SVT et baccalauréat 2021

La place des SVT et des sciences dans le nouveau lycée général sans filières

Après la réforme de l'entrée dans l'enseignement supérieur, avec Parcoursup qui succède à APB, est venue la réforme, souvent annoncée mais jusqu'alors pas encore amorcée, non pas des seules épreuves du baccalauréat mais aussi du cycle terminal (classes de premières + terminales). La piste (réellement envisagée ou pas) des combinaisons de 2 majeures a fait couler beaucoup d'encre et fut l'occasion pour beaucoup de disciplines de se répositionner et d'expliquer leur place dans la formation des citoyens... l'un des buts de l'enseignement... en plus de la préparation à la poursuite d'études supérieures. Ce fut le cas des SVT avec, entre autres, pétitions, interventions de sociétés savantes, tribunes (à télécharger, le texte complet de la tribune du 13/02/2018 du Monde fourni par l'un des auteurs)...

Comparons certains aspects du baccalauréat 2021 à la situation actuelle.

Premier point, les épreuves. Une note finale contenant 40% de contrôle continu (mais avec des sujets nationaux et d'autres précautions tendant à éviter de trop grandes distorsions entre établissements) et 60% d'épreuves finales concentrées en 4 épreuves : philosophie, "grand oral" et deux spécialités choisies parmi 10 (sans compter la "voie" sciences de l'ingénieur), soit 45 "couples" possibles. La réduction du nombre d'épreuves est à coup sûr une baisse de coût (la chèreté n'étant pas nécessairement gage de qualité), même s'il faudra tout de même prévoir 10 créneaux d'épreuves pour que chaque bachelier puisse passer ses 2 épreuves indépendantes, ce qui reviendra à une organisation proche de l'actuel mais avec moins de candidats par épreuves et (surtout) moins de copies par candidats.

Second point, les spécialités. Trois spécialités seront à choisir en première puis deux parmi ces trois en terminale. La rentrée 2019, avec les premiers choix de spécialités, montrera si les filières persistent dans les esprits (triplettes Maths-PC-SVT ou Sc.éco- Maths-Histoire-géopolitique, par exemple) en première et si les choix de terminale reviennent, pour les "S", à choisir non pas une spécialité mais une "non-spécialité"... quitte à recréer les séries C (Maths-PC) et D (PC-SVT) d'il y a fort longtemps. Gageons que les élèves choisiront leurs spécialités en fonction de leurs goûts (avec une spécialité à "tester" en première) et de leur désirs d'orientation (puisque c'est là aussi normalement un but important de cette réforme). Une question importante pour l'organisation des lycées sera l'obligation ou non de permettre tous les choix possibles de triplettes de spécialités en première (puis ensuite de doublettes en terminale). En effet, en l'état actuel, les emplois du temps en seconde dépendent souvent du choix de combinaisons rares d'options de la part d'une poignée d'élèves. Ce "problème" sera-t-il reconduit en première avec la disparition des filières, ou bien certaines combinaisons seront-elles "interdites" (localement ou plus généralement) ?

Autre question, celle des mathématiques, discipline principale autour de laquelle tournaient les combinaisons de majeures aujourd'hui abandonnées. Cette discipline, mise en avant avec la publication du rapport Villani-Torossian "21 mesures pour l'enseignement des mathématiques" pose un problème particulier du fait de sa double vocation. C'est une discipline "noble" à part entière, nécessitant et développant des capacités d'abstraction et de raisonnement, mais c'est aussi une discipline qui fournit des outils indispensables à toutes les autres disciplines : statistiques en sciences économiques et en sciences, géométrie pour la physique et les sciences de la Terre, dérivées et intégrales en physique-chimie (généralement abordées en physique avant d'en voir la "théorie" en mathématiques")... Quel sera le contenu de la spécialité mathématiques de première ? Des mathématiques "pour les maths" ou aussi pour les autres disicplines ? En 4 heures... difficile de satisfaire tout le monde... il y aura certainement encore des explications rapides de certains outils dans les disciplines "utilitaires" pour permettre d'aborder les aspects quantitatifs et ne pas se limiter à du qualitatif (de belles histoires sans quantification possible ne font pas des sciences complètes). C'est là qu'interviennent les options de terminale "mathématiques expertes" et "mathématiques complémentaires" : les "expertes" seront-elles "pour les maths" seulement et les "complémentaires" pour les applications dans les autres disciplines ou bien retrouvera-t-on les mathématiques "S" d'un côté et les "ES" de l'autre ?

On peut voir ici que les programmes des différentes spécialités orienteront les choix des futurs élèves et définiront les combinaisons gagnantes... car il faudra aussi compter avec les attendus, qui vont s'affiner, pour l'entrée dans l'enseignement supérieur (des combinaisons seront alors certainement plus favorables que d'autres... en espérant qu'aucune ne constituera d'impasse). On voit se mettre en place la continuité annoncée lycée-université avec la nécessaire coopération des acteurs du secondaire et du supérieur pour définir les contenus des enseignements de lycée... et leur prise en compte en première année du supérieur.

Quels que soient les contenus des futurs programmes de spécialité SVT, Planet-Vie et Planet-Terre seront là pour continuer leur accompagnement à la formation des enseignants qui verront sans doute apparaitre de nouveaux domaines à enseigner et/ou de nouvelles approches. Le contenu de ces programmes orientera sans doute le choix des élèves qui pourront y chercher une discipline scientifique "classique" et/ou, selon le contenu, une discipline possible pour compléter une formation "éco-géopolitique", par exemple.

 

O.D.- 20/02/2018