La Lune a rendez-vous avec Vénus

Pierre Thomas

ENS Lyon - Laboratoire des Sciences de la Terre

Olivier Dequincey

ENS Lyon / DGESCO

16/04/2007

Résumé

La course des astres, les conjonctions et les jours de la semaine.


Figure 1. Conjonction Lune-Vénus du 19 février 2007

Conjonction Lune-Vénus du 19 février 2007

Photographie prise avec un zoom de 200 mm de focale.


À quelques degrés près, toutes les planètes tournent autour du soleil dans un même plan, appelé « plan de l'écliptique ». À 4° près, la Lune tourne aussi autour de la Terre dans ce même plan. Cela se traduit de la manière suivante dans les observations : vus depuis la Terre, Soleil, Lune et planètes se déplacent apparemment sur la voûte céleste en suivant un même grand cercle, l'écliptique. Douze constellations sont traversées par ce cercle, ont de ce fait droit à un « statut particulier » et sont appelées constellations du zodiaque.

La Lune, le Soleil et les planètes suivent donc ce grand cercle, et passent leur temps à se doubler et parfois se croiser. Quand la Lune passe (apparemment) très près du Soleil, elle est totalement invisible, et c'est la nouvelle Lune (c'est même une éclipse de Soleil si la Lune passe exactement devant le soleil). Quand le soleil s'approche apparemment des planètes, cela a évidement lieu en plein jour, et c'est totalement invisible.

Quand la Lune et une planète se rapprochent (apparemment), ou quand deux planètes se rapprochent, on parle de conjonction. La Lune faisant un tour de l'écliptique en 1 mois, il y a 5 conjonctions théoriques par mois entre la Lune et les 5 planètes visibles à l'œil nu (Mercure, Vénus, Mars, Jupiter et Saturne). La moitié (statistiquement) de ces conjonctions ont lieu la nuit et sont parfaitement observables. Dans le mois qui vient, on pourra ainsi observer une conjonction Lune-Saturne dans la nuit du 25 avril, Lune-Jupiter le matin du 5 mai, Lune-Mars à l'aube du 13 mai …

Les conjonctions les plus spectaculaires sont les conjonctions Lune-Vénus, car Vénus est la plus brillante des planètes. Une telle belle conjonction aura lieu le 19 avril, peu après le coucher du soleil qui aura lieu à 20h 45 (à Paris). Lune et Vénus seront alors à l'Ouest, distants de moins de 3°, Vénus se trouvant en haut à gauche de la Lune. Au fur et à mesure de la tombée de la nuit, le ciel s'assombrira. Dans le même secteur du ciel apparaîtra alors Aldébaran (une étoile brillante), puis les pleïades, un groupe d'étoiles (carte du ciel ci-dessous)

Figure 2. Schéma de l'Ouest du ciel, le 19 avril vers 22h

Schéma de l'Ouest du ciel, le 19 avril vers 22h

Le 19 février, pendant les vacances, une telle conjonction Lune-Vénus a eu lieu, et j'ai eu l'occasion de la photographier près de Gap, avec un simple appareil photo équipé d'un zoom téléobjectif « standard ». L'écart angulaire entre la Lune et Vénus était voisin de ce qu'il sera le 19 avril.

L'image 1 montre la conjonction avec un grossissement maximum, l'image 3 avec un zoom « léger » et l'image 4 la montre dans le paysage, photographiée au grand angle.

Malgré les imperfections de la prise de vue (effectuée sans pied et sans « instrument astronomique »), on voit très nettement Vénus et un fin croissant de Lune. Le reste du globe lunaire est visible, éclairé faiblement par une lumière grisée : la lumière cendrée. On voit en fait la partie nocturne du globe lunaire éclairée par la réflexion du Soleil sur la Terre. Un habitant de la Lune verrait alors une Terre quasi pleine, et assisterait à un splendide clair de Terre.

Figure 3. La conjonction Lune-Vénus du 19 février 2007, zoom léger

La conjonction Lune-Vénus du 19 février 2007, zoom léger

Photographie prise avec un zoom de 100 mm de focale.


Figure 4. La conjonction Lune-Vénus du 19 février 2007, dans le paysage

La conjonction Lune-Vénus du 19 février 2007, dans le paysage

Photographie prise avec un zoom de 28 mm de focale.


L'image 5 montre la Lune et Vénus photographiées du même endroit, 24 heures plus tard. La position (apparente) de Vénus n'a quasiment pas varié pendant ces 24h. Celle de la Lune, par contre, a migré vers l'Est (en haut à gauche) d'une douzaine de degrés (l'angle avec lequel on voit une main ouverte tendue à bout de bras).

Figure 5. La Lune et Vénus le 20 février 2007, 24h après la conjonction

La Lune et Vénus le 20 février 2007, 24h après la conjonction

S'il fait mauvais ce 19 avril, les prochaines belles conjonctions Lune-Vénus auront lieu les soirs des 19 mai, 18 juin, 16 juillet, les matins des 7 octobre, 8 novembre …

Cette course du Soleil, de la Lune et des 5 planètes visibles à l'œil nu le long de l'écliptique influence notre vie quotidienne sans qu'on en ait conscience, ou plus précisément notre vie hebdomadaire. Les anciens des civilisations antiques méditerranéo-moyen-orientales qui ont établi les premiers calendriers ont utilisé les cycles astronomiques les plus visibles : l'année, le mois (lunaire) et la journée. Mais il y avait un trop grand écart de durée entre le mois et la journée (environ 29 jours par mois lunaire). Les paléo-astronomes d'alors ont introduit une division supplémentaire, la semaine.

Mais combien de jours donner à cette nouvelle division du temps ? Comme l'astronomie est à la base des calendriers, et comme il y a 7 astres apparemment mobiles dans l'écliptique par rapport aux étoiles fixes, les anciens ont donné 7 jours à la semaine, 1 par astre mobile. On retrouve cette relation dans le nom des jours de la semaine : lundi est le jour de la Lune, mardi de Mars, mercredi de Mercure, jeudi de Jupiter, vendredi de Vénus, samedi de Saturne, et dimanche du Soleil même si cela ne se remarque pas en français, mais très bien en anglais ( sunday ) ou en allemand ( Sonntag ).

C'est parce qu'il y a 7 astres mobiles visibles à l'œil nu que les astronomes antiques ont inventé la semaine de 7 jours, que les auteurs des textes fondateurs des religions monothéistes ont fait créer le monde en 7 jours, que 7 est un chiffre sacré, que les chandeliers ont 7 branches … Si Uranus était visible à l'œil nu, les anciens auraient fait une semaine de 8 jours, les auteurs des textes sacrés auraient fait créer le monde en 8 jours, et on n'aurait des week-ends que tous les 8 jours au lieu de 7. Heureusement qu'Uranus n'est pas visible à l'œil nu ! L'année a ainsi 365/7 = 52 semaines au lieu de 365/8 = 45. Grâce à la non visibilité d'Uranus à l'œil nu, nous gagnons ainsi 52-45 = 7 week-ends par an. Décidément, 7 est vraiment un chiffre sacré ; et merci à Uranus de sa discrétion !