Image de la semaine | 14/09/2009

La carrière de Cerin (commune de Marchamp, Ain) et ses faciès sédimentaires

14/09/2009

Auteur(s) / Autrice(s) :

  • Pierre Thomas
    Laboratoire de Sciences de la Terre / ENS de Lyon

Publié par :

  • Olivier Dequincey
    ENS de Lyon / DGESCO

Résumé

Une carrière de calcaire (sub)lithographique : faciès et contexte.


Dalle de calcaire lithographique présentant des « mini cratères », probables traces de gouttes de pluie, Cerin (Ain)
Figure 1. Dalle de calcaire lithographique présentant des « mini cratères », probables traces de gouttes de pluie, Cerin (Ain) — ouvrir l’image en grand

Les traces sont interprétées comme de probables impacts de grosses gouttes de pluie d'un début d'orage s'étant immédiatement arrêté. Il serait également possible d'interpréter ces « cratères » comme des traces d'activités biologiques, du genre entrées de tubes d'arénicoles. Mais ces structures sont d'un seul type alors que les terriers d'arénicoles présentent une « entrée » et une « sortie » d'aspects différents ; De plus ces cratères ne se prolongent pas dans la masse du calcaire par un tube fossile. Cela ne plaide pas pour des traces d'activités biologiques, dont l'origine serait alors bien énigmatique. Le couteau suisse donne l'échelle.

Échantillon : Jacques Gastineau ; origine : carrière de Cerin (Ain) ; dépôt : Musée de la Mine de Saint Pierre La Palud (Rhône)

Les deux dalles présentées ci-dessus proviennent de la carrière de Cerin (Ain), qui exploitait de 1850 à 1910 des calcaires du Kimméridgien terminal (Jurassique supérieur, - 151 Ma). L'étude des faciès sédimentaires (cette semaine) et des fossiles (semaines suivantes) que l'on y trouve permet de reconstituer le milieu de sédimentation local. Un très bel exemple de reconstitution paléogéographique et paléobiologique.

Partie orientale de l'ancienne carrière de Cerin (Ain)
Figure 11. Partie orientale de l'ancienne carrière de Cerin (Ain) — ouvrir l’image en grand

Partie aujourd'hui clôturée et interdite au public.

Le pendage des strates permet de voir la surface supérieure des couches.

Ces données sédimentologiques (calcaire à grain très fin, rareté des figures de courant, fentes de dessiccation, traces de gouttes de pluie probables…) couplées avec des études régionales permettent de reconstituer la paléogéographie et le milieu de sédimentation de Cerin, au Sud du massif du Jura. Au Jurassique supérieur, l'actuelle chaîne du Jura était occupée par une mer peu profonde, continuant au sud-est la mer épicontinentale occupant le Bassin Parisien. Cette mer peu profonde était séparée de l'Océan Alpin (encore plus au sud-est) par une barrière récifale. Vers la fin du Kimméridgien (-151 Ma), ces récifs furent démantelés par une alternance d'exondations et d'immersions successives, laissant la place à des groupes d'îlots séparés par des dépressions lagunaires peu profondes. Ces lagunes, protégées du large par ces chapelets d'îles, fonctionnaient comme des pièges à sédiment recevant la boue calcaire fine venant du front du récif en cours de démantèlement. L'actuel site de Cerin se trouvait dans l'une de ces lagunes abritées, susceptibles d'exondations temporaires (marées basses de vives eaux par exemple) comme l'attestent les traces de gouttes de pluie et les fentes de dessiccation.

La carrière de Cerin a été exploitée au 19ème siècle (et au début du 20ème jusqu'en 1910) comme carrière de calcaire lithographique. Des milliers de fossiles très variés et extraordinairement bien conservés y ont été récoltés, qui font de Cerin un véritable "lagerstätte" du Jurassique terminal (mot allemand signifiant « lieu de stockage », souvent employé au pluriel : lagerstätten, et désignant un site où on trouve de nombreux fossiles exceptionnellement bien conservés). D'importantes campagnes de fouille y ont été re-conduites de 1975 à 1995 sous la direction de l'Université de Lyon et du CNRS. La grande majorité des fossiles extraits avant 1910 sont maintenant dans les réserves du futur Musée des Confluences de Lyon(lien externe - nouvelle fenêtre), musée en cours de construction qui devrait ouvrir en 2014-2015. Sous la conduite éclairée de Didier Berthet, responsable des collections de Cerin, j'ai pu accéder à ces réserves et en photographier une (petite) partie. Merci à lui de m'y avoir guidé, et de m'autoriser à diffuser ces photographies. Merci également à Jacques Gastineau de m'avoir autorisé à photographier son échantillon (figures 1 et 2), actuellement déposé au Musée de la Mine de Saint Pierre la Palud(lien externe - nouvelle fenêtre).