Mots clés : fer, minerai, mine, exploitation minière, Alpes, Belledonne

Allevard, Belledonne et le fer

Romain Bouchet Bert-Manoz

ENS Lyon - Laboratoire de Géologie de Lyon

Pierre Thomas

ENS Lyon - Laboratoire de Géologie de Lyon

Olivier Dequincey

ENS Lyon / DGESCO

18/03/2013

Résumé

Exploitation du fer et développement industriel d'une vallée alpine en bordure du massif de Belledonne.


Située dans le département de l'Isère (38), la commune d'Allevard repose aujourd'hui sur des activités touristiques (station de sport d'hiver et d'été) et des activités de cures thermales. Néanmoins, le passé de cette commune a été agité puisqu'il s'agissait au Moyen-Âge d'un des plus grands sites européens d'exploitation du fer.

Le contexte géologique

Géologiquement parlant, Allevard se situe à la limite Nord-Ouest des massifs cristallins externes des Alpes, une zone qui commence au niveau du Mont Blanc, au Nord, pour s'étendre jusqu'au Pelvoux, au Sud. Cette bande de roches, majoritairement hercyniennes, séparée par failles de sa couverture jurassique, est également connue pour sa grande richesse minérale. Si les quartz et autres cristaux aux formes et couleurs fantastiques du massif du Mont Blanc et des Aiguilles Rouges sont très connus, de nombreux minerais comme l'argent ou le fer ont permis le développement industriel de plusieurs vallées alpines comme la Maurienne, l'Oisans ou encore le vallon d'Allevard.

En regardant de plus près la carte géologique simplifiée, le vallon d'Allevard est situé au voisinage d'un faisceau de failles séparant un domaine sédimentaire (majoritairement mésozoïque), à l'Ouest, et un domaine métamorphique et granitique, à l'Est. Les diverses mines de fer ou concessions se situent près de la limite entre les deux domaines, au niveau des micaschistes du rameau externe. Cette formation micaschisteuse a été peu étudiée, son âge est d'ailleurs incertain, du Carbonifère au Précambrien suivant les auteurs. Son origine est également peu connue ; il s'agirait de fossés subsidents anté-hercyniens tectono-métamorphisés lors de l'orogenèse hercynienne. C'est dans ces micaschistes que l'on retrouve la majorité des nombreuses minéralisations.

Ces mines de fer du secteur d'Allevard font partie d'un district ferrifère plus vaste qui s'étend au Nord-Nord-Ouest du Massif de Belledonne, de la vallée de l'Arc à celle de la Romanche, soit sur 70 km de long, toujours au voisinage des failles séparant le socle hercynien de la couverture jurassique.

Figure 1. Carte géologique simplifiée du vallon d'Allevard d'après M. Gidon (1977)

Carte géologique simplifiée du vallon d'Allevard d'après M. Gidon (1977)

Nous retrouvons d'Ouest en Est trois grands domaines géologiques, un sédimentaire, un métamorphique et enfin un plutonique. Les logos indiquent la position de mines de fer ou concession, exclusivement dans les micaschistes dans ce secteur, mais au voisinage immédiat des failles séparant socle micaschisteux et couverture sédimentaire.

Carte géologique simplifiée des Alpes occidentales, du Léman à Digne, au 1/250.000, Édition Didier et Richard et BRGM.


Figure 2. Extrait de la carte géologique de France au 1/1.000.000 montrant le massif de Belledonne et ses environs

Extrait de la carte géologique de France au 1/1.000.000 montrant le massif de Belledonne et ses environs

Chaque astérisque jaune correspond à une ancienne mine de fer indiquée sur les cartes géologiques au 1/50.000. Le trait jaune correspond au tracé approximatif de la coupe de la figure suivante. La relation géométrique entre les failles bordière NO de Belledonne et les mines de fer est particulièrement évidente.


Figure 3. Coupe schématique du versant Nord-Ouest de Belledonne

Coupe schématique du versant Nord-Ouest de Belledonne

Les mines de fer sont localisées majoritairement dans les micaschistes (ξ) près du faisceau de failles au centre de la coupe, parfois dans le Permien (r) ou le Trias (t).

[J = Jurassique moyen ; l = Lias (Jurassique inférieur) ; h = Carbonifère ; λ, δ et ζ = amphibolites, métagranites et autres roches très métamorphiques]

Voir tracé de la coupe sur la figure précédente.

Extrait de la carte géologique BRGM 1/50.000 de Domène.


Figure 4. Localisation, en vue oblique, des anciennes mines de fer indiquées sur les cartes géologiques au 1/50.000 entre la vallée de l'Arc (à gauche) et la vallée de la Romanche, région de Vizille (à droite)

Localisation, en vue oblique, des anciennes mines de fer indiquées sur les cartes géologiques au 1/50.000 entre la vallée de l'Arc (à gauche) et la vallée de la Romanche, région de Vizille (à droite)

La localisation de ces mines au pied Nord-Ouest de Belledonne est évidente.


Les minéralisations

Le flanc Nord-Ouest de Belledonne a été affecté par un hydrothermalisme important, avec de nombreux filons, principalement de quartz, associés à du carbonate de fer [sidérite (anciennement appelée sidérose) FeCO3], le principal minerai extrait, parfois à de la pyrite (FeS2) et à d'autres minéraux plus complexes et moins fréquents. L'origine de ces minéralisations est également assez peu contrainte.

Si, dans les environs immédiats d'Allevard, tous les filons sont dans les micaschistes, si jamais ces filons atteignent le Jurassique inférieur, certains filons et zones minéralisées se développent dans les grès permiens. Une ancienne mine (Le Molliet, à 2 km à l'Est d'Arvillard) exploite des minéralisations qui se sont développées sur une faille mettant en contact socle et Trias. La proximité et le parallélisme avec le faisceau de faille bordant Belledonne au Nord-Ouest, ainsi que la présence de minéralisations affectant ces failles, laissent supposer que ces failles ont un rôle majeur.

Ces failles qui sont actuellement des failles inverses ayant joué au Cénozoïque lors de la « compression alpine », étaient vraisemblablement des failles normales ayant fonctionné au Jurassique lors de la formation de la marge alpine. La présence de terrains houillers laisse supposer que cette région a été affectée par une extension tardi-hercynienne avec développement de grabens au Carbonifère supérieur.

L'origine du quartz comme minéral est logique puisque le quartz est abondant dans les micaschistes, et que c'est l'un des premiers minéraux à se dissoudre dans l'hydrothermalisme continental. La présence de carbonates (notamment de fer), souvent en association avec le quartz, marque la présence de fluides riches en carbone en association avec des fluides silicatés. La source du carbone pourrait être directement issue des micaschistes, dont le protolithe, des argiles et grès, pouvait posséder assez de carbone. Mais il y a aussi, dans le secteur externe de Belledonne, des compartiments de sédiments du Carbonifère, très riches en matière organique, qui pourraient également être une source de carbone en profondeur.

L'origine de ces minéralisations est donc très vraisemblablement polyphasée : (1) peut-être, une première concentration dans les micaschistes lors des événements hercyniens et surtout tardi-hercyniens, (2) sans doute, une remobilisation de ce fer "primaire" par des circulations de fluides accompagnant l'extension mésozoïque, (3) vraisemblablement, une deuxième remobilisation de ce fer "secondaire" lors des circulations de fluides accompagnant les jeux de failles cénozoïques dues à la compression alpine. La part relative de ces 3 épisodes possibles n'est pas claire.

Il est à noter que l'hydrothermalisme n'est pas totalement fini dans la région. Allevard est souvent appelé « Allevard-les-Bains », car on y exploite à des fins médicales une eau à 17°C, sulfurée, chlorurée, sodique et calcique, carbo-gazeuse et sulfhydrique. Une autre station thermale, Uriage-les-Bains, avec des eaux peu différentes est exploitée à l'autre extrémité de Belledonne. Ce ne sont pas des eaux avec cette composition et cette température qui ont déposé quartz, sidérite et pyrite, mais cela montre que des eaux continuent à circuler à une relative profondeur dans le secteur.

Aujourd'hui, nous retrouvons rarement la sidérite pure car les filons ont été largement exploités et le peu qui reste dans les déblais ou les micro-filons a été exposé à l'air et à l'eau, ce qui a permis en quelques siècles la formation de limonite, un agrégat d'hydroxyde de fer parmi lequel figure la goethite [FeO(OH)]. Ces hydroxydes se sont aussi formés de façon naturelle lorsque les principaux filons affleuraient, ce qui a facilité l'exploitation et le traitement. Même lorsqu'elle est protégée de l'altération, la sidérite n'est pas pure à cause de la forte proportion en autres éléments comme le manganèse ou le cobalt mais ce sont ces ajouts qui ont permis des alliages métalliques plus solides.

Les beaux échantillons avec beaux cristaux sont très difficiles à trouver aujourd'hui dans ce qui reste des anciennes exploitations et des anciens déblais. On peut, par contre, en voir dans les musées régionaux (Allevard, Saint-Georges-d'Hurtières, Grenoble…) et en trouver dans de "vieilles" collections.

Figure 5. Affleurement naturel tel qu'on peut en voir sur le bord du « sentier du fer »

Affleurement naturel tel qu'on peut en voir sur le bord du « sentier du fer »

Cet affleurement montre l'association de sidérite (en brun plus ou moins violacé, car partiellement retransformée en hydroxyde) avec du quartz (en blanc) dans la roche mère (micaschiste, en gris).


Figure 6. Échantillon montrant un petit filon de sidérite (Fe2O3) recoupant un granite

Échantillon montrant un petit filon de sidérite (Fe2O3) recoupant un granite

Cet échantillon ne vient pas de Belledonne (mais de Haute Loire) ; mais on pourrait trouver des filons identiques traversant des micaschistes en se promenant dans la région d'Allevard.


Figure 7. Détail du petit filon de sidérite (Fe2O3) recoupant un granite

Détail du petit filon de sidérite (Fe2O3) recoupant un granite

La sidérite est en général de couleur marron, parfois assez noire (riche en manganèse). Le cœur du filon est occupé par de la silice, blanche en périphérie, rose à l'extrême cœur. Cette variation minéralogique des bords du filon vers son cœur montre que la chimie des fluides et/ou les conditions P et T ont varié au cours de la formation de ce filon.


Figure 8. Échantillon de sidérite avec cristaux automorphes, région de Vizille

Échantillon de sidérite avec cristaux automorphes, région de Vizille

Le haut de l'échantillon représente un beau miroir de faille, illustrant bien la relation faille/minéralisation hydrothermale dans la région de Belledonne. Cet échantillon provient de la région de Vizille, au Sud de Belledonne.


Figure 9. Échantillon provenant d'une ancienne collection et légendé « région d'Allevard »

Échantillon provenant d'une ancienne collection et légendé « région d'Allevard »

On voit très bien des cristaux de sidérite, de forme rhomboédrique, de couleur brune et de taille centimétrique. Ces cristaux de sidérite sont localement recouverts de cristaux de quartz. On retrouve la même chronologie que dans l'échantillon de Haute Loire, ci-dessus (filon recoupant un granite).


L'exploitation du fer

Historique

Les mythes et les légendes sont nombreux au sujet d'Allevard et de son fer, mais il a fallu attendre le XIème siècle pour avoir un premier document écrit attestant l'activité minière autour d'Allevard. Cependant, quelques traces existent et nous renseignent sur une activité encore plus ancienne. En plein âge du fer, on raconte que la bataille d'Allia (390 av. J.C.) fut gagnée grâce à des épées en « fer fort ». Cette bataille fut gagnée notamment par un peuple gaulois qui devint les Allobroges peu de temps après et qui se trouvait en Savoie. En associant le fait que le minerai de fer avec présence de manganèse était plus solide, il est possible que le fer d'Allevard ait été utilisé, il y a très longtemps, pour ses caractéristiques particulières. En tout cas, il devait y avoir une activité d'exploitation développée puisque Hannibal serait passé par le « pays du fer » (218 av. J.C.) et Jules César affirme lui-même, lorsqu'il soumet les Allobroges (1er siècle av J.C.), que ce peuple de la Gaule avait une habilité remarquable pour dégager le minerai de fer et le travailler.

Cependant il faut attendre le XIème siècle pour lire des premiers documents montrant l'implication des Chartreux, un ordre religieux apparu à la fin du XIème siècle. Ces derniers utilisaient le fer comme monnaie pour pallier les difficultés politiques. En 1170, ils obtiennent un vallon peu connu et très boisé, le Val de Bens où nous retrouvons aujourd'hui beaucoup de traces d'exploitation. Ce vallon se situait non loin de la Chartreuse de Saint-Hugon, un monastère annexe du grand monastère des Chartreux dans le massif voisin de la Chartreuse. Les Chartreux ont également apporté de nouvelles techniques d'exploitation, plus efficaces que les techniques du haut Moyen-Âge, mais ces techniques nécessitaient une puissance mécanique pour faire fonctionner des broyeurs et des fourneaux et cette énergie a été apportée par les puissants torrents que l'on retrouve dans les environs. C'est pour cela que la production du fer a migré jusqu'à la vallée, là où la hauteur de colonne d'eau était plus importante et, en 1478, on commence à fabriquer le fer à Allevard, même si le minerai de fer vient du pourtour de la ville.

Les guerres de religion et la concurrence d'autres pays européens vont affaiblir l'exploitation, mais l'exploitation faiblit aussi parce que le minerai principalement utilisé était la limonite, pour sa facilité de traitement et d'exploitation (on parle de minerai doux, facile à arracher de la montagne). Avec l'évolution des techniques d'exploitation, on s'intéresse de plus en plus à la sidérite qui permet tout de même d'avoir un minerai avec une teneur d'environ 30% (en masse) de fer. Cela permet l'ouverture en 1812 de plusieurs permis d'exploitation et la production monte en flèche jusqu'à la fin du siècle. Cette exploitation va s'essouffler au vu de la petite taille des filons (quelques fractions de mètres à une dizaine de mètres de largeur) et la concurrence est très forte à cette époque, même en France, avec l'acier de Lorraine. La fin officielle de l'exploitation s'est opérée en 1929, date à laquelle on arrête l'exploitation du minerai, mais la transformation de minerais importés persiste jusqu'à aujourd'hui où ces derniers sont utilisés à des fins de fabrication technique comme des ressorts, des disques d'abrasion ou encore des aimants (à Allevard et dans la vallée du Grésivaudan).

Figure 10. Production de fer dans la région d'Allevard, d'après Mémoire d'Allevard

Production de fer dans la région d'Allevard, d'après Mémoire d'Allevard

Nous voyons bien un maximum de production à la fin du XIXème, début du XXème siècle. Le maximum de production est atteint dans les années 1880, avec 65.000 t/an. Ces valeurs sont à comparer avec la production française actuelle de 16 millions de tonnes, ainsi qu'avec la production mondiale actuelle de 950 millions de tonnes (elle était d'environ 15 millions de tonnes en 1900).

D'après les données de l' International Iron and Steel Insitute .


Technique d'exploitation

Afin d'approcher les techniques d'exploitation, nous allons prendre l'exemple d'une ancienne mine à côté du village de Pinsot (38) où un sentier pédagogique, le sentier du fer, permet d'observer toutes les approches de l'activité d'extraction du fer.

Figure 11. Localisation du « sentier du fer » de Pinsot (point rouge)

Localisation du « sentier du fer » de Pinsot (point rouge)

Les deux traits noirs limitent les trois domaines géologiques, cristallin (granites, migmatites et gneiss), en haut, micaschistes, au milieu, et sédimentaire, en bas.


Figure 12. Cartes géologique et topographique (BRGM et IGN) montrant l'accès au « sentier du fer »

Cartes géologique et topographique (BRGM et IGN) montrant l'accès au « sentier du fer »

Il faut aller en direction du village de Pinsot, puis suivre la direction du hameau les Ayettes. Au bout de la route se trouve un parking qui donne accès directement au « sentier du fer ». Ce dernier n'est pas long, mais la pente est souvent forte. Au sommet se trouve une table d'orientation avec une vue générale sur le vallon et la chaîne de Belledonne. Tout au long du parcours, il y a de nombreux panneaux pour indiquer les différents lieux et curiosités à visiter. Sur la carte géologique sont indiqués deux grands filons de quartz verticaux, dans lesquels on retrouve de la sidérite en association.


Figure 13. Vues obliques géologique et topographique (BRGM et IGN) montrant l'accès au « sentier du fer »

Vues obliques géologique et topographique (BRGM et IGN) montrant l'accès au « sentier du fer »

Il faut aller en direction du village de Pinsot, puis suivre la direction du hameau les Ayettes. Au bout de la route se trouve un parking qui donne accès directement au « sentier du fer ». Ce dernier n'est pas long, mais la pente est souvent forte. Au sommet se trouve une table d'orientation avec une vue générale sur le vallon et la chaîne de Belledonne. Tout au long du parcours, il y a de nombreux panneaux pour indiquer les différents lieux et curiosités à visiter. Sur la carte géologique sont indiqués deux grands filons de quartz verticaux, dans lesquels on retrouve de la sidérite en association.


Cette mine datant du Moyen-Âge est loin d'être celle qui a eu le plus de production (la plus grande mine a été celle du Taillat, que l'on peut également visiter), mais elle donne un exemple typique des mines de fer autour d'Allevard.

Comme nous pouvons le voir sur la carte géologique détaillée, le petit massif de micaschistes est entrecoupé de filons de quartz verticaux (ce sont des droites sur la carte géologique).

Les filons de sidérite suivent les filons de quartz, mais ils sont plus étroits. Le filon principal exploité est ouvert à l'air libre au sommet de la montagne (symbole de mine sur la carte géologique), il s'agit de la première partie d'exploitation, la plus ancienne puisque l'altération naturelle avait transformé la sidérite en hydroxyde et que son traitement était plus facile. L'exploitation par le sommet (fosse à Maramelle, voir figures ci-dessous) a cependant été limitée par la présence d'eau dans la galerie. C'est pour cela que des galeries ont été creusées en aval mais horizontalement afin de recouper le filon. Ces galeries (la Petite et la Grande Fosse, voir ci-dessous) ont permis la plus grande production via l'extraction de la sidérite, dont les restes sont aujourd'hui retransformée en hydroxyde à cause de l'altération par l'air et par l'eau.

Figure 14. Gros plan sur l'encaissant, un micaschiste

Gros plan sur l'encaissant, un micaschiste

L'encaissant montre une couleur rouille, ce qui suggère une forte concentration initiale en fer, ou plus probablement une patine par des eaux superficielles riches en fer. Ce dernier a été concentré par les fluides notamment carbonés pour former massivement de la sidérite, un carbonate de fer que l'on trouve associé au quartz dans de puissants filons.


Figure 15. Entrée supérieure de la « Fosse à Maramelle » au niveau de la crête

Entrée supérieure de la « Fosse à Maramelle » au niveau de la crête

C'est le lieu d'exploitation initiale qui a été abandonné à cause d'inondation (le filon est vertical et donc l'eau de pluie arrive directement). L'accès est impossible sans matériel adéquat (au minimum une corde et un descendeur ou bloqueur).


Figure 16. Détail de la paroi à l'entrée de l'entrée supérieure de la « Fosse à Maramelle »

Détail de la paroi à l'entrée de l'entrée supérieure de la « Fosse à Maramelle »

On voit le filon de quartz (en blanc-jaune) sur lequel nous retrouvons encore des restes d'hydroxydes de fer (tâches marron) qui ont été les premiers minéraux à être exploités.


Figure 17. L'une des entrées de la « Grande Fosse »

L'une des entrées de la « Grande Fosse »

Pour recouper le filon vertical, les mineurs ont creusé des galeries horizontales en bas de montagne. Ces dernières sont très instables (mises en place au Moyen-Äge) et sont donc aujourd'hui fermées (barreaux métalliques empêchant l'accès).


Figure 18. Détail de la paroi dans la galerie de la « Grande Fosse »

Détail de la paroi dans la galerie de la « Grande Fosse »

Au fond, on retrouve un filon de sidérite (en marron-violet à cause des hydroxydes). On retrouve aussi des traces de l'activité avec des coups de piolet sur toute la longueur de la galerie.


Le traitement de cette sidérite se faisait dans la forge de Pinsot, au fond du vallon et avec l'aide du torrent du Breda comme source d'énergie mécanique pour le broyage. Après ce broyage, le traitement se faisait en deux étapes par hauts-fourneaux, en fabriquant, dans un premier temps, la fonte grâce à une forte température, puis un affinage par chauffage (décarburation) pour obtenir un fer métallique que l'on peut ensuite associer à d'autres éléments pour obtenir des alliages. Cependant, il y a encore des traces d'un premier procédé qui se faisait sur place, juste à côté de l'exploitation des filons. C'est un processus en une seule étape qui s'apparente à l'étape du haut-fourneau dans le procédé moderne. Il faut pour cela un four à griller et du charbon (de bois). Le principe consiste à réduire le fer par le monoxyde de carbone, ce dernier étant formé à haute température. À partir de charbon, donc de carbone, on peut réaliser la réaction d'oxydation (par l'air) C + O2  → CO2 puis, à haute température, on peut faire la réaction de Boudouard C + CO2  → 2 CO. Le monoxyde de carbone produit peut servir à la réduction du fer à haute température (au-dessus de 900°C) via l'équation simplifiée Fe2O3 + 3 CO → 2 Fe + 3 CO2 qui est exothermique et qui permettait le maintient de la réaction dans le fourneau. On pouvait obtenir cette réaction en prenant directement des oxydes ou hydroxyde de fer, ou en utilisant la sidérite qui, par chauffage, se transformait en oxyde (FeCO3 → FeO + CO2). En laissant la traite entière du minéral, on formait un fer métallique dont il existe aujourd'hui des traces sous forme de ce que l'on appelle des scories (restes de fonte) et que l'on pouvait travailler par la suite. Si la réaction était arrêtée avant, on pouvait former de l'acier (alliage de fer et de carbone) et c'est forcément par essais et erreurs que les travailleurs ont dû trouver l'intervalle de temps nécessaire à la fabrication du solide acier pour les épées et autres outils utiles.

Figure 19. Minerais et traces d'exploitation du fer retrouvé sur le « sentier du fer »

Minerais et traces d'exploitation du fer retrouvé sur le « sentier du fer »

À gauche, de la sidérite peu organisée qui sert de matériel initial pour la fabrication de fer pur et d'acier. Au milieu, une association quartz-sidérite avec un peu de sulfure. Enfin, à droite, les restes d'un four à griller, une scorie, morceau de fer pur (densité du fer métallique).


Aujourd'hui, il reste quelques traces de fours à griller (ci-dessous), où l'on retrouve parfois des systèmes complexes d'évent avec entrée d'air pour permettre l'oxydation du carbone dans un premier temps.

On retrouve aussi des places charbonnières où l'on fabriquait le charbon à partir de bois de hêtre très sec, que l'on consumait sans oxygène (en recouvrant une meule de bois par de la terre par exemple) pour obtenir du charbon en quelques jours.

Figure 20. Four à griller que l'on retrouve en bas du « sentier du fer »

Four à griller que l'on retrouve en bas du « sentier du fer »

L'ouverture sur le devant permet de faire un appel d'air pour oxyder le carbone. Le minerai et le charbon sont placés juste derrière ce muret.



Avenir du fer d'Allevard

Aujourd'hui, il n'y a plus d'activité d'extraction de fer mais de nombreuses usines de traitement de ce métal ont survécu, plus ou moins bien, jusqu'à la fin du XXème siècle. Cependant, il reste de nombreux minerais de fer non exploités et, aujourd'hui, les techniques d'exploitation ont progressé. À l'époque, le minerai utilisé était riche (environ 30% en masse de fer) mais la présence de pyrite (soufre) pouvait perturber le bon fonctionnement de la purification. Aujourd'hui, le rendement de la transformation est meilleur et on saurait traiter facilement ce minerai malgré le soufre ou autres éléments perturbateurs. Cependant, ces techniques d'exploitation-traitement sont arrivées trop tard et les volumes des amas de minerais sont bien inférieurs à ce qui est couramment exploité par les méthodes modernes d'extraction. Que ce soit à Allevard, en Lorraine ou ailleurs, la France a encore du fer, mais ne joue plus aucun rôle dans la production mondiale. À cela s'ajoute le fait que le fer n'est pas utilisé spécifiquement pour des nouvelles utilisations de haute technologie à forte valeur ajoutée, qui augmentent fortement la demande de certains éléments même si ils sont en "petits" gisements (platinoïdes, terres rares…).

Toutes ces raisons font que le fer d'Allevard ne devrait pas voir de nouvelles exploitations dans un avenir prévisible. Mais c'est bien ce même fer qui a permis le développement de toute une vallée. Il a permis l'apparition de nombreuses entreprises, qui ont continué à se spécialiser et à aller vers les nouvelles technologies et, aujourd'hui, les entreprises de micro-électronique, et plus récemment de nano-électronique, sont un prolongement du développement de l'industrie de l'extraction et du traitement du fer très tôt dans l'histoire de la région.

Quelques références bibliographiques et sites web sur le fer à Allevard et dans le massif de Belledonne

www.geol-alp.com  : un site de référence de Maurice Gidon qui permet d'apprécier la géologie du vallon d'Allevard mais aussi de toutes les autres vallées des Alpes.

Mémoire d'Allevard  : un livre de référence qui a été utilisé pour l'histoire du fer à Allevard. Édition Jeanne Laffitte, sous la direction d'André Laronde.

www.sentierdufer.fr  : le sentier du fer de Pinsot.

www.heritage-souterrain.fr  : le patrimoine souterrain.

http://www.inrap.fr  : archéologie du fer en pays d'Allevard sur le site de l'INRAP.

museedallevard.wordpress.com  : le musée d'Allevard.

www.grandfilon.net  : le Grand Filon, musée de la mine de Saint-Georges-d'Hurtières http://www.grandfilon.net/

www.fer-belledonne.com  : les traces des activités du fer autour d'Allevard et du massif de Belledonne.

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