Image de la semaine | 09/12/2019

Le cadre géologique des lignes, dessins et autres géoglyphes de Nazca, Pérou

09/12/2019

Pierre Thomas

Laboratoire de Géologie de Lyon / ENS Lyon

Olivier Dequincey

ENS Lyon / DGESCO

Résumé

Le plateau de Nazca, piémont surélevé et incisé, et ses dessins au sol non remaniés du fait du climat aride.


Vue aérienne sur l'extrémité d'un plateau situé entre des rios, disséqué par l'érosion et recouvert de géoglyphes et de lignes mystérieuses, plateau de Nazca, Pérou

Figure 1. Vue aérienne sur l'extrémité d'un plateau situé entre des rios, disséqué par l'érosion et recouvert de géoglyphes et de lignes mystérieuses, plateau de Nazca, Pérou.

On voit ici quelques géoglyphes, des lignes (principalement orientées de gauche à droite et un oiseau “stylisé” dit le « colibri ». Les trois figures suivantes montreront des vues plus rapprochées de ce colibri à l'extrémité du plateau. Ces géoglyphes ont été fait par la civilisation pré-incaïque dite de Nazca (−300 à +800 de notre ère) pour des raisons qui demeurent sujettes à débats. Pour tracer ces géoglyphes, les Nazcas ont “aménagé” un vaste cône de déjection complexe, recouvert de cailloux et disséqué après sa formation par une reprise de l'érosion. Cette reprise d'érosion est sans doute due à une surrection récente (plio-quaternaire) de la région de Nazca sous l'effet de la tectonique andine, conséquence de la subduction de la plaque Nazca sous l'Amérique du Sud. Ces figures, vieilles d'environ 2000 ans ont pu être conservées et sont encore visibles du fait du climat extrêmement aride (cf. Barkhanes, champ de dunes, Chandelier de Paracas et autres aspects du désert côtier péruvien). La rareté des pluies limite l'érosion et le couvert végétal. Le « colibri », qui mesure 50 m entre l'extrémité du bec et le bout de sa queue, donne l'échelle.




Vue détaillée sur le « colibri », géoglyphe du plateau de Nazca, Pérou

Figure 4. Vue détaillée sur le « colibri », géoglyphe du plateau de Nazca, Pérou.

colibri mesurant 50 m entre l'extrémité du bec et le bout de sa queue.


Le désert côtier du Pérou, prolongation Nord du désert d'Atacama, est l'une des régions les plus sèches du monde. Cette sécheresse est due, entre autres, à un courant froid, le courant de Humboldt (cf. Barkhanes, champ de dunes, Chandelier de Paracas et autres aspects du désert côtier péruvien). La ville de Nazca est, avec la capitale Lima, une des rares grandes villes de ce désert. Les environs de Nazca sont mondialement célèbres pour leurs lignes, “pistes” et autres géoglyphes, célèbres aussi bien chez les spécialistes et amateurs des civilisations précolombiennes que chez les ufologues et autres amateurs d'inexpliqué et de sensationnel. Ces figures d'origine purement humaine datent de la civilisation dite de Nazca qui vivait dans cette région de −300 à +800 de notre ère. Elles ont été dessinées pour des raisons qui restent mal comprises, à la surface d'un vaste plateau de dimension d'environ 30 x 50 km et à une altitude comprise entre 400 et 600 m. Ces figures, vieilles d'environ 2000 ans ont pu être conservées et sont encore visibles du fait du climat extrêmement aride. En effet, la rareté des pluies (au moins depuis la fin de la dernière glaciation il y a environ 15 000 ans) limite l'érosion et le couvert végétal.

Ce plateau a la signification d'un piémont “fossile”. Un piémont, au sens géomorphologique, correspond à une vaste plaine située au pied d'un massif montagneux. Les piémonts (ou piedmonts) sont formés de la coalescence des cônes de déjection des différents cours d'eau qui descendent des montagnes en charriant et déposant tous les produits qu'ils transportaient, alluvions constituées de galets, graviers, sables, argiles... Le plateau de Nazca est perché à plus 100 m au-dessus du niveau de base, et correspond donc à un ancien piémont que la tectonique andine a surélevé depuis quelques millions d'années et qui s'est fait entaillé par les rivières descendant des Hautes Andes. Des torrents généralement à sec peuvent parfois couler à la surface de ce plateau lors d'évènements el Niño particulièrement vigoureux et l'éroder légèrement.

À Nazca, il existe un aéroport qui propose aux touristes des survols de ce plateau dans le but d'admirer lignes et autres dessins. Et en plus d'admirer ces figures, on peut aussi examiner ce piémont perché, ses rebords, les rios à sec parcourant sa surface…

Dans un premier temps (figures 5 à 16) nous examinerons la morphologie de ce plateau. Dans un deuxième temps, et bien qu'on soit à la limite de la géologie (rappelons que les Nazcas ne connaissaient pas l'écriture, que l'on est donc dans le domaine de la préhistoire et que la limite géologie-préhistoire est “floue”), nous nous attarderons sur le substratum de ces lignes et autres dessins ainsi que sur ces dessins eux-mêmes (figures 17 à 34).

Vue aérienne sur l'extrémité Nord-Est du plateau de Nazca, plateau portant ses fameux et énigmatiques géoglyphes et autres lignes

Figure 5. Vue aérienne sur l'extrémité Nord-Est du plateau de Nazca, plateau portant ses fameux et énigmatiques géoglyphes et autres lignes.

Ce plateau a, ici, une altitude de 475 m, et domine la rivière de gauche de 125 m (lit de la rivière à 350 m d'altitude), ce qui montre l'importance de l'érosion depuis que ce plateau s'est formé par coalescence de cônes de déjection issus des torrents venant des Andes.


Image aérienne du même secteur du plateau de Nazca que sur l'image précédente

Figure 6. Image aérienne du même secteur du plateau de Nazca que sur l'image précédente.

On voit bien que ce plateau (où l'on devine les fameuses lignes) est constitué de la coalescence de cônes de déjection, et constitue maintenant un “piémont perché” (ou inversé). L'horizon est barré par une surface plate et inclinée. Un ancien glacis ou une ancienne surface d'érosion “perché” ? Cela montre l'importance des mouvements verticaux sans déformations de type pli ni chevauchement dans ce secteur des Andes côtières.


Image aérienne plus lointaine du même secteur du plateau de Nazca que sur l'image précédente

Figure 7. Image aérienne plus lointaine du même secteur du plateau de Nazca que sur l'image précédente.

La punaise rouge localise la ville de Nazca, la flèche rouge la bordure du plateau des deux images précédentes. On voit bien que ce plateau (où l'on devine encore quelques fameuses lignes) est constitué de la coalescence de cônes de déjection, et constitue maintenant un “piémont perché” (ou inversé). La surface plate et inclinée que l'on voyait par la tranche sur l'image précédente se voit maintenant “de dessus”. Un ancien glacis ou une ancienne surface d'érosion “perché” ? Cela montre l'importance des mouvements verticaux sans déformations de type pli ni chevauchement dans ce secteur des Andes.


Image aérienne encore plus lointaine du même secteur du plateau de Nazca que sur l'image précédente

Figure 8. Image aérienne encore plus lointaine du même secteur du plateau de Nazca que sur l'image précédente.

Le plateau de Nazca est limité par le tracé rouge (jaune dans le secteur des figures 5 et 6) ; la punaise rouge localise la ville de Nazca. On voit bien que ce plateau est constitué de la coalescence de cônes de déjection, et constitue maintenant un “piémon perché” (ou inversé). La surface plate et inclinée que l'on voyait par la tranche sur l'image précédente se voit maintenant “de dessus”. Un ancien glacis ou une ancienne surface d'érosion “perché” ? Cela montre l'importance des mouvements verticaux sans déformations de type pli ni chevauchement dans ce secteur des Andes.


Vue du rebord Sud du plateau de Nazca, Pérou

Figure 9. Vue du rebord Sud du plateau de Nazca, Pérou.

Ce côté Sud du plateau a environ la même altitude qu'au Nord (environ 500 m), mais la rivière qui le limite s'est beaucoup moins enfoncée (moins de 40 m, contre plus de 100 m au Nord). Sur le plateau, les rios généralement à sec mais pouvant couler lors des évènements el Niño sont plus abondants au Sud qu'au Nord. Des lignes et autres figures sont bien visibles.


Vue du rebord Sud du plateau de Nazca, Pérou

Figure 10. Vue du rebord Sud du plateau de Nazca, Pérou.

Ce côté Sud du plateau a environ la même altitude qu'au Nord (environ 500 m), mais la rivière qui le limite s'est beaucoup moins enfoncée (moins de 40 m, contre plus de 100 m au Nord). Sur le plateau, les rios généralement à sec mais pouvant couler lors des évènements el Niño sont plus abondants au Sud qu'au Nord. Des lignes et autres figures sont bien visibles.


Vue du rebord Sud du plateau de Nazca, Pérou

Figure 11. Vue du rebord Sud du plateau de Nazca, Pérou.

Ce côté Sud du plateau a environ la même altitude qu'au Nord (environ 500 m), mais la rivière qui le limite s'est beaucoup moins enfoncée (moins de 40 m, contre plus de 100 m au Nord). Sur le plateau, les rios généralement à sec mais pouvant couler lors des évènements el Niño sont plus abondants au Sud qu'au Nord. Des lignes et autres figures sont bien visibles.


Vue du centre du plateau de Nazca, Pérou

Figure 12. Vue du centre du plateau de Nazca, Pérou.

On note de très nombreux lits de petits cours d'eau temporaires, avec des tracés en tresse, qui ne coulent qu'exceptionnellement depuis la fin de la dernière glaciation. On note aussi que des reliefs dépassent du plateau. Il s'agit de reliefs préexistant à la formation du piémont par coalescence de cônes de déjection actifs. Ces reliefs étaient trop hauts pour être complètement ensevelis par les dépôts charriés par les cours d'eau de l'époque. Des lignes et autres figures sont localement bien visibles.


Vue du centre du plateau de Nazca, Pérou

Figure 13. Vue du centre du plateau de Nazca, Pérou.

On note de très nombreux lits de petits cours d'eau temporaires, avec des tracés en tresse, qui ne coulent qu'exceptionnellement depuis la fin de la dernière glaciation. On note aussi que des reliefs dépassent du plateau. Il s'agit de reliefs préexistant à la formation du piémont par coalescence de cônes de déjection actifs. Ces reliefs étaient trop hauts pour être complètement ensevelis par les dépôts charriés par les cours d'eau de l'époque. Des lignes et autres figures sont localement bien visibles.


Vue du centre du plateau de Nazca, Pérou

Figure 14. Vue du centre du plateau de Nazca, Pérou.

On note de très nombreux lits de petits cours d'eau temporaires, avec des tracés en tresse, qui ne coulent qu'exceptionnellement depuis la fin de la dernière glaciation. On note aussi que des reliefs dépassent du plateau. Il s'agit de reliefs préexistant à la formation du piémont par coalescence de cônes de déjection actifs. Ces reliefs étaient trop hauts pour être complètement ensevelis par les dépôts charriés par les cours d'eau de l'époque. Des lignes et autres figures sont localement bien visibles.


On peut faire de la chronologie relative entre le creusement des multiples petits lits (à sec la plupart du temps) qui parcourent la surface du plateau et les figures dessinées par les Nazcas. La majorité des intersections lits de cours d'eau / figures dessinées par les Nazcas montrent que les géoglyphes recoupent souvent les lits des cours d'eau temporaires. Depuis 2000 ans, il n'a pas coulé d'eau dans ces lits temporaires, ou il en a coulé trop peu et trop rarement pour effacer-éroder-recouvrir les géoglyphes. Cependant, quelques lits de ruisseaux recoupent et effacent les géoglyphes, en particulier les ruisseaux temporaires dont le lit est tapissé de cailloux et sable clairs. De l'eau a assez coulé dans ces quelques lits depuis 2000 ans pour, localement, effacer-éroder-recouvrir les géoglyphes.

Vues d'ensemble et de détail montrant la chronologie relative entre les lits de ruisseaux (à sec) et les géoglyphes, plateau de Nazca, Pérou

Figure 15. Vues d'ensemble et de détail montrant la chronologie relative entre les lits de ruisseaux (à sec) et les géoglyphes, plateau de Nazca, Pérou.

La “piste” qui traverse la photo en diagonale est bordée des deux côtés par une ligne de cailloux. Dans la majorité des cas d'intersection, cette ligne de cailloux est visible au fond du lit des ruisseaux. Ces ruisseaux ont été creusés il y a plus de 2000 ans et le peu d'eau qui y a éventuellement coulé depuis n'a pas été assez “puissant” pour déplacer ces bordures de cailloux. Par contre, on ne voit plus ces bordures de cailloux traverser les lits des ruisseaux à fond clair. Ce type de ruisseau (malgré tout temporaire) a eu un débit cumulé suffisant depuis 2000 ans pour déplacer-recouvrir ces lignes de cailloux faites par les Nazcas.


Localisation de la ville et du plateau de Nazca (punaise rouge), Pérou

Figure 16. Localisation de la ville et du plateau de Nazca (punaise rouge), Pérou.

Localisation par fichier kmz de la ville et du plateau de Nazca (Pérou).

On note que c'est à ce niveau que subduit une ride asismique, la ride de Nazca, sans doute due à un alignement de volcans d'un point chaud (comme la ride de l'Empereur due au point chaud d'Hawaï). La position de ce point chaud est discutée : l'ile de Pâques ou l'ile Sala y Gomez. Les importants mouvements verticaux à ce niveau de la zone de subduction seraient à relier à cette subduction d'une ride asismique. Un résumé de la géologie de cette ride et une bibliographie sont consultables sur wikipedia.


Pour dessiner leurs lignes et autres dessins, les Nazcas ont profité d'une particularité de la géologie du plateau, particularité due entre autres au climat sec qui y règne. Les cailloux en surface sont recouverts d'une patine sombre riche en oxyde de fer : la patine du désert (cf. Les extrémophiles dans leurs environnements géologiques - Un nouveau regard sur la biodiversité et sur la vie terrestre et extraterrestre, ou Les déplacements du fer dans les grès Navajo, plateau du Colorado (États-Unis d'Amérique)). Sous ces roches de surface, le sol est plus clair, car dépourvu de patine et contenant un faible pourcentage de gypse. Pour tracer leur géoglyphes, les Nazcas ont déblayé les cailloux du centre de leurs lignes pour les aligner, les accumuler sur leurs bordures. La ligne est ainsi visible comme une marque claire bordée de traits sombres.

Vue de la surface du plateau de Nazca depuis la route panaméricaine qui le traverse

Figure 17. Vue de la surface du plateau de Nazca depuis la route panaméricaine qui le traverse.

Les trainées claires du premier plan proviennent du remblai sur lequel est bâtie la route, sable clair extrait d'une gravière creusée dans le lit d'un rio voisin.



Les lignes de Nazca vues du sol

Figure 19. Les lignes de Nazca vues du sol.

Les Nazcas ont enlevé les cailloux sombres, ce qui a laissé apparaitre le sol plus clair. Ils ont parfois accumulé ces cailloux sur le bord des lignes.


Les lignes de Nazca vues du sol

Figure 20. Les lignes de Nazca vues du sol.

Les Nazcas ont enlevé les cailloux sombres, ce qui a laissé apparaitre le sol plus clair. Ils ont parfois accumulé ces cailloux sur le bord des lignes.


Les lignes et dessins de Nazca ne se découvrent dans leur plénitude que vus du ciel, ce qui pose le problème, non parfaitement résolu, de la destination de ces figures et de leur mode de fabrication. Ces mystères n'empêchent pas d'admirer ces figures vues d'avion, ce que n'ont jamais pu faire leurs réalisateurs. Nous allons vous montrer six “dessins” d'animaux et un dessin d'humain, chacun étant vu de loin puis de plus près. Chaque dessin mesure entre 50 et 150 m dans sa plus grande dimension, mais la taille exacte est difficile à estimer précisément depuis le hublot d'un petit avion. Ces dessins ont tous un “nom”, donné à cause d'une ressemblance plus ou moins évidente avec un animal (ou un “type” d'humain). Sur chaque photographie, on voit aussi des lignes plus ou moins larges, les plus larges et longues ressemblant à des pistes d'atterrissage, d'où leur nom de “pistes”.

Le « perroquet », vue générale, plateau de Nazca, Pérou


Le « condor », vue générale, plateau de Nazca, Pérou


L'« araignée », vue générale, plateau de Nazca, Pérou


Le « singe », vue générale, plateau de Nazca, Pérou




La « baleine », vue générale, plateau de Nazca, Pérou


Le « cosmonaute », vue générale, plateau de Nazca, Pérou

Figure 33. Le « cosmonaute », vue générale, plateau de Nazca, Pérou.

Le « cosmonaute » est nommé ainsi par les ufologues qui trouvent que le visage ressemble à un casque de cosmonaute.


Le « cosmonaute », vue rapprochée, géoglyphe du plateau de Nazca, Pérou

Figure 34. Le « cosmonaute », vue rapprochée, géoglyphe du plateau de Nazca, Pérou.

Le « cosmonaute » est nommé ainsi par les ufologues qui trouvent que le visage ressemble à un casque de cosmonaute.