Image de la semaine | 10/10/2022
Coupes stratigraphiques et remplissage préhistorique mis à la portée de tous à l'Archéosite des Fieux (Miers, Lot)
10/10/2022
Auteur(s) / Autrice(s) :
Publié par :
- Olivier DequinceyENS de Lyon / DGESCO
Résumé
Un site de fouilles préhistoriques à visiter. Moulages réalistes, restes fossiles et traces de présence humaine anciennes.

Source - © 2022 — Pierre Thomas
Il ne s'agit en fait pas d'un dépôt “original”, mais du détail d'un moulage/reconstitution réalisé lors des fouilles de 2006-2009.

Source - © 2021 — D’après Archéosite des Fieux
Trois moulages sont exposés sur cette partie de la galerie : deux moulages d'une paroi verticale de tranchée (1 et 2) et un moulage d'une ancienne surface horizontale (3).
Les photos 1 à 5 et 13 à 19 proviennent du moulage 1, les photos 21 à 24 du moulage 2, et les photos 25 à 28 du moulage 3.
Le site préhistorique des Fieux se trouve sur le Causse de Gramat (Lot), comme le célébrissime gouffre de Padirac. Ce site a été occupé ou visité par des Homo au moins depuis le dernier quart du Paléolithique moyen (80 000 ans) jusqu'au Moyen-Âge. La grotte et le site “à l'air libre” des Fieux, contenus dans des calcaires bathoniens, ont été découverts en 1964 par des spéléologues cherchant un accès à la rivière souterraine allant du gouffre de Padirac à son exsurgence dans la vallée de la Dordogne. Les spéléologues, en désobstruant l'entrée d'un couloir découvrirent qu'au bout de ce couloir il y avait une “petite” grotte contenant quelques figurations pariétales (mains négatives). Ils trouvèrent aussi, à l'entrée du couloir menant à la grotte et sur plusieurs mètres avant cette l'entrée, le remplissage d'une dépression ouverte sur le haut, remplissage riche en dépôts archéologiques sur une épaisseur de plusieurs mètres. Ce remplissage comble une dépression, qui correspond à un aven peu profond dont le toit se serait éboulé avant le Paléolithique moyen. C'est à partir de 1966 que des fouilles poussées furent entreprises. Le remplissage de la cavité effondrée montre que des chasseurs-cueilleurs se sont succédés sur ce site, d'abord au Moustérien (c'était encore des Néandertaliens), puis à l'Aurignacien (début du Paléolithique supérieur), au Gravettien… Tous ces chasseurs-cueilleurs laissèrent au fond de la dépression, des pierres taillées, de nombreux restes fauniques (ossement d'animaux)… Un compte rendu détaillé des fouilles de 2007-2009 est disponible (V. Mourre et al., 2009(lien externe - nouvelle fenêtre)) et comprend de nombreuses photographies, des coupes stratigraphiques détaillées, un inventaire des industries lithiques et des restes d'animaux permettant de reconstituer l'écosystème local…
Le site de fouille est maintenant protégé par une couverture metallique ; une galerie (avec panneaux explicatifs) a été aménagée sur tout son pourtour pour que des touristes puissent visiter le site de fouille sans y pénétrer et sans le dégrader (la grotte ornée n'est pas, elle, ouverte au public) ; un petit musée(lien externe - nouvelle fenêtre) a été ouvert juste à côté, musée qui propose en outre de nombreuses animations. Ce site fait partie du réseau des Paléonautes(lien externe - nouvelle fenêtre).
Il existe de nombreux musées où l'on peut voir ossements et/ou outils paléolithiques ou néolithiques, mais le plus souvent dans des vitrines. À l'Archéosite des Fieux, en plus du musée, il reste quelques “fronts de tailles” encore visibles montrant la séquence stratigraphique du remplissage ce qui n'est pas si courant, même si la majorité de ces “coupes” est protégée par des murs légers qui préservent et « réservent pour l'avenir » les parties non encore fouillées du remplissage. Mais, surtout, lors des fouilles, les fouilleurs ont fait des moulages de certaines des parois verticales du chantier de fouilles, ainsi que de certaines des surfaces horizontales. Certains de ces moulages sont exposés sur la galerie qui fait le tour du chantier de fouille, ce qui permet à tout un chacun de les observer/étudier de près, d'y chercher des restes de micro-mammifères comme des dents de rongeurs… C'est cette originalité du site des Fieux qui est la raison d'être de cet article. Après quelques vues de fouilles en activité en 2008-2009, puis dans leur état de l'été 2022, nous vous montrerons d'autres dents, des fragments osseux, des galets plus ou moins aménagés… photographiés sur ces moulages exposés le long de la galerie. Une occasion rare de voir (presque) en vrai à quoi ressemble une fouille dans des niveaux préhistoriques.

Source - © 2022 — BRGM / Google Earth
Ce site est approximativement situé sur le trajet Gouffre de Padirac (à droite) – cirque de Montvalent (punaise verte) où se situent les exsurgences de la rivière souterraine de Padirac. C'est en dégageant un étroit boyau dans le but de rejoindre cette rivière souterraine que des spéléologues ont découvert en 1964 la grotte des Fieux et le remplissage préhistorique d'une dépression karstique.
![]() Source - © 2008 — JYB Devot – CC BY-SA 4.0 On distingue, à droite et au fond à gauche, les calcaires massifs bathoniens. Entre ces deux parois calcaires, on voit plusieurs mètres d'épaisseur d'un remplissage “argilo-caillouteux” que sont en train de fouiller les archéologues. Les matrices des moulages ont été réalisées en coulant des silicones sur les parois verticales et les surfaces horizontales en cours de dégagement. | ![]() Source - © 2022 — in V. Mourre et al. C'est en coulant des résines de granulométries diverses dans ces moules en creux, en y projetant sable, argiles rendus adhésifs, en peignant le tout… qu'on reconstitue (à mieux qu'un dixième de mm près) l'allure originale de ces surfaces. |
![]() Source - © 2022 — Pierre Thomas On devine, au fond, l'entrée du boyau conduisant à la grotte ornée (qui ne se visite pas). On voit bien les murs de soutènement qui maintiennent en place les parties non encore fouillées, ainsi que la galerie ouverte aux touristes faisant le tour de la dépression partiellement fouillée et vidée. | ![]() Source - © 2022 — Pierre Thomas Les gestionnaires du site ont disposé (à leur emplacement d'origine) des moulages verticaux faits à l'époque des fouilles. La figure 12 montre un détail du moulage central (moulage C). |
![]() Source - © 2022 — Pierre Thomas Un autre exemplaire de ce moulage C est disposé sur la galerie circulaire (figures 20 à 24). À droite, les calcaires bathoniens. |
![]() Source - © 2022 — Pierre Thomas La petite flèche rouge localise la dent des figures 1 à 4. À quelques centimètres au-dessus du doigt, on reconnait une probable dent de mammifère (voir les figures suivantes). | ![]() Source - © 2022 — Pierre Thomas À quelques centimètres au-dessus du doigt, on reconnait une probable dent de mammifère (voir les figures suivantes). |
![]() Source - © 2022 — Pierre Thomas | ![]() Source - © 2022 — Pierre Thomas |
![]() Source - © 2022 — Pierre Thomas L'os se situe une dizaine de centimètres au-dessus du doigt du photographe. | |
![]() Source - © 2022 — Pierre Thomas | ![]() Source - © 2022 — Pierre Thomas |
![]() Source - © 2022 — Pierre Thomas | ![]() Source - © 2022 — Pierre Thomas Les deux photos suivantes détailleront ce qui est légendé sur ce panneau : des galets ramenés par les hommes préhistoriques et un fragment de bois de cervidés. |
![]() Source - © 2022 — Pierre Thomas Ce galet a été ramené de la vallée de la Dordogne (distante de 5 km) par des hommes du Gravettien (Paléolithique supérieur, -24 000 ans). Des traces de percussion suggèrent que ce galet aurait pu servir d'enclume. | ![]() Source - © 2022 — Pierre Thomas |

Source - © 2021 — IPB
À gauche, un bâtiment sans mur (couverture métallique supportée par des piliers) protège la cavité fouillée et la galerie qui en fait le tour. À droite, le bâtiment bardé de bois abrite le musée, les locaux où ont lieu les animations…

Source - © 2022 — BRGM / Google Earth
Localisation par fichier kmz de l’Archéosite des Fieux, Miers (Lot).

























