres (ou, dit autrement, le trait de côte a reculé de cette distance).

Cet exemple assez spectaculaire nous invite à nous demander quelles sont les origines de ce phénomène de plus en plus redouté à l'échelle mondiale, et donc de plus en plus médiatisé. Dans quelle mesure assiste-t-on à une montée du niveau marin ? Quelles en sont les conséquences sur l'érosion littorale ? D'autres facteurs interviennent-ils dans le recul des littoraux observé dans le monde entier ? Quels effets les activités humaines ont-elles sur ces processus ?

Nous verrons tout d'abord en quoi les activités humaines influencent la montée du niveau moyen des mers. Nous aborderons ensuite les processus qui, à l'échelle mondiale, agissent sur l'érosion littorale : l'élévation du niveau marin joue certes un rôle majeur, mais les aménagements littoraux et fluviatiles ainsi que l'extraction industrielle de sable sont également à pointer du doigt. Nous terminerons sur un exemple français d'érosion littorale, sur la côte méditerranéenne, qui a récemment fait l'objet d'un programme d'aménagement du littoral : le lido de l'Étang de l'Or, entre Carnon-Plage et La Grande Motte (Hérault).

Le cas du Signal est un cas exceptionnel : le site se situe à un endroit où la dérive littorale (effets de la houle sur le déplacement des sédiments littoraux, cf. Géologie et aménagement du territoire, un exemple d'échec : l'aménagement de l'estuaire de la Slack (Pas de Calais) ) pousse les sédiments soit vers le Nord, soit vers le Sud. L'érosion est donc très forte sur ce site, indépendamment des raisons évoquées plus loin.

Figure 1. La résidence Le Signal, à Soulac-sur-Mer (Gironde), dans les années 1970

Cette résidence, construite dans les années 1970 à 200-300 m de la mer, a dû être évacuée en 2014 à cause du risque d'affaissement de l'immeuble sur la plage. Elle est aujourd'hui à l'abandon. Chose impensable à l'époque, la mer a, en moins d'un demi-siècle, progressé de plusieurs centaines de mètres.


Figure 2. La résidence Le Signal, à Soulac-sur-Mer (Gironde), en 2017

Cette résidence, construite dans les années 1970 à 200-300 m de la mer, a dû être évacuée en 2014 à cause du risque d'affaissement de l'immeuble sur la plage. Elle est aujourd'hui à l'abandon. Chose impensable à l'époque, la mer a, en moins d'un demi-siècle, progressé de plusieurs centaines de mètres.


Figure 3. Localisation de Soulac-sur-Mer (Gironde), sur la côte atlantique


L'élévation actuelle du niveau marin est d'origine anthropique

Le niveau de la mer augmente depuis le siècle dernier, de manière hétérogène, avec des conséquences variables selon les pays

Au cours du XXème siècle, d'abord par des marégraphes, puis par altimétrie satellitaire, il a été possible de constater l'élévation du niveau marin (ENM), et d'en estimer le rythme. Cette augmentation était, sur les 20-30 dernières années, de 3,26 mm/an, mais le rythme va s'accélérer. Cette élévation du niveau de la mer a déjà participé (avec d’autres causes) aux 47 morts de la tempète Xynthia en 2010 ( La tempête Xynthia du 28 février 2010 : comment météorologie, astronomie et géologie auraient pu et dû permettre d'en prévoir la gravité ). Les différents scénarios du GIEC (Groupe d'experts Intergouvernemental sur l'Évolution du Climat) d'évolution de la concentration atmosphérique des gaz à effet de serre s'accordent pour dire qu'à la fin du siècle le niveau moyen de la mer sera entre 20 cm et 140 cm plus élevé qu'aujourd'hui [1], selon si l'on considère un scénario de forçage radiatif additionnel faible (RCP2.5) ou élevé (RCP8.5). Ces chiffres hautement variables reflètent des grandes disparités dans les estimations des experts [2] mais tous les scénarios prévoient une augmentation du rythme de l'ENM (figures 4 et 5).

Figure 4. Variation du niveau marin depuis 1850, et prévisions d'ici 2100

Les mesures en rouge avant les années 1990 correspondent à des mesures marégraphiques ; le trait noir (détaillé dans l'encadré blanc) correspond à des mesures satellitaires (satellites Topex/Poseidon ou Jason) depuis les années 1990. Deux scénarios sont représentés, avec leurs barres d'erreurs : le scénario "haut" (RCP8.5) et "bas" (RCP2.5). Dans tous les cas, le rythme de l'ENM augmente d'ici la fin du siècle.

D'après une compilation de données et figures de la littérature [123] ainsi que de données récentes du CLS-LEGOS.


Figure 5. Variation du niveau marin depuis 1850, et prévisions d'ici 2100 (version simplifiée)

L'ensemble des possibles entre les valeurs basses du scénario "bas" (RCP 2.5) et les valeurs hautes du scénario "haut" (RCP8.5) est représenté. Dans tous les cas, le rythme de l'ENM augmente d'ici la fin du siècle.

D'après une compilation de données et figures de la littérature [123] ainsi que de données récentes du CLS-LEGOS.


Il convient de noter que ces chiffres désignent des valeurs moyennes à la surface du globe, et cachent de fortes disparités locales, comme en témoigne la carte de répartition de l'ENM à la surface du globe entre 1992 et 2009, ci-dessous. Dans certaines régions, par exemple le Pacifique-Ouest, le niveau marin s'est élevé 3 fois plus rapidement que la moyenne mondiale. Cette distribution non-homogène de l'ENM résulte de facteurs multiples : (i) le réchauffement (et donc la dilatation des eaux) n'est pas uniforme à l'échelle du globe, (ii) les variations de salinité (et donc de densité) non plus, et (iii) les changements des courants océaniques suite à la fonte des calottes et à l'apport d'eau douce ne redistribuent pas les eaux de manière homogène. Ces variations de l'ENM sont donc sensibles aux variations climatiques interannuelles à grande échelle (comme par exemple le phénomène El Niño). Enfin, (iv) le rebond suite à la fonte des calottes est à prendre en compte. Ainsi, l'ENM est variable tant temporellement que spatialement.

Figure 6. Variations régionales de l'élévation du niveau de la mer mesurées par altimétrie satellitaire sur la période 1993–2015

Dans certaines régions, par exemple le Pacifique-Ouest, le niveau marin s'est élevé 3 fois plus rapidement que la moyenne mondiale. Cette distribution non-homogène de l'ENM résulte de facteurs multiples : le réchauffement n'est pas uniforme à l'échelle du globe, les variations de salinité (et donc de densité) non plus, et les changements des courants océaniques suite à la fonte des calottes et à l'apport d'eau douce ne redistribuent pas les eaux de manière homogène. Ces variations de l'ENM sont donc sensibles aux variations climatiques interannuelles à grande échelle (comme par exemple le phénomène El Niño). Enfin, le rebond suite à la fonte des calottes est à prendre en compte. Ainsi, l'ENM est variable tant temporellement que spatialement.

MSL = Mean Sea-Level  = niveau moyen des mers.


Les conséquences pour les populations humaines sont de même très variables, et dépendent de leur vulnérabilité. Les premiers pays touchés sont (et seront) les pays côtiers « plats » en développement, ainsi que les petits états insulaires en développement (PEID). Ces pays ont le plus souvent des populations denses, des taux de subsidence des côtes plus élevés dus à une urbanisation anarchique et galopante (la subsidence littorale sera abordée plus loin), et des incapacités économiques à s'adapter (ériger et entretenir des digues comme aux Pays-Bas coûte très cher, tous les pays n'en ont pas les moyens). Il a été estimé qu'en 2100, entre 0,2 et 4,6% de la population mondiale sera annuellement inondée à cause de l'ENM [3].

Figure 7. Vulnérabilité schématique des régions du monde au risque d'inondation côtière par suite de l'élévation relative du niveau marin et/ou du réchauffement climatique

Les régions les plus vulnérables sont les plus densément peuplées, à l'altitude la plus faible, pour lesquelles les sols s'affaissent (les plus "subsidentes") et les moins capables d'adaptation (pour des raisons économiques).


Facteurs à l'origine de la montée du niveau des mers

L'ENM est un phénomène relatif : la mer monte par rapport au trait de côte. On peut donc distinguer deux cas : (1) la mer monte "vraiment", c'est-à-dire que le volume d'eau augmente, ou (2) les littoraux "descendent".

Les causes de la montée "vraie" du niveau des mers : le volume d'eau de mer est de plus en plus important

Les causes de la montée du niveau de la mer dans le monde sont multiples : le réchauffement d'origine anthropique provoque des variations climatiques qui, indirectement, font varier le niveau marin. Cependant, et dans une moindre mesure, les activités humaines provoquent également directement l'ENM.

Les deux facteurs principaux contribuent à l'ENM dans le monde sont climatiques (et donc indirects) :

  • l'expansion thermique due au réchauffement de l'océan de surface : plus chaud, son volume augmente ; les estimations varient selon les sources, mais sur la période 1960-2010 la dilatation thermique a vraisemblablement contribué à hauteur de 25 à 50% de l'ENM ;
  • la fonte des calottes polaires et des glaciers à l'échelle mondiale, qui s'accélère ces dernières décennies, participerait à hauteur de 30% de l'ENM (voir ou revoir à ce propos une étude de cas sur la fonte des glaciers alpins depuis deux siècles : La Mer de Glace : grandeur (et décadence ?) d'un glacier alpin ). Sur environ 260 Gt d'eau perdues annuellement, entre 2003 et 2009, par les glaciers du monde entier, seulement 6 proviennent de la fonte antarctique. L'essentiel provient de la zone arctique, puisque l'ensemble Groënland - Alaska - Arctique canadien perd environ 160 Gt d'eau par an. L'Himalaya et les Andes perdent chacun environ 30 Gt d'eau annuellement, alors que les glaciers alpins, beaucoup plus "petits", en perdent "seulement" 2 (Gardner et al., 2013 [4]).

D'autres facteurs (directs) liés aux activités humaines "rajoutent de l'eau dans la mer", mais à plus petite échelle. Entre 1900 et 2008, environ 4500 km3 d'eau ont ainsi été prélevés par l'Homme dans le monde par pompage des eaux souterraines à des fins de consommation et d'irrigation. L'eau ainsi prélevée peut retourner dans les nappes d'eau souterraines mais poursuit le plus souvent sa route jusque dans les océans. Ce phénomène, appelé "déplétion des eaux souterraines" ( groundwater depletion , en anglais) a contribué à hauteur de 6% de l'ENM observée dans le monde (soit environ 0,1 mm/an) [5]. À l'inverse, les barrages disposés sur les cours d'eau des quatre coins du monde, en retenant une partie des eaux de ruissellement, ont contribué à une baisse du niveau marin, à hauteur de -0,55 mm/an depuis la deuxième moitié du XXème siècle (et l'expansion notable de la construction des barrages à l'échelle mondiale) [6].

Les causes de la "descente" du niveau des terres

Les exemples ci-dessus supposent que le trait de côte soit stable et que la mer monte car son volume augmente (soit car "on" y rajoute de l'eau, soit car elle se réchauffe et se dilate). Toutefois, si la côte descend sans que le niveau de la mer ne varie, il y a également élévation du niveau marin. On parle dans ce cas de subsidence côtière. La subsidence des côtes, notamment dans les deltas, est un phénomène naturel dû au réarrangement des sédiments par affaissement des sols et à l'expulsion de l'eau souterraine, et son ordre de grandeur naturel est de 5 mm/an.

Les régions côtières sont de plus en plus habitées, et de nombreuses activités d'exploitation du sous-sol y ont lieu. Les pompages d'eau, à des fins d'irrigation ou de consommation, et l'exploitation de gaz et de pétrole (notamment dans les deltas) à des fins énergétiques conduisent à une réduction du volume du milieu poreux, ce qui peut conduire à des affaissements du sol en surface [7]. Par ailleurs, la simple présence de bâtiments en surface tasse le terrain sous-jacent, qui s'affaisse. Ainsi, dans certaines régions côtières, le taux de subsidence peut atteindre jusqu'à 30 cm/an, totalisant parfois jusqu'à treize mètres de subsidence totale depuis un demi-siècle [8].

La subsidence est particulièrement manifeste au niveau des grandes villes côtières : depuis un siècle, de nombreuses mégapoles se sont affaissées à un rythme de plus de 1 cm/an [9] : Osaka, au Japon (2,8 m de subsidence entre 1935 et 1995) ; Tokyo, également au Japon (5 m entre 1930 et 1995) ; Manille, aux Philippines (plus d'1 m entre 1991 et 2003), et Shanghai, en Chine (2,8 m de subsidence entre 1921 et 1995). À l'échelle de l'ensemble du delta du Mékong (20 millions d'habitants), dont la majeure partie est située à moins de 2 mètres au-dessus du niveau de la mer, la surexploitation des nappes d'eau souterraines provoquera, au rythme de subsidence actuel, une baisse de 35 cm à 1,4 m d'ici 2050 [10].

La subsidence accélère d'autant l'ENM et en est donc un contributeur majeur : dans les cas où des pompages excessifs ont lieu, le facteur "subsidence" (1 à 4 cm/an) est de beaucoup supérieur au facteur "montée des eaux" (quelques millimètres par an). Ainsi, la contribution "terrestre" de l'ENM, moins souvent soulignée, peut donc être bien plus importante que la contribution "marine" à l'augmentation du risque d'inondation dans certaines régions du monde.

Nous verrons plus loin un troisième coup porté aux deltas dans le monde et accélérant encore leur érosion : la "privation de sédiments".

Le niveau des mers monte de plus en plus vite

L'ENM est avérée et s'accélère depuis ces dernières décennies. Nous l'avons vu, les causes de l'ENM sont multiples ; on peut distinguer une contribution "marine", essentiellement influencée par les modifications actuelles du climat mais également par la déplétion en eaux souterraines, et une composante "terrestre" due à la subsidence de certaines régions côtières.

Il est possible de visualiser les terres qui seraient recouvertes d'eau en fonction de l'ENM sur divers outils en ligne parmi lesquels on trouve http://flood.firetree.net/. En France, l'ENM aura un impact limité à l'échelle nationale mais risque tout de même d'affecter certaines régions côtières (voir plus loin pour l'exemple de la Camargue et du littoral languedocien). Certains territoires d'outre-mer, comme l'archipel des Tuamotu en Polynésie Française, sont extrêmement vulnérables à une faible ENM.

Les atolls sont certes vulnérables mais l'ENM n'est pas toujours accompagnée d'une réduction de leur surface [11]. Ces structures biodétritiques sont en effet en accrétion permanente du fait des apports sédimentaires dus à la croissance du corail et aux courants, et le paradigme « la mer monte donc les atolls vont disparaître » doit être envisagé au cas par cas.

Figure 8. Vue aérienne de l'île de Tikehau, dans l'archipel des Tuamotu (Polynésie Française)

L'atoll est constitué de nombreux îlots appelés "motus". Une ENM de plus d'un mètre pourrait rayer de la carte les différents motus et donc cet atoll tout entier. Les dizaines d'autres atolls de l'archipel des Tuamotu sont également vulnérables.

Retrouver cette photo dans Des îles hautes aux atolls : une histoire du plancher océanique (figure 12).


Figure 9. Un îlot ("motu") habité de l'atoll de Tikehau, dans l'archipel des Tuamotu (Polynésie Française)

Une ENM de quelques dizaines de centimètres pourrait rayer de la carte les différents motus et donc cet atoll tout entier. Les dizaines d'autres atolls de l'archipel des Tuamotu sont également vulnérables.


Figure 10. Localisation de l'archipel des Tuamotu (Polynésie Française), au milieu du Pacifique


L'impact de l'élévation du niveau marin (ENM) sur l'érosion littorale

L'impact direct de l'ENM sur l'érosion littorale

Il est difficile d'attribuer un seul facteur au changement des traits de côtes : celui-ci peut certes (i) être influencé par l'ENM mais peut aussi varier en fonction (ii) des changements locaux et/ou saisonniers des vagues et des courants côtiers, (iii) des apports de sédiments par les fleuves (nous reviendrons sur ce point dans la prochaine partie), (iv) de la nature des terrains (une côte rocheuse est souvent moins vulnérable qu'une côte sableuse, même si le recul des falaises calcaires d'Étretat, par exemple, appelle à nuancer le propos), et (v) des aménagements humains alentour (digues). Toutefois, à l'échelle mondiale, on constate que les côtes sableuses reculent, et certains auteurs ont montré que l'ENM participait à ce recul [12]. Il existe même une "loi" empirique (« loi de Bruun ») qui postule que pour toute élévation du niveau marin donnée, les traits de côtes reculent en moyenne de 100 à 150 fois cette valeur [13] : une augmentation du niveau marin de 3 mm/an conduirait alors à un recul du trait de côte de 30 à 45 cm/an. Cette loi est évidemment hautement discutable et discutée, étant donné les grandes variations locales d'érodabilité des côtes, mais a le mérite de donner des ordres de grandeur valables à grande échelle.

L'impact indirect de l'ENM sur l'érosion littorale : augmentation de l'intensité des événements extrêmes

Bien que l'effet d'une tempête sur le littoral puisse sembler catastrophique au premier abord, des études ont montré que les systèmes côtiers s'en remettent vite (quelques années à quelques dizaines d'années), pourvu que la végétation littorale puisse reprendre ses droits, que l'apport sédimentaire soit maintenu et/ou que la barrière de corail (si elle est présente) puisse se régénérer [9]. De plus, les tempêtes sont souvent une source de sédiments. Par exemple, le sable blanc des plages des barrières de corail provient en grande partie des débris issus des tempêtes. Enfin, les vagues associées aux tempêtes permettent souvent de remettre en suspension des sédiments profonds et de les redistribuer le long des côtes, et peuvent donc avoir une action d'engraissement des littoraux.

Toutefois, l'augmentation de (1) la fréquence et de (2) l'intensité des tempêtes et la perturbation des processus permettant de ré-engraisser les côtes ont aujourd'hui un impact majeur à court terme sur l'érosion littorale.

La fréquence des événements extrêmes de tous ordres augmente avec le réchauffement climatique, et les ouragans suivent vraisemblablement cette tendance [14]. Ainsi, l'augmentation de la température des eaux de surface dans la zone intertropicale augmente la probabilité qu'un ouragan survienne : non seulement les eaux de surface sont plus chaudes mais l'atmosphère est en moyenne plus humide. Par ailleurs, l'ENM rend les ouragans et les inondations qu'ils provoquent plus désastreux, car l'ouragan a lieu au-dessus d'une eau qui est à quelques centimètres (voire quelques dizaines de centimètres) de plus que ce qu'elle aurait été sans l'ENM d'origine anthropique [9].

L'année 2017 a été marquée par l'enchaînement de nombreux ouragans dévastateurs dans l'Atlantique : les très médiatisés Harvey puis Irma, mais aussi Katia ou encore Maria. Il faudra encore quelques années pour tirer le bilan scientifique de cette saison d'ouragans particulièrement intense. On prendra donc ici l'exemple de l'ouragan Sandy. Cet ouragan, surnommé "Frankenstorm", avait défrayé la chronique en octobre/novembre 2012 car, ne se cantonnant pas à la mer des Caraïbes, il avait grandement perturbé le fonctionnement de la côte Est des États-Unis jusqu'à New-York, en provoquant des inondations (l'eau était montée de 2,8 m dans la ville de New-York) (figure ci-dessous). Sans le réchauffement climatique anthropique, le niveau marin aurait été plus bas, et le réchauffement des eaux de surface de l'Atlantique moindre ; certains auteurs ont même estimé que le niveau des eaux n'aurait pas permis l'inondation des tunnels et bouches de métro [14].


Aux conditions climatiques de l'année 2000, un événement climatique extrême comme Sandy avait une probabilité de se produire tous les 398 ans ; en 2100, il sera de 3 à 17 fois plus probable, pouvant avoir lieu tous les 23 à 130 ans [14]. Et 23 ans, ça revient vite ! Les auteurs ont par ailleurs estimé l'intensité des ouragans ayant la fréquence de Sandy en 2000, c'est-à-dire une fois tous les 398 ans. Les ouragans de cette fréquence seront de plus en plus intenses au cours du siècle, avec des hauteurs d'eau atteignant entre 3,5 et 4,3 mètres selon les modèles (contre 2.8 pour Sandy).

Figure 12. Augmentation de la fréquence et de l'intensité des ouragans au cours du siècle à venir

Aux conditions climatiques de l'année 2000, un événement climatique extrême comme Sandy avait une probabilité de se produire tous les 398 ans ; en 2100, il sera de 3 à 17 fois plus probable, pouvant avoir lieu tous les 23 à 130 ans (graphique du haut ; notez l'échelle logarithmique) [15]. Et 23 ans, ça revient vite ! Les auteurs ont par ailleurs estimé l'intensité des ouragans ayant la fréquence de Sandy en 2000, c'est-à-dire une fois tous les 398 ans. Les ouragans de cette fréquence seront de plus en plus intenses au cours du siècle, avec des hauteurs d'eau atteignant entre 3,5 et 4,3 mètres selon les modèles (contre 2,8 pour Sandy). Les zones colorées indiquent les différentes estimations selon les modèles utilisés par les chercheurs.


Impacts des aménagements fluviaux sur l'érosion littorale

Nous avons évoqué plus haut différents facteurs anthropiques, plus ou moins directs, susceptibles d'induire l'augmentation de l'érosion littorale à l'échelle mondiale : l'élévation du niveau marin (et ses conséquences sur les événements météorologiques) ainsi que les aménagements littoraux pouvant parfois provoquer la subsidence de toute une région. Un troisième facteur à l'origine de l'érosion littorale est lié à l'approvisionnement direct des sédiments littoraux : les cours d'eau en amont.

Les cours d'eau sont le plus souvent reliés directement à la mer (mais pas toujours : on cite souvent le fleuve endoréique de l'Okavango, dont le delta s'étale en plein désert du Kalahari – voir encadré - ou la Volga, le plus grand fleuve d'Europe, qui se jette dans la mer Caspienne, qui est en fait le plus grand lac endoréique du monde), et transportent des sédiments en suspension. Ces sédiments peuvent se déposer dans l'embouchure des cours d'eau : les argiles, en entrant en contact avec l'eau salée, floculent (formant parfois des bouchons vaseux estuariens), et la diminution de l'hydrodynamisme avec l'élargissement du lit et son étalement conduit au dépôt des particules de toutes granulométries.

Les barrages bloquent l'apport sédimentaire vers l'aval

Si les cours d'eau ont depuis toujours été exploités par l'Homme, notamment pour l'irrigation, ce n'est véritablement que depuis le milieu du XXème siècle que les activités humaines les ont grandement modifiés.

Ainsi, afin de (i) limiter les inondations, (ii) fournir de l'eau d'irrigation ou (iii) de l'énergie à une population sans cesse croissante et toujours plus "énergivore", de grands travaux d'aménagement des cours d'eau ont été entrepris. En particulier, de nombreux projets de barrage ont vu le jour dans le monde entier. Par exemple, dans l'ensemble du bassin versant du fleuve Yang-Tsé, en Chine (où habitent 500 millions de personnes), pas moins de 50 000 barrages (!) ont été construits depuis 1950, depuis les petites retenues en bois construites par des paysans jusqu'au barrage des Trois-Gorges, achevé en 2003, actuellement l'un des plus grands barrages du monde (185 m de haut et 2309 m de long) alimentant la centrale hydraulique la plu "puissante" au monde (34 générateurs développant une puissance installée de 22,5 GW... à comparer aux 1,3 GW des réacteurs nucléaires prévus à Flamanville) [16] (figures ci-dessous).

Les barrages sont régulièrement évoqués dans l'actualité pour leurs impacts sur la biodiversité, à juste titre, mais leur impact sur la dynamique sédimentaire, notamment leur rôle de "pièges à sédiments", est moins souvent relevé. Dans le monde, on estime à environ 845 000 le nombre de barrages ; on conçoit donc que l'ensemble de ces obstacles prive l'aval de nombreuses particules de sédiments qui s'accumulent au niveau des barrages.

Le delta du Yang-Tsé, qui est peut-être la région du monde à la concentration urbaine la plus élevée (Shanghai s'y trouve notamment), est ainsi passé depuis les années 1960-1970 d'un taux d'accumulation nette de sédiments de 125 Mm3/an à un taux d'érosion de 100 Mm3/an ces dernières années. Les manifestations de l'érosion du delta sont pour le moment essentiellement sous-marines mais à terme elles pourraient gagner la surface [17].

Figure 13. Le barrage des Trois-Gorges (Chine), plus grand barrage du monde

Les véhicules sur le barrage permettent de se rendre compte de la démesure de l'édifice.


Figure 14. Localisation du barrage des Trois-Gorges sur le fleuve Yang-Tsé-Kiang (ou Yang-Tsé, ou Fleuve Bleu), en Chine

Le Fleuve Bleu se jette en mer de Chine Orientale par un grand delta, où se situe Shanghai.


À l'échelle mondiale, il se passe donc un phénomène relativement paradoxal : d'une part, les sols n'ont jamais autant été érodés, essentiellement à cause de la déforestation (un article en préparation traitera de cette thématique), augmentant ainsi la charge sédimentaire des fleuves ; d'autre part, à cause des barrages et des réservoirs de toutes tailles, il n'y a jamais eu aussi peu de sédiments atteignant les littoraux [18]. On estime qu'avant les modifications majeures de l'environnement par l'Homme (époque que d'aucuns appellent « Anthropocène »), le flux total sédimentaire jusqu'à l'océan était de l'ordre de 20 Gt/an. À la fin du XXème siècle, ce flux était de 13 Gt/an [18]. Ainsi, environ un tiers du flux naturel de sédiments est piégé dans les retenues du monde entier (figure ci-dessous).

Figure 15. Représentation des plus grands barrages du monde ainsi que l'estimation du volume des sédiments retenus pour chacun des bassins versants

La grande zone marron en Afrique correspond au bassin versant du Nil, dont le barrage d'Assouan (tache bleue plus importante en Égypte) retient une grande partie de l'apport sédimentaire. Le delta du Nil est d'ailleurs grandement affecté par l'érosion côtière. L'Asie orientale est également grandement affectée.


L'extraction de granulats dans les lits des rivières

Le "sable" (terme désignant les particules d'une taille comprise entre 0,06 et 2 mm) est la ressource la plus consommée par l'Homme après l'eau : plusieurs dizaines de milliards de tonnes annuellement, servant à la fois dans l'industrie et dans la construction (le sable rentre par exemple dans la constitution du béton). Cette valeur de plusieurs dizaines de Gt est à comparer à la valeur énoncée plus haut de 13 Gt/an de particules (toutes granulométries confondues) atteignant les océans. L'extraction du sable est donc un enjeu majeur actuellement, et certains auteurs estiment que la « pénurie du sable » pourrait arriver avant la « pénurie du pétrole », pourtant plus médiatisée.

Cette pénurie à venir peut paraître contre-intuitive étant donnée la quantité de sable sur Terre : 20% de la surface terrestre est constituée de déserts, et 20 à 30% des déserts du monde sont recouverts de sable. Cependant, il y a sable et sable, et les sables du désert n'ont bien souvent pas les propriétés adéquates pour la construction : étant notamment trop ronds à force d'être roulés par le vent, ils ne s'agrègent pas assez bien et leur amoncellement (pour construire une île artificielle par exemple) n'est pas stable. Ainsi, de manière surprenante, les pays du Moyen-Orient importent de grandes quantités de sable pour élever les gratte-ciels et faire avancer les villes sur la mer par la construction de polders [19]. Les villes asiatiques, en pleine expansion, importent également de grandes quantités de sable.

Les lits de rivières, malheureusement, font partie des lieux qui fournissent un bon sable de construction facile à exploiter. Ainsi, en sus de la retenue des sédiments par les barrages, l'extraction massive de sable dans les rivières constitue un deuxième facteur empêchant l'arrivée des sédiments jusqu'aux côtes. Cette pratique, reconnue néfaste, est interdite en France depuis les années 1990 [20], mais pas dans certaines régions du monde, notamment en Asie du Sud-Est.

L'extraction de sable n'est pas limitée aux lits de rivières et a lieu également en mer (souvent illégalement). Pour une description plus complète des pratiques et des enjeux de ce phénomène (sur l'érosion et sur l'économie), voir ou revoir le documentaire de Denis Delestrac (2013) Le sable : enquête sur une disparition (ARTE).

Le Mékong, fleuve du Sud-Est asiatique qui draine six pays, débouche sur le troisième plus grand delta du monde. Le fleuve, largement sous-aménagé avant les années 1990, fait face aujourd'hui à de gros problèmes d'extraction fluviatile du sable [20]. Ainsi, il a été estimé qu'entre 2008 et 2012, les extractions annuelles dans le delta étaient de 27 Mm3/an, dont 86% de sable. Cela correspond à environ 20 fois le flux annuel de sable transporté par le Mékong [21] ! De plus, l'ensemble des bassins résultant de cette activité minière (ayant parfois jusqu'à 45 m de profondeur) piège activement le sable, qui est évidemment moins disponible en aval (figures ci-dessous).

Ces activités contribuent donc grandement à l'érosion actuelle du delta, qui a perdu par jour entre 2003 et 2012 l'équivalent d'un terrain et demi de football. Ce facteur anthropique s'ajoute donc à ceux précédemment soulignés : rétention des sédiments en amont, par les barrages, ainsi que la subsidence du delta.

Figure 16. Le Mékong, fleuve majeur du Sud-Est asiatique, est en proie à l'érosion de son delta suite (entre autres) à l'extraction de sable dans le lit du fleuve

Ces activités d'extraction de sable contribuent donc grandement à l'érosion actuelle du delta, qui a perdu par jour entre 2003 et 2012, l'équivalent d'un terrain et demi de football.


Figure 17. Le Mékong à Luang Prabang (Laos)


Figure 18. Un exemple d'extraction de sable dans le delta du Mékong

Ces activités d'extraction de sable contribuent grandement à l'érosion actuelle du delta, qui a perdu par jour entre 2003 et 2012 l'équivalent d'un terrain et demi de football.


Figure 19. Un exemple d'extraction de sable dans le delta du Mékong

Ces activités d'extraction de sable contribuent donc grandement à l'érosion actuelle du delta, qui a perdu par jour entre 2003 et 2012 l'équivalent d'un terrain et demi de football. Sur ce cliché aérien on peut voir que la berge convexe (au premier plan) est en train d'être exploitée (zone en "U" au milieu de l'image).


Un exemple français d'érosion littorale : le littoral languedocien

Il y a pléthore d'exemples d'érosion littorale à l'échelle mondiale, à petite comme à grande échelle, et la France n'échappe pas à cette tendance. D'après une étude menée par l'Observatoire National de la Mer et du Littoral, en France métropolitaine, en 2003, 31% du littoral naturel était dans un régime érosif alors que seulement 12% était en accrétion ou engraissement (figure ci-dessous). Le recul des côtes sableuses a été récemment médiatisé à travers l'exemple déjà évoqué plus haut de la résidence du Signal, à Soulac-sur-Mer (Gironde). Nous nous proposons ici d'étudier les facteurs à l'origine de l'ablation de quelques plages languedociennes. On y retrouve un effet combiné des aménagements fluviaux et littoraux sur la dynamique sédimentaire et la géomorphologie littorale.

Figure 20. Mobilité du trait de côte en France métropolitaine (étude menée en 2003)

D'après une étude en 2003 menée par l'Observatoire National de la Mer et du Littoral (ONML), en France métropolitaine, en 2003, 31% du littoral naturel était dans un régime érosif (côtes rocheuses, vaseuses et sableuses confondues) alors que seulement 12% était en accrétion ou engraissement (côtes vaseuses et sableuses surtout). De fortes disparités locales existent.


Contexte géographique, sédimentaire et courantologique du littoral languedocien

Dans le Sud de la France, depuis la Provence jusqu'à la Catalogne, est situé le Golfe du Lion où débouche un des fleuves majeurs français : le Rhône. Celui-ci s'épanche en Camargue, dans le delta qu'il a formé suite à la montée des eaux depuis le dernier maximum glaciaire, il y a environ 20 000 ans. Au niveau d'Arles, le Rhône se divise en deux bras, aujourd'hui endigués : le Petit Rhône, à l'Ouest, et le Grand Rhône, à l'Est. La région à l'Ouest du Petit Rhône est appelée "Petite Camargue" et est située dans le département du Gard. La Camargue "vraie" est la région comprise entre les deux bras encore actifs du Rhône, mais Petite Camargue et Camargue étant toutes deux des zones humides constituant le delta du Rhône et ayant été formées par les mêmes processus, nous ne les distinguerons pas ici.

La plateforme continentale languedocienne est longée par un fort courant d'Est en Ouest, le courant "ligure" ou "liguro-provençal" (ou même "liguro-provençal-catalan", si l'on veut souligner son sens de parcours). Ce courant océanique prend naissance au large du Cap Corse suite à la rencontre d'eaux de surface venant de l'Atlantique et de la Méditerranée orientale. Trop éloigné des côtes, il n'a pas de conséquences sur l'érosion des plages, qui est plutôt dépendante des interactions entre les aménagements humains et les différentes orientations de la dérive littorale.

Figure 21. Aperçu du contexte sédimentaire et courantologie du littoral languedocien

Au niveau d'Arles, le Rhône se divise en deux bras, aujourd'hui endigués : le Petit Rhône, à l'Ouest, et le Grand Rhône, à l'Est. La région à l'Ouest du Petit Rhône est appelée "Petite Camargue" et est située dans le département du Gard. La Camargue "vraie" est la région comprise entre les deux bras encore actifs du Rhône.

La plate-forme continentale languedocienne est parcourue par un courant d'Est en Ouest : le courant "ligure", ou "liguro-provençal", voire "liguro-provençal-catalan", si l'on veut souligner son sens de parcours. Il existe par ailleurs des nombreux courants côtiers de dérive littorale qui sont plus importants pour comprendre l'érosion des côtes. Quelques localités dont nous reparlerons plus loin sont indiquées. Au niveau de Carnon-Plage, la dérive littorale transporte les sédiments vers l'Est. À l'Espiguette, les sédiments viennent surtout de l'Est et vont vers l'Ouest.


Le recul des plages sableuses du littoral héraultais : exemple de Carnon-Plage

Depuis quelques décennies, et à l'instar de nombreuses autres plages du littoral métropolitain, les côtes languedociennes sont pour l'essentiel en net recul. Par exemple, au Sud de Montpellier, au niveau de Carnon-Plage (Hérault), le trait de côte a reculé de plusieurs dizaines de mètres par endroits depuis le milieu du XXème siècle (voir ci-dessous). La dérive littorale est à cet endroit d'Ouest en Est. Les sédiments sont donc aujourd'hui bloqués par les digues construites durant la deuxième moitié du XXème siècle.

Figure 22. Trait de côte au niveau de Carnon-Plage (Hérault), période 1950-1965

À comparer à la situation de 2017, photo suivante.

Le point orange est considéré comme fixe entre les différents clichés. Par endroits, le trait de côte a reculé de plusieurs dizaines de mètres (la barre d'échelle en bas à gauche mesure 100 m). On peut noter l'urbanisation galopante qui a eu lieu entre le milieu du XXème siècle et aujourd'hui, et surtout la construction des digues littorales. Celles-ci retiennent les sédiments qui sont apportés par la dérive littorale depuis l'Ouest. On peut ainsi noter une encoche juste "derrière" la digue la plus occidentale (à gauche de l'image de 2017).


Figure 23. Trait de côte au niveau de Carnon-Plage (Hérault), 2017

À comparer à la situation de 1950-1965.

Le point orange est considéré comme fixe entre les différents clichés. Par endroits, le trait de côte a reculé de plusieurs dizaines de mètres (la barre d'échelle en bas à gauche mesure 100 m). On peut noter l'urbanisation galopante qui a eu lieu entre le milieu du XXème siècle et aujourd'hui, et surtout la construction des digues littorales. Celles-ci retiennent les sédiments qui sont apportés par la dérive littorale depuis l'Ouest. On peut ainsi noter une encoche juste "derrière" la digue la plus occidentale (à gauche de l'image).


Figure 24. Recul du trait de côte depuis le milieu du XXème siècle au niveau de Carnon-Plage (Hérault), animation

Le point orange est considéré comme fixe entre les différents clichés. Par endroits, le trait de côte a reculé de plusieurs dizaines de mètres (la barre d'échelle en bas à gauche mesure 100 m). On peut noter l'urbanisation galopante qui a eu lieu entre le milieu du XXème siècle et aujourd'hui, et surtout la construction des digues littorales. Celles-ci retiennent les sédiments qui sont apportés par la dérive littorale depuis l'Ouest. On peut ainsi noter une encoche juste "derrière" la digue la plus occidentale (à gauche de l'image).


Les aménagements du Rhône jouent-ils un rôle dans l'érosion constatée au niveau de Carnon-Plage ?

Les plages de Carnon-Plage sont situées non loin de la Camargue qui bénéficie elle-même des apports sédimentaires du Rhône. Celui-ci semble donc être un coupable tout désigné pour expliquer l'érosion constatée.

En effet, en premier lieu, la charge du Rhône a drastiquement diminué au cours du XXème siècle : de 40 millions de tonnes à la fin du XIXème siècle, la charge est passée à 12 millions de tonnes dans les années 1960 et à 4 à 5 millions de tonnes à la fin des années 1990 [22]. Les causes majeures de la diminution de la charge sont (1) la construction de barrages sur le fleuve, qui retiennent les sédiments (voir plus haut), et (2) la reforestation naturelle de l'ensemble du bassin versant (notamment dans les Alpes), au cours de la deuxième moitié du siècle qui a accompagné la déprise agricole. La reforestation induit une baisse de l'érosion des sols et donc une baisse des apports sédimentaires.

Qui plus est, l'endiguement massif des deux bras principaux du Rhône (Petit et Grand Rhône), achevé depuis la fin du XXème siècle, empêche le dépôt des sédiments dans le delta. Cet endiguement, nécessaire à des fins résidentielles, a permis de limiter les crues du fleuve. Or, ce sont ces mêmes crues, en déposant des sédiments à l'emporte-pièce, qui permettent l'engraissement et la progradation du delta camarguais.

Enfin, l'endiguement force toute l'eau à passer au même endroit, diminue le nombre de bras du fleuve, et augmente donc son débit ; aujourd'hui, en cas de crue et de charge sédimentaire importante, les particules (surtout les argiles) sont transportées directement jusqu'à l'embouchure où, du fait de l'augmentation du débit, elles sont "propulsées" au large, au lieu de se déposer plus localement et de constituer un réservoir pour les plages en aval. En 2002, lors d'une importante crue du Rhône, il a été possible d'observer par image satellite les panaches formés par les argiles en suspension (figure ci-dessous).

Cependant, au niveau de Carnon-Plage, la dérive littorale est orientée vers l'Est (donc à l'opposé du Rhône) et les apports sédimentaires du Rhône n'ont pas d'influence sur l'érosion constatée. L'effet du Rhône est cantonné au littoral de Camargue (plus à l'Est).

Figure 25. Déprise agricole dans la commune de La Palud-sur-Verdon (Alpes de Haute-Provence)

Le bassin versant du Rhône inclut celui du Verdon. La déprise agricole qui touche les Alpes depuis la moitié du XXème siècle a provoqué une diminution de la charge du Rhône. Cette déprise est visible sur ce cliché, pris sur la commune de La Palud-sur-Verdon : une lande à genêt se développe aujourd'hui sur un terrain anciennement pâturé.


Figure 26. Panache de sédiments observable à l'embouchure du Rhône lors de la crue de novembre 2002

En 2002, lors d'une importante crue du Rhône, il a été possible d'observer par image satellite les panaches formés par les argiles en suspension. La Camargue (en vert) ainsi que le Petit et le Grand Rhône (traits bleus) ont été indiqués.


Le recul de la plage de Carnon-Plage dans un contexte littoral plus large

Les aménagements littoraux au niveau de Carnon-Plage ne sont pas les seuls aménagements du Golfe du Lion. La digue de l'Espiguette, au niveau de la plage et du phare du même nom, non loin de Port-Camargue (Gard), est également une construction ayant une influence majeure sur la dynamique sédimentaire.

Cette digue a été construite en 1969 pour protéger l'entrée du port de Port-Camargue (premier port de plaisance d'Europe) de la houle de la Méditerranée et limiter l'ensablement de la baie en aval, au niveau de La Grande Motte. Elle permettait donc de retenir le sable en amont. D'autant qu'à cette époque, le projet de construction de La Grande-Motte voit le jour, et il n'aurait pas fallu perturber le développement d'une future station balnéaire par l'avancée de bancs de sable intempestifs.

Ainsi, en quelques décennies seulement, l'intense dérive littorale d'Est en Ouest au niveau du phare (à l'opposé de la direction de la dérive au niveau de Carnon) a engraissé la plage en amont de la digue de plusieurs centaines de mètres (figures ci-dessous).

Figure 27. La plage de l'Espiguette (Gard), trait de côte en 1950-1965

À comparer à la situation de 2017, figure suivante.

Le cas de Port-Camargue, au niveau de la digue de l'Espiguette (au niveau de la pointe du même nom), est caractéristique. Le transit d'Est en Ouest dans la région a engraissé la plage en amont de la digue (flèche violette) de plusieurs centaines de mètres depuis le milieu du siècle dernier (la barre d'échelle en bas à gauche mesure 1 km) ! On note la construction de La Grande-Motte et de Port-Camargue entre temps.


Figure 28. La plage de l'Espiguette (Gard), trait de côte en 2017

À comparer à la situation de 1950-1965, figure précédente.

Le cas de Port-Camargue, au niveau de la digue de l'Espiguette (au niveau de la pointe du même nom), est caractéristique. Le transit d'Est en Ouest dans la région a engraissé la plage en amont de la digue (flèche violette) de plusieurs centaines de mètres depuis le milieu du siècle dernier (la barre d'échelle en bas à gauche mesure 1 km) ! On note la construction de La Grande-Motte et de Port-Camargue entre temps.


Figure 29. L'engraissement la plage de l'Espiguette (Gard) depuis le milieu du siècle dernier, animation

Le cas de Port-Camargue, au niveau de la digue de l'Espiguette (au niveau de la pointe du même nom), est caractéristique. Le transit d'Est en Ouest dans la région a engraissé la plage en amont de la digue (flèche violette) de plusieurs centaines de mètres depuis le milieu du siècle dernier (la barre d'échelle en bas à gauche mesure 1 km) ! On note la construction La Grande-Motte et de Port-Camargue entre temps.


Autres facteurs : la destruction du cordon dunaire et l'élévation du niveau marin

Aux effets des aménagements littoraux sur l'érosion s'ajoutent ceux :

  1. de la dégradation des dunes littorales. Ainsi, suite à l'explosion du tourisme de masse dans le Sud de la France, les dunes ont été en grande partie dégradées. Ces écosystèmes jouent pourtant un rôle majeur dans la rétention du sable littoral : le cordon dunaire (1) joue un rôle de barrière physique et limite l'impact des tempêtes, qui mobilisent les sédiments, (2) permet le piégeage du sable, lorsque le vent le soulève de la plage et le transporte vers l'intérieur des terres, (3) agit comme réservoir de sable en permettant le ré-engraissement d'une plage, par exemple après une tempête.
  2. de l'élévation du niveau de la mer, qui "grignote" peu à peu le littoral, à hauteur de 0,1 à 1 mètre depuis le début du XXème siècle en Méditerranée (mais avec de fortes variations locales). Par ailleurs, la subsidence naturelle du delta, combinée à la diminution des apports sédimentaires, fait que la valeur relative de l'ENM en Camargue est de 2,1 mm/an [23]. Cette région est donc particulièrement vulnérable à une augmentation, même faible, du niveau marin.

Figure 30. Simulation des terres qui seraient recouvertes d'eau dans le Sud de la France si le niveau marin augmentait d'1 mètre

On constate que la Camargue, en l'absence de tout aménagement (digue, drainages, etc), serait complètement sous l'eau. Certains scénarios (voir première partie) suggèrent qu'à l'échelle mondiale une augmentation d'1 mètre du niveau des mers n'est pas improbable. La pertinence d'une telle carte est à relativiser car les projections sont approximatives et ne prennent pas en compte les aménagements locaux, mais elle permet de se rendre compte des zones les plus à risques.

Déplacez-vous en France ou dans le monde et/ou faites varier (en haut à gauche) la valeur de la montée des eaux.


Les mesures prises pour lutter contre l'érosion littorale

L'érosion littorale va jusqu'à être constatée par les professionnels du bord de mer, qui, à Carnon-Plage comme ailleurs, constatent ironiquement que d'une année sur l'autre il leur faut enlever une rangée de transats de leur plage privée.

De colossaux travaux de dragage du sable de la "flèche" (dune sous-marine) au large de l'Espiguette et de ré-ensablement du littoral conduits ces dernières années ont permis de ré-engraisser quelque peu les plages du littoral languedocien. Le sable accumulé à l'Espiguette était acheminé par de grandes barges sur les plages des environs. Cependant, les résultats n'ont été concluants que pour quelques années seulement, car la côte reste soumise aux mêmes tempêtes hivernales et les apports sédimentaires depuis "l'amont" n'ont pas augmenté. Souvent décrié et parfois qualifié d'« inutile », le rechargement en sable n'a jamais eu vocation à résoudre tous les problèmes. Même si le sable est mobile et que ce rechargement a une durée de vie limitée, il permet toutefois, pendant les quelques mois/années de présence, de reconstituer une zone tampon permettant d'absorber l'impact des tempêtes.

Afin de lutter contre l'érosion de manière plus durable, les autorités locales ont décidé de protéger le milieu dunaire. En effet, le piétinement (en été surtout) des jeunes pousses d'oyats ne permettait pas à la dune de se régénérer après des tempêtes et de fixer le sable durablement. Les usagers se garaient le long de la route littorale et, de là, marchaient jusqu'à la plage par de nombreux sentiers (plusieurs dizaines) en traversant la dune, ce qui favorisait le piétinement.

Il a donc été décidé de condamner la route littorale, en construisant en 2014 une zone de parking vers l'intérieur des terres. Depuis celle-ci, les baigneurs peuvent maintenant rejoindre le bord de mer par un nombre réduit de sentiers mieux aménagés (9 au total).

Par ailleurs, localement, la communication autour de ces travaux d'aménagement a permis de faire rentrer dans la conscience collective que le milieu dunaire, si fragile qu'il soit, est un vrai rempart durable contre l'érosion du littoral. De nombreux panneaux pédagogiques, qui informent également sur la faune et la flore de l'écosystème dunaire, sont présents tout le long de ces aménagements.

Figure 31. Aménagement du lido entre Carnon et La Grande Motte depuis 2014

L'ancienne route littorale, empruntée avant les travaux de 2014, est indiquée (pointillés oranges). Celle-ci est désormais interdite à toute circulation, même piétonne. Les baigneurs et promeneurs se garent sur le parking derrière la dune et rejoignent la plage à pied par un nombre restreint d'accès (pointillés bleus).


Figure 32. Un panneau explicatif à Carnon-Plage permet de sensibiliser les visiteurs à l'importance de protéger le cordon dunaire

Les deux objectifs principaux revendiqués sont (1) la restauration du cordon dunaire et la limitation de l'érosion littorale, et (2) la préservation de la faune et de la flore locales.


Figure 33. Au niveau de chaque passage permettant de rejoindre la mer (9 au total), un panneau décrit les écosystèmes traversés

Ici, le panneau numéro 5 décrit les dunes grises, ou "dunes fixées". Les dunes grises, par opposition aux dunes "blanches" (ou mobiles), sont plus en retrait. Les végétaux qui s'y trouvent ne sont pas des espèces pionnières mais correspondent à un stade plus tardif de la succession écologique. La localisation de cet écosystème dans l'ensemble du système dunaire est visible au bas du panneau.

Il y a en tout 9 panneaux, un par sentier piéton, qui décrivent chacun un aspect du milieu dunaire. Se déplacer pour tous les consulter peut être l'occasion d'une randonnée (presque) au milieu de la dune.


Figure 34. Juste en haut de la plage se situe la dune "blanche" (ou dune mobile)

La dune mobile est au premier front contre les assauts des tempêtes et est peuplée de plantes pionnières dont l'emblématique oyat ( Ammophila arenaria ). Ces végétaux ont la faculté de fixer le sable par leurs racines et contribuent activement à la formation d'une dune. Les barrières visibles, en bois de châtaigner, sont appelées « ganivelles » ; elles permettent de piéger le sable et d'aider la formation de la dune.


Figure 35. L'ancienne route littorale, avant les travaux d'aménagement en 2014

Auparavant, la route traversait la dune et isolait l'arrière-dune de l'avant-dune.


Figure 36. État, en septembre 2017, de l'ancienne route littorale entre Carnon et La Grande motte

Depuis 2014, la route est interdite d'accès, même aux piétons. Des ganivelles y ont été plantées afin de favoriser le maintien du sable et la colonisation par des plantes pionnières. En trois ans, les résultats ne sont pas encore spectaculaires et il faudra revenir dans quelques années.


Conclusion

L'élévation du niveau marin s'accélère dans le monde entier : non seulement le volume des mers augmente, essentiellement du fait du réchauffement climatique d'origine anthropique, mais les côtes "s'enfoncent" également du fait des constructions de bords de mer. De plus, les tempêtes seront de plus en plus fréquentes, et les apports sédimentaires qui permettent l'engraissement des plages littorales sont bien souvent limités par la construction de barrages en amont : à l'échelle mondiale, pas moins d'un tiers des sédiments est piégé par ces retenues. Enfin, la dégradation des écosystèmes littoraux joue également un rôle dans le recul des côtes. Des aménagements locaux appropriés, tels que ceux mis en œuvre à Carnon-Plage, doivent dès à présent être entrepris, car leurs résultats ne seront observables qu'au bout de quelques années à quelques dizaines d'années. Les aménagements locaux, aussi louables et efficaces soient-ils, ne seront toutefois pas suffisants si le phénomène n'est pas envisagé à plus grande échelle, et si les différents aspects des impacts des activités humaines ne sont pas considérés (cf. schéma-bilan ci-dessous).

Figure 37. Schéma-bilan : impact des activités humaines sur l'érosion littorale

Deux grands phénomènes entrent en jeu : d'une part, la diminution des apports sédimentaires, et, d'autre part, l'intensification des agents d'érosion. Chacun est influencé par divers facteurs sur lesquels les activités humaines interviennent.


En lien avec les programmes 2016 du collège

Dans le thème La planète Terre, l'environnement et l'action humaine du programme du collège (Cycle 4 - 5ème/4ème/3ème, cf. éducscol/SVT et Planet-Terre) figure un sous-thème intitulé Risques naturels. Il est précisé dans des documents d'accompagnement que « l'érosion résultant de l'activité externe de la Terre pourra être abordée en tenant compte de l'effet éventuel de l'action humaine ».

Des ressources sur l'érosion (et d'autres thématiques) peuvent être trouvées sur le site éduscol/SVT et dans les pages programmes de Planet-Terre.

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Mots clés : érosion littorale, variation du niveau marin, subsidence, sable