Image de la semaine | 23/02/2026
Les caves de Clermont-Ferrand, ville bâtie sur un maar, volcan phréatomagmatique
23/02/2026
Auteur(s) / Autrice(s) :
Publié par :
- Olivier DequinceyENS de Lyon / DGESCO
Résumé
Brèches stratifiées issues de projections du maar de Clermont-Ferrand dans lesquelles sont creusées des caves. Lien entre passé viticole local, caves et implantation industrielle.

Source - © 2011 — Pierre Thomas
On devine bien la nature stratifiée et bréchique de la roche constituant la paroi. Ces caves sont très anciennes ; elles ont été creusées et/ou utilisées tout au long de l'histoire de la ville, à l'époque romaine puis du Moyen-Âge jusqu'au XIXe siècle. Ces caves ont été creusées dans ce qui reste des dépôts périphériques d'un ancien maar (−156 000 ans) et qui forment maintenant la “butte”, butte sur laquelle est bâti le vieux Clermont, sa cathédrale gothique, sa basilique romane Notre-Dame-du-Port, ses vieilles maisons, et qui domine les environs d'une vingtaine de mètres.
Localisation par fichier kmz de la butte de Clermont sur laquelle est bâti le vieux Clermont (Puy-de-Dôme).
Nous avons vu la semaine dernière le maar de Chaudeyrolles (cf. Le maar de Chaudeyrolles (Haute-Loire), et quelques autres maars phréatomagmatiques dans le Bas Vivarais), maar approximativement du même âge (170 000 à 160 000 ans) que celui de Clermont-Ferrand. À Chaudeyrolles (et dans les autres maars évoqués la semaine dernière), la morphologie du maar est très visible dans le paysage. Par contre, les affleurements (du moins en 2025) ne permettent pas de bien voir les dépôts caractéristiques périphériques à ce type d'appareil volcanique. À Clermont-Ferrand, c'est exactement l'inverse. On ne voir rien morphologiquement parlant (on est en pleine ville). Mais la vielle ville est construite sur une “butte” constituée de “conglomérats stratifiés”, longtemps interprétés comme des moraines (?) puis comme des dépôts de pentes périglaciaires. Ces dépôts peuvent être étudiés dans les parois des très nombreuses et très anciennes caves aménagées sous cette butte, ou à l'occasion de fondations pour faire des immeubles. Mais le ré-examen récent des anciennes caves, des fondations profondes faites à l'occasion de la construction d'immeubles modernes et la compréhension des phénomènes accompagnant les éruptions phréatomagmatiques ont permis de réinterpréter cette formation comme des projections de maar. Cette interprétation est bien étayée/discutée dans la notice de la carte volcanologique de la chaine des Puys à 1/250 000(lien externe - nouvelle fenêtre).
Dans un premier temps, nous étudierons ce qu'on peut voir dans ces caves. En effet, une association (l'ACAVIC, Amis des CAves du Vieux Clermont(lien externe - nouvelle fenêtre)) cherche à protéger-étudier-valoriser ce patrimoine, ce qui permet, avec l'autorisation des propriétaires, de les faire visiter si on a un “bon motif”. Grâce à un membre de cette association, j'ai pu visiter quelques-unes de ces caves en 2011. Puis nous discuterons de la raison d'être et de l'utilisation de ces caves, de la géologie du site de la ville de Clermont-Ferrand, et enfin de la relation (indirecte) entre ces caves et le développement de la ville depuis la fin du XIXe siècle jusqu'à nos jours, développement dû à la compagnie Michelin.
![]() Source - © 2011 — Pierre Thomas La porte en haut de l'escalier, habituellement fermée à clé, donne dans le sous-sol ordinaire d'un vieil immeuble banal. Cette porte nous a été ouverte par le propriétaire. |
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![]() Source - © 2011 — Pierre Thomas |
![]() Source - © 2011 — Pierre Thomas Les éléments fins (< 2 cm) ont plusieurs couleurs. Les fragments très clairs sont très vraisemblablement des fragments du substratum, à savoir des sédiments oligocènes de Limagne. Les fragments sombres sont très vraisemblablement des fragments de basalte. La matrice brunâtre est sans doute faite d'un mélange de grains fins des deux composants, probablement très argilisés. Les plus gros blocs sont tous clairs ; dans certains de ces gros blocs clairs, on voit encore la stratification des sédiments de Limagne. |
![]() Source - © 2011 — Pierre Thomas Les éléments fins (< 2 cm) ont plusieurs couleurs. Les fragments très clairs sont très vraisemblablement des fragments du substratum, à savoir des sédiments oligocènes de Limagne. Les fragments sombres sont très vraisemblablement des fragments de basalte. La matrice brunâtre est sans doute faite d'un mélange de grains fins des deux composants, probablement très argilisés. Les plus gros blocs sont tous clairs ; dans certains de ces gros blocs clairs, on voit encore la stratification des sédiments de Limagne. |
![]() Source - © 2011 — Pierre Thomas Le niveau inférieur est quasiment sans gros clastes donc déposé pendant une phase de faible explosivité, explosivité plus importante pendant les phases éruptives qui ont déposé les niveaux supérieurs contenants de nombreux “gros” clastes. |
![]() Source - © 2011 — Pierre Thomas C'est la comparaison entre les dépôts clermontois (cette figure) et ceux d'autres maar comme celui de Borée (figure suivante) (cf. École de Terrain - Le volcanisme du Velay) qui a amené, entre autres, à l'interprétation actuelle (dépôts de maar) de la butte du Vieux Clermont. |
![]() Source - © 2012 — Pierre Thomas C'est la comparaison entre les dépôts clermontois (figure précédente) et ceux d'autres maar comme celui de Borée (cette figure) (cf. École de Terrain - Le volcanisme du Velay) qui a amené, entre autres, à l'interprétation actuelle (dépôts de maar) de la butte du Vieux Clermont. |
![]() Source - © 2011 — Pierre Thomas La taille des blocs montre la force de certaines des explosions à l'origine du maar. Ces blocs viennent du substratum. La figure suivante montre un détail du bas de la gauche du gros bloc de gauche, qui suggère sa nature gréseuse. |
![]() Source - © 2011 — Pierre Thomas Bloc de gauche de la figure précédente. Je ne me rappelle plus, 15 ans après, la nature de ce bloc déterminée sur place. Mais l'examen de la photo (avec sa résolution limitée) laisse penser qu'il s'agit d'un bloc de grès, grès grossier (connu localement sous le nom d'arkose de Royat) présent dans la moitié inférieure de la série stratigraphique de Limagne au niveau de Clermont-Ferrand (voir figure 20). Avec la résolution de la photo, on ne peut cependant pas exclure qu'il s'agisse d'un bloc de granite, qui constitue le socle de la série sédimentaire de Limagne. Le débit en dalle (strate) plaide aussi pour une origine sédimentaire. |
Très souvent, les souterrains et cavités présents sous les villes sont ce qui reste de carrières où étaient exploitées les pierres de construction ayant servi à bâtir la ville. Beaucoup de bâtiments parisiens, par exemple, sont faits avec des calcaires extraits de ce qui constitue maintenant les catacombes. Ce n'est pas le cas des caves de Clermont-Ferrand. La butte sur laquelle est bâtie la vieille ville est constituée d'un agglomérat facile à creuser, résistant à la charge, mais qui est une très mauvaise pierre de construction pour l'extérieur. D'ailleurs, quasiment aucune des maisons et autres bâtiments du vieux Clermont ne sont construits avec ce matériau. Le vieux Clermont est bâti majoritairement avec des roches volcaniques (basalte, trachyandésite), parfois avec des grès arkosiques, mais quasiment jamais avec cette brèche. Après l'époque romaine, Le Moyen-Âge voit un rétrécissement de la ville sur la butte, qui s'enferme dans ses murailles. La place se faisant rare, il deviendra alors naturel aux habitants de creuser leur sous-sol pour gagner des espaces nécessaires comme des garde-mangers, des parcs à bestiaux, des refuges en cas de conflit et surtout des caves à vin, pouvant abriter bouteilles et fûts de grande taille. Cette tendance à creuser/utiliser des caves pour la viticulture se poursuivra à la Renaissance et aux siècles suivants. En effet, et peu de gens (pas même les Auvergnats) le savent, l'Auvergne était une grande région viticole. L'écrivain, homme politique et évêque de Clermont, Sidoine Apollinaire (430-486), signale dans ses écrits que les vignobles prospéraient dans cette région du Massif Central dès le Ve siècle. Ces vignobles se développèrent tout au long des siècles, et la superficie des vignes atteignait 21 000 hectares à la fin du XVIIIe siècle, puis 34 000 hectares après la Révolution. Les principaux vignobles de ce qui est maintenant la commune de Clermont-Ferrand étaient situés sur les versants Sud des plateaux basaltiques des côtes de Clermont et de Chanturgue. La commune limitrophe d'Aubière était aussi une importante commune viticole. D'ailleurs, Aubière abrite aujourd'hui le Musée de la vigne et du vin de Basse -Auvergne (lien externe - nouvelle fenêtre).
Le département du Puy-de-Dôme cultivait environ 27 ou 28 000 ha de vignes (pour une production de 600 à 800 000 hl par an) durant la deuxième moitié du XIXe siècle, lorsque le phylloxéra impacta sérieusement les vignobles du Midi dans les années 1860. Les départements situés plus au Nord, dont le Puy-de-Dôme, bénéficièrent alors d'un surcroit de demande. C'est pourquoi, dans le Puy-de-Dôme, le vignoble s'accrut notablement après 1880 jusqu'à dépasser les 40 000 ha. En 1885, le Puy-de-Dôme est le troisième département français pour la production viticole. Mais dès 1890, le phylloxéra atteignait le département, alors même que les régions du Midi commençaient à s'en remettre. Production et vignoble auvergnats régressèrent alors fortement et irrémédiablement pour quasiment disparaitre dans le courant du XXe siècle. Toute cette histoire du vignoble auvergnat est inspirée de la page Wikipédia Côtes d'Auvergne – Période moderne(lien externe - nouvelle fenêtre).
On peut noter que depuis la fin du XXe siècle, la production reprend (une production de qualité, cf. le site AOC Côtes d'Auvergne(lien externe - nouvelle fenêtre)), mais les caves de Clermont-Ferrand ne sont plus utilisées.
Nous vous montrons ci-après quatre figures attestant de la vocation viticole des caves du vieux Clermont.
![]() Source - © 2011 — Pierre Thomas |
![]() Source - © 2011 — Pierre Thomas |
![]() Source - © 2011 — Pierre Thomas |
![]() Source - © 2011 — Pierre Thomas |
![]() Source - © 2025 — Géoportail À l'époque, on ne parlait pas de Clermont-Ferrand car les villes de Clermont et de Montferrand étant séparées. Sur cette carte colorisée, les vignes sont figurées par des petites surcharges bleues. On voit que tout le Nord de Clermont (en particulier le secteur de Chanturgue, là où était situé le plus réputé des vignobles d'Auvergne) était planté de vignes, ainsi que les collines au Sud d'Aubière. |
![]() Source - © - — Fonds de la bibliothèque du patrimoine de Clermont-Ferrand Cette ordonnance prouve que déjà sous le règne de Louis XV certaines caves étaient bien vielles et menaçaient ruine. |
Quand on sort des caves, on débouche dans la vieille ville parcourue de nombreuses petites rues, ainsi que sur des places plus modernes. Dans ce vieux Clermont, on voit alors que la majorité des maisons privées comme des églises et bâtiments publics sont construits en pierres volcaniques sombres (basalte, trachyandésite = mugéarite = pierre de Volvic). C'est en particulier le cas de la cathédrale. Certains bâtiments, très minoritaires, utilisent des grès feldspathiques clairs, des arkoses, comme on en trouve à Royat (à 3 km au Sud-Ouest, ou à Montpeyroux, à 18 km au Sud-Est). C'est le cas de la basilique Notre-Dame-du-Port (le mot “Port” signifie “porte” car la basilique était située près des remparts, et n'indique aucune activité batelière). Les marnes de Limagne sont de trop mauvaises pierres de construction pour avoir été employées ; et les calcaires durs, pourtant présents à quelques kilomètres au Sud (cf., par exemple, L'évolution des carrières souterraines : un exemple à Romagnat, Puy-de-Dôme) n'ont quasiment pas été utilisés dans le vieux Clermont.
![]() Source - © 2012 — Luis Alfonso Escudero – CC BY-SA 3.0 Construite en trachyandésite (= mugéarite = pierre de Volvic, village situé à 12 km au Nord), la cathédrale date du XIIIe siècle, sauf les deux tours qui ont été rajoutées par Viollet-le-Duc (seconde moitié du XIXe siècle). Le sous-sol autour de la cathédrale est un véritable “gruyère”. |
![]() Source - © 2011 — Pierre Thomas Cette église est bâtie en grès feldspathiques clairs, des arkoses, provenant de carrières situées à Montpeyroux (à 18 km au Sud). Des roches volcaniques sombres ont été utilisées, notamment pour mettre en valeur tel ou tel élément de la construction. C'est le cas de la porte détaillée sur la photo de gauche. |
Si les pierres du croissant de maar se voient bien à condition de pouvoir pénétrer dans les caves, la morphologie de cet édifice volcanique est totalement invisible, en partie à cause de son âge (160 000 ans, un des plus vieux volcans de la Chaine des Puys), de son recouvrement partiel par une coulée de lave plus tardive, mais surtout parce que les aménagements urbains le masquent complètement. Pour le caractériser, on en est réduit à étudier les cartes et autres publications géologiques.

Source - © - — Repris et simplifié d'après leblogdeteo et carte volcanologique de la chaine des Puys (2019)
Cette coupe a été obtenue en croisant les résultats d'observations de travaux de surface (fondations…), de forages à des fins géotechniques, et d'un forage scientifique destiné à étudier les évènements volcaniques et climatiques ayant eu lieu depuis la glaciation rissienne (forage qui n'a pas atteint le fond du lac de cratère). Les caves sont localisées par le rectangle rouge.
![]() Source - © 2025 — D'après BRGM / Google Earth, modifié D'avant en arrière, on voit le socle hercynien (couleur dominante rose), puis la plaine de Limagne (couleur dominante jaune) puis de nouveau le socle hercynien (avec les Alpes en arrière-plan). Les roches volcaniques sont figurées en bleu ou en vert. J'ai renforcé en vert les limites du maar de Clermont, invisible dans la morphologie, trait vert épais sur la carte géologique, très mince sur la photo aérienne pour qu'on voie bien son absence d'expression dans la morphologie. J'ai localisé (en violet) les principaux vignobles qui existaient dans les environs immédiats de Clermont-Ferrand au XIXe siècle. |
![]() Source - © 2025 — D'après BRGM / Google Earth, modifié Le trait vert localise la limite du maar telle qu'elle est cartée sur carte volcanologique de la Chaine des Puys à 1/250 000. Le trait marron représente la limite des dépôts de maar et le trait bleu la coulée dite de Royat venant de l'Ouest. La zone hachurée en bleu foncé juste au Sud de maar (dans le quartier des Salins pour les Clermontois) localise ce que la légende de la carte de Clermont-Ferrand à 1/50 000 appelle « zone d'émergences hydro-minérales » d'où sortent à l'occasion de travaux eaux minéralisées et CO2, ayant entrainé parfois des phénomènes de jaillissement. D'autres sources minérales sortent aussi près de la bordure Nord du maar (cf., par exemple, la fontaine pétrifiante de Saint-Alyre(lien externe - nouvelle fenêtre)). |

Source - © 2025 — Google Earth Street View
Il y avait une source jaillissante dans ce secteur, bien que ce jaillissement n'ait rien à voir ici avec l'artésianisme (cf. Puits artésien alimentant une cressonnière dans l'extrême Ouest de l'Artois, Brêmes (près d'Ardres), Pas de Calais). Le nom du quartier (les Salins) indique aussi la présence de sources minéralisées. On ne voit plus aujourd'hui ni jaillissement ni sources minéralisées dans ce quartier, sauf temporairement à l'occasion du creusement de fondations.
Nous vous montrons maintenant trois photographies du cadre morphologique de la ville de Clermont-Ferrand, vues depuis le Nord, le Sud-Est et le Sud, complémentaires des figures 21 et 22 vues depuis l'Ouest.
![]() Source - © 2019 — D'après la notice de la carte volcanologique de la Chaine des Puys à 1/250 000, modifié Le maar de Clermont-Chamalières est localisé par l'ellipse en pointillés rouges. Les plus fameux vins d'avant la crise du phylloxéra poussaient sur les flancs Sud et Est de la colline de Chanturgue. |
![]() Source - © 2025 — Google Earth Street View Au XIXe siècle, une grande part des pentes entre le site de la prise de vue et la ville de Clermont-Ferrand était plantée de vignes. Au-delà de la ville (dont on voit bien la cathédrale sur la gauche), on repère de gauche (SE) à droite (O) le plateau de Gergovie, coulée basaltique miocène en position d'inversion de relief comme les Côtes de Clermont d'où est prise la photo, et au-delà de l'escarpement de la faille de Limagne, quelques volcans de la Chaine des Puys, dont le Puy de Dôme à droite. Le maar de Clermont, qui se situe au pied à gauche de la cathédrale n'est pas discernable. |
![]() Source - © 2019 — Pierre Thomas On voit très bien les volcans de la Chaine des Puys “posés” sur le plateau des Dômes, plateau séparé de la Limagne, dans laquelle est située la ville de Clermont-Ferrand, par l'escarpement de la faille de Limagne. La flèche noire localise la cathédrale et le maar (invisible) situé à son pied. |
![]() Source - © 2025 — D'après Google Earth Street View Au-delà de la ville (on devine la cathédrale indiquée par la flèche blanche), on voit de gauche (O) à droite (NE) quelques volcans de la Chaine des Puys, l'escarpement de la faille de Limagne, et, en avant dernier plan, le plateau des Côtes de Clermont, coulée basaltique miocène en position d'inversion de relief, comme le plateau de Gergovie d'où est prise la photo. Le maar de Clermont, qui se situe au pied à gauche de la cathédrale n'est pas discernable. |
Il reste maintenant à détailler ce qui était annoncé dans l'introduction : quelle est la relation (indirecte) entre ces caves clermontoises creusées dans des dépôts de maar et le développement de la ville depuis la fin du XIXe siècle jusqu'à nos jours, développement dû à la compagnie Michelin ?
La société Michelin a été fondée en 1889 par les frères Michelin, parisiens par leur père et auvergnats par leur mère. Cette dernière participait à l'exploitation d'une entreprise auvergnate spécialisée dans les tuyaux et courroies de freins pour charrettes. Après la faillite de cette entreprise, les frères Michelin la reprennent en 1889 et la transforment. Des circonstances conjoncturelles et familiales font que les frères s'intéressent à l'industrie naissante du caoutchouc, de son usage dans les pneumatiques (de vélo, puis d'automobile a essence à partir des années 1890) et cherchent à la développer. Mais pourquoi s'installer à Clermont-Ferrand, site qui n'est réputé ni pour ses plantations d'hévéas, ni pour son port permettant d'importer du latex en provenance du Brésil ? Outre un possible attachement au pays de leur mère, les frères Michelin cherchaient une ville avec une importante main d'œuvre immédiatement disponible et très bon marché. À la fin du XXe siècle, ils seraient partis au Maroc, au Bengladesh ou ailleurs en Asie à la recherche de cette main d'œuvre à bas cout. Mais à la fin du XIXe siècle, le phylloxéra avait jeté à la rue des centaines et des centaines de vignerons et ouvriers viticoles devenus chômeurs dans la région de Clermont-Ferrand, très peu touchée par la révolution industrielle du XIXe siècle. Main d'œuvre bon marché et prête à tout pour avoir un emploi, une aubaine pour les frères Michelin et leurs futurs actionnaires.
Les caves de Clermont-Ferrand et l'installation de Michelin dans cette ville sont donc deux conséquences, l’une directe et l’autre indirecte, du passé viticole de Clermont-Ferrand et de sa région.

Source - © 2025 — Google Earth Street View
Cette photo montre une vigne plantée sur la commune de Clermont-Ferrand, au pied de la colline de Chanturgue où était cultivées les vignes produisant le plus fameux des vins d'Auvergne. Cette colline de Chanturgue est un prolongement du plateau des Côtes de Clermont, coulée basaltique miocène en position d'inversion de relief. Des viticulteurs commencent à réimplanter des vignes sur les flancs Sud des plateaux de Chanturgue et des Côtes de Clermont, sur les zones qui ont échappé à l'urbanisation. Les drapeaux à gauche de la photo sont disposés à l'entrée de l'École nationale supérieure d'architecture de Clermont-Ferrand. Apprend-on à creuser des caves viticoles dans cette école d'architecture ?

Source - © 2019 — Pierre Thomas
On voit, au centre gauche, la cathédrale dont les pierres noires se détachent par rapport au reste de la ville. La cathédrale est bâtie sur une “butte” qui domine le reste de la ville d'une vingtaine de mètres. C'est dans cette butte constituée par des brèches de maar que sont creusées les caves. Cette butte, difficile à discerner sur cette photo mais bien visible quand on est à son pied, domine la dépression du maar, qui elle est invisible de loin comme de près. En bas à droite de la photo, on voit le bas de la colline de Chanturgue. Cette colline était totalement couverte de vignes jusque vers 1890, vignes dont le vin était stocké dans les caves du vieux Clermont, sous la cathédrale. Le phylloxéra a complètement fait disparaitre ces vignes à partir de 1890. Cette photo datant de 2019 montre que de nouvelles parcelles de vigne sont replantées sur la colline de Chanturgue. Cette crise du phylloxéra a mis au chômage des centaines de vignerons et d'ouvriers agricoles que Michelin a pu embaucher à bas cout. Les usines (Michelin) qu'on voit dans le quart inférieur gauche de l'image sont les “descendantes” des premières usines de la fin du XIXe siècle. Le voisinage entre les vignes (récentes) de Chanturgue et les usines (récentes) de Michelin, avec au fond la butte de la cathédrale et ses caves, est un résumé de l'histoire sociale de Clermont-Ferrand.

Source - © 2025 — D'après BRGM / Google Earth
























