Image de la semaine | 26/04/2010

Les traces de dinosaure(s) sauropode(s) de Plagne (Ain)

26/04/2010

Auteur(s) / Autrice(s) :

  • Pierre Thomas
    Laboratoire de Sciences de la Terre / ENS de Lyon

Publié par :

  • Olivier Dequincey
    ENS de Lyon / DGESCO

Résumé

Sur les pistes des dinosaures.


Empreinte de pied de dinosaure sauropode, gisement de Plagne (Ain)
Figure 1. Empreinte de pied de dinosaure sauropode, gisement de Plagne (Ain) — ouvrir l’image en grand

Cette photo résume ce que montre le site : des empreintes énormes, de 1 à 1,5 m de diamètre. Ces empreintes consistent en une dépression, circulaire à elliptique, entourée d'un bourrelet. La dépression est due à l'enfoncement du pied du dinosaure dans de la boue molle, boue repoussée sur les côtés et formant un bourrelet périphérique. Cette empreinte montre aussi que la dalle calcaire est fracturée en de multiples polygones, restes très probables de fentes de dessiccation. Le bourrelet lui-même est affecté par des fentes de dessiccation, ce qui montre que cette dessiccation a eu lieu après le passage du dinosaure.

Nous avons terminé les 21 semaines consacrées au gisement fossilifère jurassique supérieur de Cerin (Ain). Mais non loin de là, non loin dans l'espace (47 km au Nord) et dans le temps (5 Ma), existe un autre gisement fossilifère unique au monde : les pistes de sauropode(s) de Plagne (Ain), qui seraient les plus grandes du monde. C'est en avril 2009 que deux naturalistes « éclairés », Marie-Hélène Marcaud et Patrice Landry, ont découvert en se promenant un bourrelet bizarre dépassant de l'empierrement d'un chemin forestier. Ces deux amateurs non seulement ont reconnu un morceau d'empreinte gigantesque, mais ont eu le bon réflexe d'avertir les autorités compétentes, à savoir des paléontologues de l'Université Lyon 1 (Jean-Michel Mazin et Pierre Hantzpergue) qui les ont authentifiées. Ce site, qui va être prochainement fouillé, est très fragile. Il est placé sous la protection des habitants de Plagne et des visiteurs. Un petit panneau sur le bord de la D 49 en indique l'emplacement, à 1 km à l'Ouest de Plagne.

En attendant les résultats paléontologiques et paléo-écologiques que donneront les fouilles à venir, nous vous montrons une galerie de photos prises sur site en mars 2010 (sous la pluie), galerie qui n'a pas d'autre prétention que de présenter rapidement ce site extraordinaire.

Reconstitution « grandeur nature » de deux dinosaures sauropodes : des brachiosaures (genre Brachiosaurus)
Figure 17. Reconstitution « grandeur nature » de deux dinosaures sauropodes : des brachiosaures (genre Brachiosaurus) — ouvrir l’image en grand

Ces deux dinosaures, de 34 m de long pour 19 m de haut sont situés à l'entrée d'Erenhot, ville chinoise de Mongolie Intérieure où de nombreux et splendides fossiles de dinosaures ont été trouvés. Les brachiosaures représentent un genre de sauropode vivant au Jurassique supérieur-Crétacé inférieur. Les dinosaures de Plagne, à défaut d'être des brachiosaures, devaient leur ressembler.

L'une des principales tâches de l'équipe de fouille sera bien sûr d'essayer d'identifier les dinosaures qui ont laissé leur traces. Ce sera aussi de reconstituer le paléo-environnement de ce secteur de l'Ain à l'époque où ces traces ont été laissées : le Tithonien (anciennement appelé Portlandien). La description des terrains du J6-7 (Kimmeridgien-Thitonien indifférencié) et du J7 (Thitonien sensu stricto) occupe 10 pages (62 à 72) dans la notice de la carte géologique BRGM de Nantua au 1/50 000. Pour résumer ces 10 pages, on peut dire qu'on est en milieu très peu profond voire émergé, en position inter- ou supra-tidale. Nous reproduisons ici une figure de la p.68 de cette notice, reconstituant le paléo-environnement de cette époque, d'après des études faites 24 km plus au NNO. Replacer le site de Plagne dans ce contexte, et affiner/modifier/compléter sa description va sans doute prendre des années. Mais sans rentrer dans le détail, un visiteur même non averti voit tout de suite des fentes de dessiccation et des voiles cyanobactériens ondulés indiquant la très faible profondeur du milieu de dépôt.