Image de la semaine | 01/06/2020

Survol en hélicoptère de la Grande Barrière de Corail, Queensland, Australie

01/06/2020

Auteur(s) / Autrice(s) :

  • Pierre Thomas
    Laboratoire de Géologie de Lyon / ENS de Lyon

Publié par :

  • Olivier Dequincey
    ENS de Lyon / DGESCO

Résumé

Une grande barrière faite d'un alignement de petits récifs, avec lagons, passes, sables et couleurs variées reflétant la profondeur.


Vue d'hélicoptère d'une passe au Nord du récif nommé Moore Reef, l'un des multiples récifs qui, alignés sur plus de 2000 km, forment la Grande Barrière de Corail d'Australie
Figure 1. Vue d'hélicoptère d'une passe au Nord du récif nommé Moore Reef, l'un des multiples récifs qui, alignés sur plus de 2000 km, forment la Grande Barrière de Corail d'Australie — ouvrir l’image en grand

Le grand large (l'océan Pacifique ou plutôt sa dépendance, la Mer de Corail) est à gauche de la photo. Cette passe sépare deux fragments de Moore Reef, le récif principal au deuxième plan (vers le Sud-Est), et une “annexe” Nord-Ouest au premier plan. L'Australie se trouve à une quarantaine de kilomètres à droite. La houle venue de l'océan déferle et forme des “vagues blanches” en arrivant sur le bord externe du récif qui est sub-affleurant. La couleur indique la profondeur de l'eau et/ou la nature du fond. Bleu foncé indique une profondeur supérieure à quelques mètres. Brun-vert indique la présence de coraux sous une épaisseur d'eau de moins d'un mètre. Vert turquoise plus ou moins clair indique la présence de boue et sable blanc sous quelques décimètres à mètres d'eau. Tous les intermédiaires, bien sûr, existent. On peut noter que la boue et le sable blancs existent à l'intérieur du lagon, là où l'énergie des vagues et des courants n'est pas suffisante pour le transporter sur de grande distance. Il est par contre absent du côté de la pleine mer, là où l'énergie des vagues et des courants est suffisante pour le transporter et en empêcher le dépôt. Cette même palette de couleurs se retrouve sur toutes les photos de cet article et permet à chaque fois d'estimer l'épaisseur de la tranche d'eau. La barge blanche visible à droite est l'une des deux barges locales qui servent à l'accueil des visiteurs-plongeurs. C'est là qu'arrivent les vedettes venant de la ville de Cairn (à 50 km de là), que partent les bateaux à quille vitrée (pour les non plongeurs) et l'hélicoptère qui permet le survol de ce récif. Cette barge mesure 40 m de long et donne une idée de l'échelle de la photo (et des suivantes).

En novembre 2012, en vacances en Australie, j'ai eu la chance de visiter un tout petit secteur de la Grande Barrière de Corail, au large de la côte du Queensland, au Nord-Est de l'Australie. Contrairement à ce que beaucoup pensent, la Grande Barrière n'est pas un récif émergeant de façon continue le long de la côte Australienne entre la pointe Nord-Est de l'Australie (10° lat. sud) et le tropique du Capricorne (23° lat. S). Il s'agit en fait d'un alignement (alignement simple, parfois double) de centaines de récifs de toutes formes, plus ou moins alignés sur 2000 km de long et sur 30 à 90 km de large. Cette visite comprenait un survol en hélicoptère (l'article de cette semaine) et une navigation dans un petit bateau à quille profonde équipée de hublots immergés par où on peut admirer et photographier le paysage sous-marin (article de la semaine prochaine).

Le survol de deux récifs principaux (Moore et Elford Reefs) m'a permis de survoler des récifs immergés à 99 % à cette heure de la marée. Seuls émergeaient quelques parties hautes alors systématiquement environnées de vagues et d'écume blanche en cette journée relativement ventée. J'ai ainsi survolé ce qui s'apparente à deux récifs “barrière” isolant des quasi-lagons, avec des passes, des trous, des grandes étendues de sable clair, paraissant bleu turquoise sous quelques décimètres d'eau, des petits récifs isolés, croissant dans les zones protégées du grand large par les barrières… On peut noter que la boue et le sable blancs existent à l'intérieur du lagon, là où l'énergie des vagues et des courants n'est pas suffisante pour le transporter sur de grande distance. Il est par contre absent du côté de la pleine mer, là où l'énergie des vagues et des courants est suffisante pour le transporter et en empêcher le dépôt. Le but de cet article n'est pas de faire un cours sur la sédimentation récifale, mais simplement d'être une source de données pour illustrer le “milieu récifal”, de montrer de somptueux paysages inaccessibles aux professeurs et à leurs élèves métropolitains, mais d'accès relativement plus faciles aux élèves et professeurs antillais, de la Réunion et de Mayotte, de la Nouvelle Calédonie (un des plus beaux récifs du monde), de la Polynésie… La semaine prochaine, nous “plongerons” pour voir des vues sous-marines de ces récifs. Les professeurs métropolitains peuvent certes montrer des récifs fossiles à leurs élèves, mais ce n'est pas pareil.