Des magmas acides et des magmas basiques qui coexistent, se recoupent, se mélangent…

Pierre Thomas

Laboratoire de Géologie de Lyon / ENS Lyon

Olivier Dequincey

ENS Lyon / DGESCO

10/04/2017

Résumé

Mélange de magmas sur un affleurement du Protérozoïque supérieur sur la côte du Dhofar, Sultanat d'Oman.


Figure 1. Un affleurement à "gabbro et granite" sur la route côtière n°49, 130 km à l'Est de Salalah, Sultanat d'Oman

On voit une imbrication complexe entre des blocs de gabbro sombre à grains assez fins (intermédiaire entre un gabbro sensu stricto et une dolérite) et un "ciment" clair de nature granitique qui englobe ces blocs de gabbro. Ces deux roches, comme toutes celles de la région, ont un âge protérozoïque supérieur. Cet affleurement peut "théoriquement" être expliqué de deux façons alternatives extrêmes :

(1) Les blocs de gabbro, inclus dans le granite, ne sont que des enclaves d'un encaissant gabbroïque préexistant totalement indépendant du granite, arrachées par (ou tombées dans) le magma granitique en cours de mise en place.

(2) Granite et gabbro sont quasi-contemporains et cette imbrication est due à mélange entre deux magmas coexistant, mais immiscibles et de rhéologie et de température de cristallisation différentes.

Le but de cet article n'est pas de discuter de l'origine du (des) magmatisme(s) du Protérozoïque supérieur du Sud de la plaque arabique, mais de montrer comment un examen détaillé de la géométrie de cet affleurement permet de proposer un début de réponse à la question ci-dessus.


L'origine du (des) magmatisme(s) du Protérozoïque supérieur du Sud de la plaque arabique ne sera pas discuté, mais on va montrer comment un examen détaillé de la géométrie de cet affleurement permet de proposer un début de réponse à la question de l'imbrication entre roches magmatiques acides et basiques.

Figure 2. Gros plan sur quelques "enclaves" de gabbro dans le granite

On voit les cristaux du granite, ainsi que ceux, en général plus petits, du gabbro. On distingue dans le gabbro quelques ferro-magnésiens (amphibole ou pyroxène, difficiles à distinguer à l'œil nu) au sein de la masse du gabbro. On peut noter que ni le granite ni le gabbro ne présentent la moindre trace de déformation ductile (pas de schistosité).


Figure 3. L'affleurement précédent, sur le bord de la route n°49 (Oman)

On voit bien l'imbrication granite-gabbro dont l'origine sera discutée avec les nombresues photos de cte artice.


Figure 4. Le contexte morphologique de l'affleurement à l'ESt de Salalah (Oman)

On observe, de haut en bas, une couverture sédimentaire d'âge éocène, horizontale, qui recouvre en discordance le socle protérozoïque constitué de gneiss, de granites et de gabbros.

À droite, l'océan Indien, dont l'ouverture ne date ici que du Miocène.

Les trois photos précédentes, et toutes les images qui suivent ont été prises sur (ou depuis) le bord de la route 300 m en arrière et en avant des voitures en stationnement.


Nous avons vu la semaine dernière qu'il y avait un volcanisme souvent discret, mais parfois important dans les chaines de collision, avec l'exemple des volcans actifs dans la zone de collision plaque arabique - plaque eurasiatique (cf. Le plus méconnu des volcanismes, le volcanisme des zones de collision, et son volcan actif le plus emblématique : le Mont Ararat (Turquie orientale) ). Ce volcanisme est complexe, car les laves oscillent en proportions variables entre un pôle calco-alcalin et un pôle alcalin, pôles qui ont produit des laves primaires basiques, mais aussi des laves différenciées acides, et avec souvent une très importante contribution de la croute continentale. Nous avons vu qu'un volcanisme au moins aussi varié avait existé dans la chaine hercynienne en France, bien que l'expression plutonique de ce magmatisme soit mieux représenté et mieux connu que son expression volcanique. Là aussi, ce magmatisme hercynien a produit des roches basiques et des roches acides, avec contributions et du manteau, et de la croute continentale.

Entre -800 et -600 Ma (Protérozoïque supérieur), de nombreuses collisions ont eu lieu, collisions qui ont soudé plusieurs cratons et donné le Gondwana. Ces évènements tectoniques sont regroupés sous le terme général de "panafricain". L'une de ces collisions a formé une chaine nommée « Antarctique » dans sa partie Sud, « Est-Africaine » au Nord. Cette chaine Est-Africaine (EAO = East African Orogen , en anglais) se continuait sur ce qui est maintenant la plaque arabique (l'océan Indien, le golfe d'Aden et la mer Rouge n'existaient évidemment pas à cette époque). La région du Dhofar au Sud du Sultanat d'Oman permet d'étudier dans de bonnes conditions d'affleurement cette chaine du Protérozoïque supérieur et son magmatisme associé.

Figure 5. Localisation des affleurements de granite et de gabbro dans le Dhofar, Sultanat d'Oman

Localisation précise sur Google Earth avec les fichier melange-magma.Oman.kmz.


Figure 6. Schéma du Gondwana Sud à la fin des orogenèses panafricaines

Les chaines Antarctique et Est-Africaine (EAO) sont figurées séparément des autres orogènes (traits gris clair). Le Dhofar est indiqué par une étoile rouge.


Nous allons reprendre et simplifier la rapide synthèse bibliographique faite par Aymon Baud (Université de Lausanne) dans le cadre du livret-guide qu'il a préparé pour l'excursion organisée par le Centre Briançonnais de Géologie Alpine (CBGA) et qu'il a lui-même piloté à l'automne 2016, dans le Dhofar, au Sud, puis dans les montagnes d'Oman, au Nord. En effet, l'histoire panafricaine du Dhofar peut se résumer de la façon suivante :  il existe dans le Dhofar trois complexes gneissiques anciens (métamorphisme daté d'environ 820 Ma) et deux principaux complexes grenus intrusifs (les complexes granitico-tonalitiques d'Hadbin et de Fush), ainsi que d'autres granitoïdes. L'ensemble est à associer à une tectonique complexe due à une collision entre 830 et 740 Ma. Cette collision fut bien sûr précédée d'une subduction avec tous les phénomènes tectono-magmato-métamorphiques associés, et suivie d'un effondrement gravitaire tardi-tectonique, là encore avec tous les phénomènes tectono-magmato-métamorphiques associés. Les plutons granitiques (ou plus précisément tonalitiques) de Fush et d'Hadbin sont datés entre 788 et 765 Ma (épisode magmatique 1). Ils sont accompagnés d'un volume beaucoup plus limité de gabbro. Ils sont suivis de complexes pegmatitiques et de petits plutons de granodiorites (épisodes magmatiques 2 et 3). Par la suite se mettent en place des faisceaux de dykes et de filons majoritairement basiques (épisodes 4, 5 et 6). Il y a en effet au moins trois générations de dykes de composition et d'orientation différentes allant de pôles basiques (basaltes à pyroxène ou à amphibole) à des pôles acides (dacites ou rhyolites).

Lors de l'excursion CBGA de l'automne 2016, nous avons effectué un rapide arrêt (45 à 60 min tout au plus) entre un arrêt « granite de Hadbin » et un arrêt « couverture cénozoïque ». Cet arrêt se situait juste au Nord de la limite du granite de Hadbin. Toutes les photographies qui suivent ont été prises pendant cet arrêt, uniquement le long de la route et sur moins de 600 m de longueur.

Cet affleurement montre de "petits" corps granitiques (sous forme de "poches" ou de filons). Ces petits corps montrent en leur sein une très forte imbrication granite – gabbro. Ces petits corps sont sans doute des "annexes" externes du granite de Hadbin (épisode 1). Mais ils pourraient éventuellement être liés aux épisodes magmatiques suivants, les 45 min d'examen rapide ne nous ayant pas permis de trancher.

Le but de cet article n'est pas de retracer (après seulement 45 min d'observation sur seulement 600 m) l'histoire des chaines panafricaines, mais de montrer à quoi ressemble réellement une imbrication de roches magmatiques acides et basiques et d'en tirer des conclusions de premier ordre, à savoir trancher entre les deux hypothèses génétiques raisonnables pouvant expliquer cette imbrication granite – gabbro, ainsi qu'une hypothèse "mixte" :

  1. Les blocs de gabbro, inclus dans le granite, ne sont que des enclaves d'un encaissant gabbroïque préexistant totalement indépendant du granite, arrachées par (ou tombées dans) le magma granitique en cours de mise en place.
  2. Granite et gabbro sont quasi-contemporains et cette imbrication est due à mélange entre deux magmas coexistant à l'état liquide, mais presque immiscibles et de rhéologie et de température de cristallisation différentes.
  3. Il peut s'agir de deux magmas cogénétiques mais légèrement séparés dans le temps, avec une première arrivée d'un magma basique, sa cristallisation en gabbro, grabbro qui se trouve traversé par un magma acide très légèrement postérieur issu soit de la différenciation du magma basique, soit d'une fusion crustale associée à la mise en place du magmatisme basique.

Rappelons aussi qu'en cas de coexistence de magmas gabbroïque et granitique tous deux liquides, ces deux magmas ont des propriétés physiques différentes. Le magma acide est beaucoup plus visqueux que le magma basique. Par contre, un magma basique cristallise vers 1100 °C alors que le magma acide ne cristallise que vers 700 à 800°C. Un magma basique arrivant dans un liquide acide beaucoup plus froid que lui aura tendance à se solidifier rapidement, peut-être en engendrant des morphologies "en boule" n'étant pas sans rappeler des pillows (cf. Les « pillows gabbro » de Sainte Anne, granite de Ploumanac'h, Trégastel, Côtes d'Armor ). Mais une fois que le magma basique est refroidi en dessous de 1100°C et est devenu un gabbro, ce dernier peut être fracturé par le déplacement du magma acide visqueux encore liquide ou par l'arrivée d'un supplément de magma acide (cf. Les « granitoïdes » de Saint Jean du Doigt (Finistère) : des magmas acides fracturant un pluton gabbroïque préexistant ). Ces propriétés physiques différentes font que magmas acides et magmas basiques sont a priori très peu miscibles, contrairement par exemple à deux magmas granitiques (cf. Mélange de deux magmas granitiques, les Albas, commune de Felluns (Pyrénées Orientales) ).

Nous vous montrons/interprétons d'abord 9 photographies vues depuis plusieurs dizaines de mètres dans les montagnes surplombant la route, puis 20 images de détail prises juste sur le bord de la route. Essayez de les interpréter vous-même sans lire la légende qui les accompagne !

Figure 7. Vue d'ensemble d'une partie de la falaise au-dessus de la route n°49, Oman

Les trois photos suivantes correspondent à des zooms sur ce même secteur. En dehors des éboulis, les 2/3 supérieurs de l'image sont constitués de roches métamorphiques (gneiss) à schistosité-foliation verticale, recoupées de filons rosés (pegmatite probable) et d'un filon sub-horitontal très sombre (roche basique). Le 1/3 inférieur (hors éboulis) semble constitué de l'imbrication granite-gabbro déjà vue aux figures 1 à 3. On devine un autre affleurement de cette imbrication granite-gabbro quelques mètres au-dessus du filon basique.


Figure 8. Détail sur la partie inférieure de la falaise précédente, Oman

La différence entre l'encaissant métamorphique schistosé, le filon basique et les masses gabbro-granite imbriqués se voit bien.


Figure 9. Zoom sur la partie de l'affleurement située au-dessus du filon basique

Le filon basique est très nettement sécant dans les gneiss schistosés. Il est traversé à un endroit par un petit filon clair, et est bordé, sur la partie droite de l'affleurement, par des épontes très claires, épontes semblant être en relation avec le filon clair qui recoupe le filon basique. Quelques mètres au-dessus du filon basique, le "mélange" granite-gabbro forme une lentille entièrement incluse dans les gneiss. On voit bien que les masses sombres internes à la lentille ne sont pas schistosées et ne sont donc pas des fragments de l'encaissant gneissique.


Figure 10. Zoom sur le filon basique et, dessous, un filon granite-gabbro

Quelques mètres sous le filon basique, et recoupant l'encaissant schistosé, on voit un filon lui aussi presque horizontal, non schistosé, et fait de cette imbrication claire-sombre (granite-gabbro). L'ensemble granite-gabbro était à l'époque de sa mise en place suffisamment liquide pour former un filon.


Figure 11. Vue générale sur un secteur riche en filons presque horizontaux, dont un filon fait de cette imbrication granite-gabbro

L'ensemble granite-gabbro était à l'époque de sa mise en place suffisamment liquide pour former un filon.


Figure 12. Détail sur un secteur riche en filons presque horizontaux, dont un filon fait de cette imbrication granite-gabbro

L'ensemble granite-gabbro était à l'époque de sa mise en place suffisamment liquide pour former un filon.


Figure 13. Un autre affleurement sur la route n°49, Oman

On remarque la complexité des relations gabbro-granite, filons divers, socle...


Figure 14. Détail de cet affleurement

On remarque la complexité des relations gabbro-granite, filons divers, socle...


Figure 15. Autre détail de cet affleurement

On remarque la complexité des relations gabbro-granite, filons divers, socle...


Figure 16. Un affleurement complexe en bord de route n°49, Oman

Le couteau suisse donne l'échelle.

Le quart inférieur de l'image est constitué de gneiss, gneiss qui constitue l'encaissant de toutes les intrusions magmatiques locales. Presque en bas de l'image, un filon sombre horizontal recoupe le gneiss. Les trois quarts supérieurs montrent cette imbrication granite-gabbro, très riche en gabbro au centre de l'image, plus pauvre à la base. Un filon vertical clair recoupe la grosse masse de gabbro, mais ses relations avec le granite "normal" ne sont pas claires. Un filon horizontal rose aplo-pegmatitique recoupe le tout. Les trois photos suivantes correspondent à des zooms de ce secteur.


Figure 17. Zoom sur le contact entre l'encaissant gneissique et le granite, ici assez pauvre en gabbro (on en voit quand même en haut à droite)

On voit très bien que l'ensemble granite-gabbro n'est pas schistosé, et que sa mise en place est postérieure aux évènements tectono-métamorphiques majeurs subit par l'encaissant. En bas, un petit filon basique.


Figure 18. Zoom montrant, au centre, une enclave à forme amiboïde et sans angle prononcé

Cette enclave contient elle-même une micro enclave de granite. Puisque le gabbro est enclavé dans le granite, c'est qu'il lui est antérieur. Mais puisque le gabbro contient une enclave de granite, c'est qu'il est postérieur. La seule solution pour lever cette apparente contradiction, c'est que granite et gabbro sont contemporains. La forme amiboïde de ce bloc de gabbro centrale est compatible avec une coexistence à l'état liquide (ou pâteux) d'un peu de gabbro dans beaucoup de granite. La base de la grosse masse de gabbro en haut à gauche montre des fractures très nettes, remplies de granite (voir le zoom à la figure suivante). Cela montre que cette grosse masse de gabbro était déjà solide quand elle s'est fracturée et que du magma granitique a rempli ces fissures. Cette photo suggère donc une histoire non instantanée. Au début, magmas acides et basiques coexistaient à l'état liquide ou pâteux. Les masses basiques ont cristallisé, se sont faites fracturer et pénétrer par le magma acide encore liquide. Un filon horizontal aplo-pegmatitique rose recoupe le tout.


Figure 19. Détail de la photographie précédente

L'enclave de gabbro de forme amiboïde contient elle-même une petite enclave de granite. On remarque aussi la fracturation du gabbro avec ses fractures envahies par le granite.


Figure 20. Grosse enclave de gabbro contenant elle-même une petite enclave de granite, route n°49, Oman

Puisque le gabbro est enclavé dans le granite, c'est qu'il lui est antérieur. Mais puisque le gabbro contient une enclave de granite, c'est qu'il lui est postérieur. La seule solution pour lever cette apparente contradiction, c'est que granite et gabbro sont contemporains. Zoom sur la figure suivante.


Figure 21. Détail sur l'enclave de granite au sein du gabbro

Le gabbro autour de l'enclave de granite est légèrement différent du gabbro usuel (échange chimique, variation de la vitesse de cristallisation…).


Figure 22. Vue globale d'un autre secteur du bord de route, côte du Dhofar, Sultanat d'Oman

À l'extrême gauche, du granite presque "pur", à l'extrême droite du gabbro presque "pur". Entre les deux, des "liserés" de granite séparent des boules de gabbro (cf. zoom ci-dessous). Un mètre à droite du personnage qui donne l'échelle, le gabbro semble dilacéré par le granite (cf zooms ci-après).


Figure 23. Partie gauche de l'affleurement, là où le gabbro est dilacéré dans le granite

Le granite y est plus sombre qu'ailleurs, soit parce qu'il contient beaucoup de petits minéraux sombres issus de la fragmentation du gabbro, soit parce que sa chimie a été modifiée par la multiplication des surfaces d'échange magma granitique / masse de gabbro.


Figure 24. Détail sur la partie gauche de l'affleurement, là où le gabbro est dilacéré dans le granite

Le granite y est plus sombre qu'ailleurs, soit parce qu'il contient beaucoup de petits minéraux sombres issus de la fragmentation du gabbro, soit parce que sa chimie a été modifiée par la multiplication des surfaces d'échange magma granitique / masse de gabbro.


Figure 25. Exemple des relations géométriques granite-gabbro là où le granite est très minoritaire et forme des liserés courbes englobant des masses de gabbro sans limites anguleuses aigües

L'origine précise de cette géométrie pose question. On en arriverait à se demander si les masses de gabbro n'ont pas la signification de pillows . Et même plus ! Si on suppose que la série a été basculée après le magmatisme et qu'on la "remet à l'endroit" par la pensée en la tournant vers la droite, on voit alors que les pillows du haut (de gauche) moulent les pillows du bas (de droite), comme c'est classique dans les basaltes en coussin (comparez, par exemple, la figure 8 de Un volcanisme bien méconnu et pourtant si riche d'enseignement : le volcanisme du Crétacé supérieur du Pays Basque, ses pillow-lavas et la salinité de l'eau de mer avec la figure suivante). Si c'est le cas, les masses basiques seraient restées ductiles un certain temps puisqu'elles pouvaient se mouler les unes sur les autres au sein magma granitique. Il faudrait retourner sur le terrain pour discuter cette hypothèse, par exemple pour confirmer ou infirmer le basculement que nous venons de supposer.


Figure 26. Exemple des relations géométriques granite-gabbro là où le granite est très minoritaire et forme des liserés courbes englobant des masses de gabbro sans limites anguleuses aigües

L'origine précise de cette géométrie pose question. On en arriverait à se demander si les masses de gabbro n'ont pas la signification de pillows . Et même plus ! Si on suppose que la série a été basculée après le magmatisme et qu'on la "remet à l'endroit" par la pensée en la tournant vers la droite, on voit alors que les pillows du haut (de gauche) moulent les pillows du bas (de droite), comme c'est classique dans les basaltes en coussin (comparez, par exemple, la figure 8 de Un volcanisme bien méconnu et pourtant si riche d'enseignement : le volcanisme du Crétacé supérieur du Pays Basque, ses pillow-lavas et la salinité de l'eau de mer avec cette figure). Si c'est le cas, les masses basiques seraient restées ductiles un certain temps puisqu'elles pouvaient se mouler les unes sur les autres au sein magma granitique. Il faudrait retourner sur le terrain pour discuter cette hypothèse, par exemple pour confirmer ou infirmer le basculement que nous venons de supposer.


Figure 27. Exemple des relations géométriques granite-gabbro là où le granite est très minoritaire et forme des liserés courbes englobant des masses de gabbro sans limites anguleuses aigües

L'origine précise de cette géométrie pose question. On en arriverait à se demander si les masses de gabbro n'ont pas la signification de pillows . Et même plus ! Si on suppose que la série a été basculée après le magmatisme et qu'on la "remet à l'endroit" par la pensée en la tournant vers la droite, on voit alors que les pillows du haut (de gauche) moulent les pillows du bas (de droite), comme c'est classique dans les basaltes en coussin (comparez, par exemple, la figure 8 de Un volcanisme bien méconnu et pourtant si riche d'enseignement : le volcanisme du Crétacé supérieur du Pays Basque, ses pillow-lavas et la salinité de l'eau de mer avec la figure précédente). Si c'est le cas, les masses basiques seraient restées ductiles un certain temps puisqu'elles pouvaient se mouler les unes sur les autres au sein magma granitique. Il faudrait retourner sur le terrain pour discuter cette hypothèse, par exemple pour confirmer ou infirmer le basculement que nous venons de supposer.


Figure 28. Exemple des relations géométriques granite-gabbro là où le granite est très minoritaire et forme des liserés courbes englobant des masses de gabbro sans limites anguleuses aigües

L'origine précise de cette géométrie pose question. On en arriverait à se demander si les masses de gabbro n'ont pas la signification de pillows . Et même plus ! Si on suppose que la série a été basculée après le magmatisme et qu'on la "remet à l'endroit" par la pensée en la tournant vers la droite, on voit alors que les pillows du haut (de gauche) moulent les pillows du bas (de droite), comme c'est classique dans les basaltes en coussin (comparez, par exemple, la figure 8 de Un volcanisme bien méconnu et pourtant si riche d'enseignement : le volcanisme du Crétacé supérieur du Pays Basque, ses pillow-lavas et la salinité de l'eau de mer avec la figure ci-dessus). Si c'est le cas, les masses basiques seraient restées ductiles un certain temps puisqu'elles pouvaient se mouler les unes sur les autres au sein magma granitique. Il faudrait retourner sur le terrain pour discuter cette hypothèse, par exemple pour confirmer ou infirmer le basculement que nous venons de supposer.


Figure 29. Secteur où, en plus du granite et du gabbro "habituels" tant par leur couleur et leur géométrie, on découvre une roche de teinte intermédiaire

Cette roche intermédiaire suggère une efficacité certaine dans les processus d'homogénéisation des deux magmas, par mélange/hybridation ou contamination. Cette roche intermédiaire peut être traversée par du granite "normal".


Figure 30. Secteur où, en plus du granite et du gabbro "habituels" tant par leur couleur et leur géométrie, on découvre une roche de teinte intermédiaire

Cette roche intermédiaire suggère une efficacité certaine dans les processus d'homogénéisation des deux magmas, par mélange/hybridation ou contamination. Cette roche intermédiaire peut être traversée par du granite "normal".


Figure 31. Secteur présentant des enclaves gabbroïques "arrondies" habituelles, mais aussi des enclaves très anguleuses, suggérant une fracturation à l'état solide du gabbro

Dans le quart inférieur gauche de l'image, le "ciment" granitique entre les enclaves de gabbro est plus sombre, ce qui suggère une certaine efficacité dans les échanges gabbro-granite.


Figure 32. Secteur présentant des enclaves gabbroïques "arrondies" habituelles, mais aussi des enclaves très anguleuses, suggérant une fracturation à l'état solide du gabbro

La figure suivante montre un détail localisé 10 cm plus bas que le cache-objectif (légèrement déplacé sur la photo suivante).


Figure 33. Détail de la figure précédente, avec granite, gabbro et échanges minéralogiques et/ou chimiques

Le granite du quart supérieur gauche est plus sombre que d'habitude. Le gabbro situé quelques cm en bas à gauche du cache-objectif contient en inclusion des minéraux blancs issus du granite. Et juste à 2 cm à gauche du cache, la limite granite-gabbro devient floue. Tout cela suggère encore une efficacité certaine dans les échanges gabbro-granite.


Figure 34. Une masse de granite inter-gabbro, contenant une enclave de roche de teinte intermédiaire, contenant elle-même une enclave de gabbro

Ceci suggère encore une efficacité variable dans l'espace et dans le temps des échanges gabbro-granite. Un petit lézard prend le soleil à droite de la masse de granite.


Figure 35. Vue rapprochée sur la masse de granite inter-gabbro, contenant une enclave de roche de teinte intermédiaire, contenant elle-même une enclave de gabbro

Ceci suggère encore une efficacité variable dans l'espace et dans le temps des échanges gabbro-granite. Un petit lézard prend le soleil à droite de la masse de granite.


Figure 36. Vue centrée sur l'enclave de gabbro, contenue dans une enclave de roche de teinte intermédiaire, elle-même contenue dans une masse de granite inter-gabbro

Ceci suggère encore une efficacité variable dans l'espace et dans le temps des échanges gabbro-granite.


Que peut-on dire de l'examen rapide (moins d'une heure) de cet affleurement exceptionnel, et de l'examen plus approfondi des photosgraphies, examen que tout un chacun peut faire chez lui avant d'avoir lu mes propositions d'interprétation toutes personnelles ? On peut, si on se permet de généraliser ces observations locales, tirer cinq conclusions.

  1. Ces magmatismes acides et basiques sont postérieurs au métamorphisme et à la déformation principale ayant affecté la région. Il s'agit d'un (de) magmatisme(s) tardi-collisionnel(s).
  2. Les magmas acides et basiques semblent avoir coexisté à l'état liquide. Mais le matériel acide cristallisant à plus basse température est resté liquide plus longtemps que le matériel basique, et l'a fracturé.
  3. L'homogénéisation acide-basique est, au moins localement, limitée, mais non totalement absente. C'est donc un mécanisme possible de genèse des magmas et des roches intermédiaires.
  4. L'abondance relative (à l'échelle régionale) roches acides abondantes / roches basiques très minoritaires semble exclure que les roches acides ne viennent que de la différenciation d'un magma basique.
  5. Le magmatisme des zones de collision, en particulier celui prenant place dans les derniers épisodes de cette collision, est un phénomène assez complexe puisqu'il semble faire intervenir et la fusion de la croûte (donnée classique depuis des décennies) et la fusion du manteau (donnée moins classique, au moins dans l'enseignement en France).

Références bibliographiques utilisées par Aymon Baud puis par moi-même pour faire la synthèse introductive sur la géologie du Dhofar :

H.A. Al-Doukhi, 2014. Precambrian evolution of the Salalah crystalline basement from structural analysis and 40 Ar/39 Ar geochronology . PhDissertation, Missouri University

A. Hauser, R. Zurbriggen, 1994. Geology of the crystalline basement of the Hadbin area (Salalah area, Dhofar, Sultanate of Oman) , Schweizerische Mineralogische und Petrographische Mitteilungen, 74, 213-226

I. Mercolli, A.P. Briner, R. Frei, R. Schönberg, T.F. Nägler, J. Kramers, T. Peters, 2006. Lithostratigraphy and geochronology of the Neoproterozoic crystalline basement of Salalah, Dhofar, Sultanate of Oman , Precambrian Research, 145, 3-4, 182–206