Image de la semaine | 02/02/2026
Le maar de Chaudeyrolles (Haute-Loire), et quelques autres maars phréatomagmatiques dans le Bas Vivarais
02/02/2026
Auteur(s) / Autrice(s) :
Publié par :
- Olivier DequinceyENS de Lyon / DGESCO
Résumé
Explosions phréatomagmatiques et maars à morphologies variées (lac, cratère visible, structure peu détectable car comblée) et dépôts caractéristiques.

Source - © 2025 — Pierre Thomas
Il s'agit d'un très vaste cratère d'explosion phréatomagmatique daté d'environ 170 000 ans, appartenant à la province volcanique du Bas Vivarais. Cette dépression, d'un diamètre d'environ 1500 m est occupée par un marécage, connu sous le nom de “Narces de Chaudeyrolles”. Ce maar recoupe un plateau d'altitude comprise entre 1300 et 1400 m d'altitude, plateau dominé par le Mont Mézenc (1753 m) visible à l'arrière-plan. Le village visible à gauche est Chaudeyrolles.
Localisation par fichier kmz des six maars du Bas Vivarais (Haute-Loire et Ardèche) présentés dans cet article (Chaudeyrolles, Saint-Front, Borée, Saint-Martial, Issarlès, Vestide du Pal).

Source - © 2025 — Pierre Thomas
Il s'agit d'un très vaste cratère d'explosion phréatomagmatique daté d'environ 170 000 ans, appartenant à la province volcanique du Bas Vivarais. Cette dépression, d'un diamètre d'environ 1500 m est occupée par un marécage, connu sous le nom de “Narces de Chaudeyrolles”. Ce maar recoupe un plateau d'altitude comprise entre 1300 et 1400 m d'altitude. Le village visible à droite est Chaudeyrolles.
Ce mois d'aout 2025, j'ai passé une semaine de vacances en Ardèche et Haute-Loire. Ces vacances vont donner lieu à sept images de la semaine, deux sur le socle hercynien, et cinq sur le volcanisme et phénomènes associés. Cette quatrième semaine est consacrée à un maar phréatomagmatique.
Le maar de Chaudeyrolles est situé dans le Parc naturel régional des Monts d'Ardèche(lien externe - nouvelle fenêtre) qui a installé des panneaux explicatifs sur certaines des routes traversant ce cratère et ses marécages. La figure 3 montre l'un de ces panneaux, qui sera plus explicité par la figure 4. Puis nous regarderons des photographies aériennes (Géoportail) de ce maar que nous comparerons avec la carte géologique (figures 5, 6 et 7). Nous regarderons alors quelques photographies de détail d'affleurements (figures 9 à 14). Puis nous replacerons ce maar de Chaudeyrolles dans son contexte géologique. Enfin, nous regarderons des vues aériennes et des cartes géologiques d'autres maars du Bas Vivarais.
![]() Source - © 2025 — Pierre Thomas Le rôle de la vapeur d'eau est bien mis en valeur dans le texte. Le schéma de gauche montre l'explosion (sans détailler ce qui la précède et que nous détaillerons à la figure suivante) et la structure du substratum, là non plus sans la détailler. Le seul “renseignement” indiqué signale que ce maar recoupe quatre anciennes coulées de basalte (volcanisme miocène / pliocène inférieur) reposant sur ce qui n'est pas nommé et qui est le socle hercynien plus ou moins imbibé d'eau. |
![]() Source - © 2015 — D'après M. Detay, modifié Ce schéma explicite et met en valeur le rôle de la vaporisation de l'eau contenue dans un aquifère (nappe phréatique) et de l'explosion due à la surpression conséquence de cette vaporisation. Schéma extrait et modifié d'après la figure 8 de Introduction à l'hydrovolcanologie(lien externe - nouvelle fenêtre). Ce schéma est également repris dans la notice de la Carte volcanologique de la Chaine des Puys, 6e édition, 2019. |
Les deux dernières figures n'insistent pas sur le fait qu'en général il n'y a pas une explosion unique générant le cratère en une seule fois. Comme l'eau, moteur de l'explosion, vient de l'extérieur et se renouvelle rapidement, des explosions successives ont lieu pendant toute la durée de l'éruption, agrandissant progressivement le cratère et engendrant à l'extérieur des dépôts souvent bien stratifiés et rythmés, comme on en voit autours des maars quand les affleurements le permettent, ce qui n'est pas le cas à Chaudeyrolles, mais qui est le cas autour du maar de Saint-Front, de Borée…
![]() Source - © 2025 — D'après Google Earth Les limites du maar sont surlignées par les pointillés rouges sur la vue interprétée. La flèche jaune localise le site où ont été prises les photos 10 à 12. Au fond, les Alpes. | |
![]() Source - © 2025 — IGN / Géoportail Le maar recoupe le plateau formé de coulées de basalte plus anciennes. Le petit cercle en tiretés rouges localise la petite vallée où ont été prises les photos 9 à 14. |
![]() Source - © 2025 — BRGM / Géoportail Le maar de Chaudeyrolles (limité par des tiretés noirs) recoupe le plateau formé de coulées de basalte plus anciennes (en bleu). Le petit cercle en tiretés rouges localise la petite vallée où ont été prises les photos 9 à 14. Ce qui reste de l'anneau pyroclastique entourant le maar est carté en gris bleuté au Nord-Est et à l'Est de la dépression (S2/V). La carte géologique met une couleur beige (sans indice) dans la zone cerclée en rouge. Il s'agit de brèches non stratifiées (figures 10 à 12). Sur la carte, l'interprétation de ces brèches n'est pas évidente car la nature du contact entre la brèche et les terrains adjacents n'est pas déterminable. |
La notice explicative de la carte géologique du Monastier-sur-Gazeille(lien externe - nouvelle fenêtre) décrit ainsi (version simplifiée) ce qui est carté S2/V autour des maars.
V. Dépôts phréatomagmatiques associés aux maars. […] Ces formations se mettent en place quand le magma, dans son ascension, rencontre à faible profondeur un volume d'eau (cours d'eau, nappe phréatique) qui se vaporise brutalement : l'explosion qui s'ensuit découpe à l'emporte-pièce dans le substratum, à l'aplomb d'un diatrème plus ou moins recoupé par des filons, un vaste cratère circulaire entouré, à la surface, d'un anneau de pyroclastites. Si l'arrivée de lave se poursuit [cas du maar de Borée, figures 21 à 23], un lac de lave, comme la plaine d'Echamps, peut alors se former, et un ou plusieurs cônes stromboliens s'édifier dans le cratère ou à son pourtour. Si elle s'interrompt, comme ce fut le cas au lac de Saint-Front [figures 18 à 20] ou à Chaudeyrolles [figures 1 à 7], et si le contexte hydrographique le permet, le cratère peut être occupé par un lac, ou/puis comblé par une sédimentation organo-détritique à l'origine de nombre de gisements de tourbe dans la région (Chaudeyrolles par exemple). | ||
| --Notice explicative de la feuille Le Monastier-sur-Gazeille à 1/50 000 | ||
La bordure Sud-Est du maar est recoupée par une petite vallée parcourue par un ruisseau nommé le Salin, vallée qui se termine 400 m après la bordure du maar par une cascade, la cascade de Chaudeyrolles.
![]() Source - © 2025 — D'après Google Earth La punaise jaune localise le site où ont été prises les photos 10 à 12, là où le ruisseau recoupe la limite topographique entre la dépression que constitue le maar et le plateau basaltique. | |
![]() Source - © 2025 — Pierre Thomas Le site des photos 10 à 12 est en dehors du champ de l’image, quelques dizaines de mètres plus vers la droite et vers le bas de la vue. Cette vallée montre l'importance de l'érosion en 170 000 ans. Au fond, le Mont Mézenc. |
![]() Source - © 2025 — Pierre Thomas À cet endroit, le ruisseau entaille des brèches à éléments grossiers quasi exclusivement basaltiques, sans stratification visible. |
![]() Source - © 2025 — Pierre Thomas À cet endroit, le ruisseau entaille des brèches à éléments grossiers quasi exclusivement basaltiques, sans stratification visible. |
![]() Source - © 2025 — Pierre Thomas L'absence de stratification suggère qu'on n'est pas dans les dépôts périphériques mais dans ceux remplissant la “cheminée” (diatrème) et remaniés après chaque explosion. |
Le couvert végétal, l'absence d'affleurement et la brièveté de mon séjour sur place ne m'ont pas permis de déterminer la position, la géométrie et la nature des contacts entre cette brèche, les vieilles coulées de basalte qui dominent topographiquement cette brèche et les sédiments lacustres qui remplissent le maar. Il faudrait faire une cartographie de détail des rares affleurements, et éventuellement quelques tranchées. On ne peut donc pas vérifier rapidement si l'hypothèse proposée à la figure précédente est légitime ou non. Cette ignorance (provisoire ?) n'empêche pas d'aller au fond de la vallée pour admirer la cascade.
![]() Source - © - — C. Treveys Cette vue aérienne permet de bien voir que le plateau entaillé par le maar a sa surface constituée par une (des) coulée(s) de basalte dont on devine la prismation grossière. En arrière-plan, le Mont Mézenc. |
![]() Source - © 2025 — Pierre Thomas |
![]() Source - © 2025 — Pierre Thomas La couleur “rouille”, les irisations et les reflets brillants montre une eau riche en Fe2+, Fe2+ oxydé en Fe3+ (cf. figures 22 à 25 de Les sources thermominérales d'Auvergne : chimiolithotrophie et photosynthèse ou encore Tourbes et oxydes ferriques : une manière d'étudier les métabolismes bactériens sur les plages landaises), oxydation très vraisemblablement due à des bactéries chimiolithotrophes. La présence de ces sources minéralisées peut expliquer le nom du ruisseau (le Salin) et celui d'un ruisseau voisin, la Saliouse (figure 17). Ces sources, comme c'est souvent le cas en pays volcanique, doivent être riches en Na+, en plus d'être ferrugineuses. | |
Le maar de Chaudeyrolles est l'un des 19 volcans de la province volcanique du Bas Vivarais, province volcanique du Quaternaire récent (170 000 à 45 000 ans), beaucoup moins connue que la Chaine des Puys pourtant quasi-contemporaine. Les volcans de cette province recoupent soit le socle hercynien soit, comme ici, les terrains volcaniques dits du Velay oriental (Miocène à Pliocène inférieur).

Source - © 2020 — D'après Angélie Portal / BRGM , modifié

Source - © 2019 — J.-P. Raynal et E. Defive , modifié
Il y a trois phases magmatiques dans cette province magmatique, datées d'environ 170 000, 80 000 et 45 000 ans. Ces 3 familles correspondent à trois alignements d'édifices volcaniques. Le maar de Chaudeyrolles (indiqué par une flèche) est situé sur le plus vieux et le plus au Nord de ces alignements.
On peut noter que cette province qui se compose de 19 volcans, comporte 11 maars phréatomagmatiques, soit plus de la moitié (11/19). Pour comparaison, dans la Chaine des Puys, il y a aussi 11 maars pour 80 édifices volcaniques. Les quatre édifices de l'alignement Nord, auquel appartient Chaudeyrolles, sont tous des maars.
On peut s'interroger sur l'origine de l'abondance des éruptions phréatomagmatiques dans cette région du Vivarais, en particulier pour l'alignement Nord. On peut remarquer que l'âge des éruptions de cet alignement Nord correspond presque au maximum de la glaciation du Riss, l'avant-dernière et la plus intense des glaciations dans l'Ouest de l'Europe. Les deux autres phases éruptives sont, elles, contemporaines de la première moitié de la dernière glaciation (celle du Würm), première moitié où il faisait moins froid qu'au maximum du Riss. La carte de la figure 18 montre l'état des connaissances sur les glaciations dans le Massif Central. Le Bas Vivarais (appelé Mézenc sur la carte) correspond à une région englacée (petits glaciers de cirque sur le Mézenc et quelques autres sommets) ou du moins fortement enneigée (le plateau, substratum du maar de Chaudeyrolles, a une altitude moyenne de 1300 m). D'après ces mêmes études, la Chaine des Puys (environ 800 à 900 m pour son substratum) n'est pas classée comme région fortement enneigée. Il y a 170 000 ans, à Chaudeyrolles, on était en région périglaciaire, avec très vraisemblablement un important permafrost, plus important que dans la Chaine des Puys. On peut proposer que l'interaction volcanisme / permafrost soit une explication de l'importance du phréatomagmatisme.

Source - © 2025 — E. Defive et al. , modifié
La flèche violette localise le maar de Chaudeyrolles et le volcanisme du Bas Vivarais.
Après avoir “visité” le maar de Chaudeyrolles aussi bien au sol qu'en vue aérienne ou par l'étude des cartes géologiques, nous allons, exclusivement en vue aérienne ou en carte géologique, “visiter” les trois autres maars de l'alignement Nord (−170 000 ans), à savoir les maars de Saint-Front, Borée et Saint-Martial. Ces quatre maars sont situés sur la carte géologique du Monastier-sur-Gazeille, carte disponible sur InfoTerre(lien externe - nouvelle fenêtre) ou Géoportail(lien externe - nouvelle fenêtre). Sur les extraits de cartes géologiques ci-après, les dépôts de maar sont en gris bleu, légendés V et les limites des maars sont figurées par des tiretés noirs que j'ai renforcés.
![]() Source - © 2016 — KlausFoehl – CC BY-SA 4.0 Le maar de Chaudeyrolles devait ressembler à cela avant le comblement de son lac par des sédiments et de la tourbe. | |
![]() Source - © 2025 — IGN / Géoportail |
![]() Source - © 2025 — BRGM / Géoportail |
![]() Source - © 2024 — Pierre Thomas La morphologie du maar est fortement oblitérée car le volcanisme a continué après les épisodes phréatomagmatiques avec remplissage de la dépression par un lac de lave et des édifices “stromboliens”. Au Sud, on aperçoit le Gerbier de Jonc. | |
![]() Source - © 2025 — IGN / Géoportail La morphologie du maar est fortement oblitérée car le volcanisme a continué après les épisodes phréatomagmatiques avec remplissage de la dépression par un lac de lave et des édifices “stromboliens”. Les dépôts de maar sont exploités par une carrière, la carrière de Molines (cf. figure 24 à 36 de École de Terrain - Le volcanisme du Velay). |
![]() Source - © 2025 — BRGM / Géoportail La morphologie du maar (en tiretés noirs) est fortement oblitérée car le volcanisme a continué après les épisodes phréatomagmatiques avec remplissage de la dépression par un lac de lave (en bleu) et des édifices “stromboliens” (en orangé). Les dépôts de maar (en gris bleu) sont exploités par une carrière, la carrière de Molines (cf. figure 24 à 36 de École de Terrain - Le volcanisme du Velay). |
![]() Source - © 2022 — Village de Borée / Facebook Le lac n'a pas la forme circulaire classique car un dôme phonolitique miocène a probablement “orienté” les explosions ce qui donne à la dépression sa forme non symétrique, à moins que ce ne soient des éboulis issus du dôme qui aient partiellement rempli le lac. | |
![]() Source - © 2025 — IGN / Géoportail |
![]() Source - © 2025 — BRGM / Géoportail Le dôme de phonolite dont la présence a perturbé la forme du lac est représenté en vert. |
Bien que ne faisant pas partie de l'alignement Nord et que nous vous les ayons déjà montrés (cf. Le volcanisme ardéchois basaltique vu du ciel), pour le plaisir, nous vous montrons deux des plus beaux maars de Bas Vivarais, le lac d'Issarlès et la Vestide du Pal.
![]() Source - © 2024 — Pierre Thomas |
![]() Source - © 2024 — Pierre Thomas Après sa phase phréatique, le volcanisme basaltique a continué, et cinq petits édifices stromboliens (pas tous bien visibles à cause du couvert forestier) ont très partiellement rempli le maar. |

Source - © 2025 — D'après BRGM / Google Earth
























