Image de la semaine | 07/09/2015

Les boules gréseuses (paramoudras) de l'Éocène du Jaizkibel (Pays basque espagnol)

07/09/2015

Pierre Thomas

Laboratoire de Géologie de Lyon / ENS Lyon

Olivier Dequincey

ENS Lyon / DGESCO

Résumé

Érosion différentielle dans des grès avec formation de paramoudras en boules et en cylindres.


Boules gréseuses (paramoudras) de bonne taille dégagées partiellement de leur gangue de grès par l'érosion marine, Mont Jaizkibel, Pays basque espagnol

Figure 1. Boules gréseuses (paramoudras) de bonne taille dégagées partiellement de leur gangue de grès par l'érosion marine, Mont Jaizkibel, Pays basque espagnol.

La vue globale sur les strates gréseuses éocènes, en bas, montre de nombreux paramoudras sphériques encore enchâssés dans les grès, quelques paramoudras non sphériques mais allongés, et de multiples encoches hémisphériques, traces laissées par des paramoudras enlevés par les vagues et les tempêtes.


La semaine dernière, nous avons vu les magnifiques taffonis du Jaizkibel (Pays basque espagnol) (cf. Quand les grès de l'Éocène inférieur (Yprésien) du Pays basque espagnol (Mont Jaizkibel) imitent le gothique flamboyant), cavités creusées dans les grès et "mimant" des sculptures gothiques. L'origine des taffonis n'est pas parfaitement élucidée, mais ses grandes lignes en sont comprises : érosion pro-parte éolienne sur des grès irrégulièrement indurés par la diagenèse ou indurés et/ou altérés par des circulations–ruissellements subactuels de fluides (eau plus ou moins acide). Les grès éocènes du Jaizkibel (Pays basque espagnol) montrent d'autres figures tout aussi étranges et bien plus rares : des boules très souvent sphériques et parfois des cylindres faits d'un grès plus résistant à l'érosion marine que les grès encaissants. Quand ce sont des sphères, leur diamètre varie assez peu, et la grande majorité des boules ont un diamètre d'environ 20 cm (compris entre 15 et 30 cm). Ces structures sont souvent appelées paramoudras, nom également donnés à certains accidents siliceux (silex) de forme cylindrique que l'on trouve dans la craie et autres calcaires (cf. Le Coniacien de la région d'Étretat, du Fond d'Étigue à la Porte d'Amont).

L'origine des paramoudras en général, ceux du Jaizkibel en particulier, n'est pas claire. La grésification, transformation diagénétique d'un sable en un grès plus ou moins induré, est assez souvent irrégulière. Il en résulte des volumes de forme quelconque d'un grès très induré et résistant au sein d'une masse gréseuse beaucoup moins résistante. L'érosion dégage alors ces volumes qui forment des reliefs aux formes parfois étranges (cf., par exemple,

Grésification quaternaire dans des sables calcaires, désert des Pinacles (Australie)). Les grès de Fontainebleau sont de parfaits représentants de ce que donne l'érosion dans un niveau de sable siliceux irrégulièrement induré.

Ici, à Jaizkibel, il ne s'agit pas d'une grésification irrégulière, puisque la grande majorité des paramoudras sont sphériques, et de taille identique. La grésification semble être partie d'un centre et avoir crû dans toutes les directions sur une dizaine de centimètres de part et d'autre de ce "germe de grésification". Parce que ces boules sont souvent percées d'une cavité, parce que certaines de ces cavités semblent contenir des "restes organisés", parce qu'il existe des paramoudras cylindrique…, on peut proposer que le départ de la grésification se fait au niveau d'un reste d'organisme fouisseur (ou de son terrier dans le cas d'un paramoudra cylindrique). On peut trouver une (des) hypothèse(s) explicative(s) sur l'article de Michel Molia, Les paramoudras du Jaizkibel - Signes et hypothèses de formation.

Mais quelle que soit l'origine de ces structures qui restent bien énigmatiques, cela n'empêche pas de les admirer, ce que nous allons essayer de faire en 25 images.

Secteur à paramoudras à moitié dégagés par l'érosion marine, Jaizkibel, Pays basque espagnol

Figure 5. Secteur à paramoudras à moitié dégagés par l'érosion marine, Jaizkibel, Pays basque espagnol.

L'estran sub-horizontal est plus ou moins parallèle à la stratification qui, ici, présente un pendage d'une vingtaine de degrés.






Paramoudras à moitié dégagés par l'érosion marine affleurant sur des surfaces verticales recoupan nettement la stratification

Figure 10. Paramoudras à moitié dégagés par l'érosion marine affleurant sur des surfaces verticales recoupan nettement la stratification.

On voit clairement que ces boules de grès indurés ont crû à l'intérieur des couches de grès.


Paramoudras à moitié dégagés par l'érosion marine affleurant sur des surfaces verticales recoupant nettement la stratification

Figure 11. Paramoudras à moitié dégagés par l'érosion marine affleurant sur des surfaces verticales recoupant nettement la stratification.

On voit clairement que ces boules de grès indurés ont crû à l'intérieur des couches de grès.


Paramoudras à moitié dégagés par l'érosion marine affleurant sur des surfaces verticales recoupant nettement la stratification

Figure 12. Paramoudras à moitié dégagés par l'érosion marine affleurant sur des surfaces verticales recoupant nettement la stratification.

On voit clairement que ces boules de grès indurés ont crû à l'intérieur des couches de grès.


Paramoudras à moitié dégagés par l'érosion marine affleurant sur des surfaces verticales recoupant nettement la stratification

Figure 13. Paramoudras à moitié dégagés par l'érosion marine affleurant sur des surfaces verticales recoupant nettement la stratification.

On voit clairement que ces boules de grès indurés ont crû à l'intérieur des couches de grès.


Paramoudras à moitié dégagés par l'érosion marine affleurant sur des surfaces verticales recoupant nettement la stratification

Figure 14. Paramoudras à moitié dégagés par l'érosion marine affleurant sur des surfaces verticales recoupant nettement la stratification.

On voit clairement que ces boules de grès indurés ont crû à l'intérieur des couches de grès.


Paramoudras à moitié dégagés par l'érosion marine affleurant sur des surfaces verticales recoupant nettement la stratification

Figure 15. Paramoudras à moitié dégagés par l'érosion marine affleurant sur des surfaces verticales recoupant nettement la stratification.

On voit clairement que ces boules de grès indurés ont crû à l'intérieur des couches de grès.




Certaines couches de grès du Jaizkibel sont colorées en rouge, rose ou en jaune par des oxydes ferriques plus ou moins hydratés

Figure 23. Certaines couches de grès du Jaizkibel sont colorées en rouge, rose ou en jaune par des oxydes ferriques plus ou moins hydratés.

On peut voir des paramoudras jaunes au sein de grès roses. Un spectacle géologique coloré du plus bel effet.


Paramoudras jaunes dans une couches de grès du Jaizkibel colorée en rouge-rose par des oxydes ferriques

Figure 24. Paramoudras jaunes dans une couches de grès du Jaizkibel colorée en rouge-rose par des oxydes ferriques.

On peut voir des paramoudras jaunes au sein de grès roses. Un spectacle géologique coloré du plus bel effet.


Quand des paramoudras colorés coexistent avec des taffonis eux aussi colorés, on se dit que la géologie est vraiment une bien belle science !

Figure 25. Quand des paramoudras colorés coexistent avec des taffonis eux aussi colorés, on se dit que la géologie est vraiment une bien belle science !.

À nous de faire partager cet émerveillement à nos élèves. Et ce n'est pas parce que ce partage n'intéresse pas certains élèves qu'il ne faut pas essayer avec ceux qui y seraient sensibles.


Le massif du Jaizkibel, à l'Ouest de la frontière franco-espagnol

Figure 26. Le massif du Jaizkibel, à l'Ouest de la frontière franco-espagnol.

Les photos ont été prises dans le secteur indiqué par la punaise jaune. Ce secteur n'est qu'à 6 km de la frontière française. Une invitation à tous les professeurs de SVT de France (et de Navarre) à aller le visiter.