Deux belles résurgences : les sources du Lison et de la Loue, dans le Doubs

Pierre Thomas

ENS Lyon - Laboratoire des Sciences de la Terre

Florence Kalfoun

ENS Lyon / DGESCO

09/05/2005

Résumé

Pertes et résurgences en domaine karstique.


Figure 1. La source du Lison (Doubs)

La source du Lison (Doubs)

Les semaines précédentes, nous vous avons montré des sources karstiques, avec le phénomène des eaux bleues, des dépôts de travertin…

Cette semaine, nous vous montrons deux autres sources, qui ont deux différences majeures avec les sources précédentes :

  1. Ces sources sortent non pas au niveau de siphons, vasques ou fissures étroites, mais au niveau de vastes porches, ce qui rend ces sources particulièrement spectaculaires.
  2. Les sources précédentes étaient des exurgences  ; l'eau ne provenait que de la collecte par un réseau souterrain des infiltrations régionales. Les sources du Lison et de la Loue sont des résurgences  ; l'eau provient de rivières et ruisseaux aériens qui se sont totalement ou partiellement infiltrés dans le sous-sol calcaire.

Dans le cas du Lison, plusieurs ruisseaux voient leur débit progressivement diminuer vers l'aval, jusqu'à devenir totalement secs (secteur de Villeneuve d'Amont). Au Sud, dans le secteur de Lemuy, un ruisseau alimente un marécage tourbeux, qui n'a pas de déversoir.

La situation de la Loue est plus originale, car il n'y a pas de ruisseaux qui se perdent dans la région. Au début du 20ème siècle, il y avait à Pontarlier une usine Pernod fabriquant "pastis" absinthe et autres alcools anisés. En 1901, un incendie se déclara dans l'usine. Et pour éviter que cet incendie ne tourne à la catastrophe, les cuves d'alcool anisé furent intentionnellement vidées dans le Doubs qui coulait au pied de l'usine. Le Doubs prit alors cette teinte opalescente verte si caractéristique de l'absinthe. Trois jours plus tard, ce fut la Loue qui prit cette teinte opalescente et qui fut momentanément une rivière à l'anis. Cet accident venait de démontrer que la Loue était alimentée par une perte (partielle) des eaux du Doubs qui s'infiltraient dans le substratum calcaire du fond de son lit en aval de Pontarlier.

Ces pertes ne sont pas toujours diffuses comme dans les exemples de cette semaine. La semaine prochaine, nous vous montrerons des pertes plus "spectaculaires".