Image de la semaine | 10/11/2025

La caldeira de Taburiente et l'observatoire de Roque de los Muchachos, ile de La Palma, Canaries (Espagne)

10/11/2025

Auteur(s) / Autrice(s) :

  • Pierre Thomas
    Laboratoire de Géologie de Lyon / ENS de Lyon

Publié par :

  • Olivier Dequincey
    ENS de Lyon / DGESCO

Résumé

Caldeira de glissement de masse révélant dykes et pyroclastites, sur la crête de laquelle sont installés des instruments astronomiques.


Panorama avec vue sur quelques-uns des instruments astronomiques de l'observatoire de Roque de los Muchachos (La Palma, Canaries)
Figure 1. Panorama avec vue sur quelques-uns des instruments astronomiques de l'observatoire de Roque de los Muchachos (La Palma, Canaries) — ouvrir l’image en grand

Cette photo a été prise sur le chemin entre deux “miradors”, celui du sommet qui a donné son nom à l'observatoire, le Roque de los Muchachos, et le Mirador del Espigon del Roque.

Ce complexe astronomique est construit à 2 300 m d'altitude, sur le rebord externe d'une caldeira qui recoupe le massif volcanique de Taburiente, le plus haut sommet de l'ile de La Palma. Le jour de ma visite en octobre 2004, tout l'intérieur de la caldeira était recouvert par une mer de nuages, et seul en dépassait le rebord. La plus grosse des coupoles, à gauche de la photo, abrite le télescope William Herschel, dont nous montrerons l'intérieur figure 23. La coupole la plus à droite abrite le télescope Isaac Newton.

Localisation par fichier kmz des 5 sites dont il est question dans cet article sur la caldeira de Taburiente et ses environs, sur l’ile de La Palma (Canaries).

Vue sur quelques-uns des instruments astronomiques de l'observatoire de Roque de los Muchachos (La Palma, Canaries)
Figure 2. Vue sur quelques-uns des instruments astronomiques de l'observatoire de Roque de los Muchachos (La Palma, Canaries) — ouvrir l’image en grand

Cette photo a été prise sur le chemin entre deux “miradors”, celui du sommet qui a donné son nom à l'observatoire, le Roque de los Muchachos, et le Mirador del Espigon del Roque.

Ce complexe astronomique est construit à 2 300 m d'altitude, sur le rebord externe d'une caldeira qui recoupe le massif volcanique de Taburiente, le plus haut sommet de l'ile de La Palma. Le jour de ma visite en octobre 2004, tout l'intérieur de la caldeira était recouvert par une mer de nuages, et seul en dépassait le rebord. La plus grosse des coupoles, à gauche de la photo, abrite le télescope William Herschel, dont nous montrerons l'intérieur figure 23. La coupole la plus à droite abrite le télescope Isaac Newton.

En octobre 2004, en allant d'un mirador à un autre ou d'un observatoire à un autre, on pouvait faire des observations géologiques locales, à défaut de pouvoir voir l'intérieur de la caldeira caché par les nuages. Nous vous montrons un dyke et une base de coulée avec sa semelle de thermo-métamorphisme. On peut voir de telles bases de coulée en restant en France métropolitaine ; voir par exemple Thermo-métamorphisme d'un paléosol par une coulée de lave, Bournac (Haute Loire), Prismation dans des argiles cuites à la base d'une coulée de basalte, Marjallat (commune de Mazeyrat d'Allier, Haute Loire), Le Plateau du Coiron (Ardèche), un empilement de coulées de basalte mio-pliocènes recouvrant des marno-calcaires mésozoïques… Quant aux dykes, ceux du proche massif de Teno sont présentés dans un article récent, Les dykes du massif de Teno et de la caldeira de Las Canadas, ile de Tenerife, archipel des Canaries, Espagne.

Les nuages remplissant la caldeira de Taburiente ce jour d'octobre 2004 rendaient impossible l‘observation des parois de la caldeira. Mais des dizaines de photographies sont disponibles sur Google Earth Street View sur le chemin entre le sommet de la Roque de Muchachos et le Mirador del Espigon del Roque. Nous vous en montrons quatre avec les photographies suivantes (5 à 8), prises depuis le Mirador del Espigon del Roque, qui me font regretter les conditions météorologiques régnant lors de ma visite, conditions gênant la géologie mais ne gênant pas l'astronomie.

Sur le trajet partant de Santa Cruz de La Palma (la capitale de l'ile de La Palma) et montant aux observatoires, la route ne fait que recouper des formations volcaniques. Nous vous montrons trois exemples d'affleurements de bord de route, avec deux photographies prises en 2004 par la fenêtre du bus et sept vues Google Earth Street View prises avec un autre éclairage, vingt ans plus tard.

Sur le bord de la route descendant à Santa Cruz de La Palma (Canaries) montrant l'altération en boule de basaltes
Figure 17. Sur le bord de la route descendant à Santa Cruz de La Palma (Canaries) montrant l'altération en boule de basaltes — ouvrir l’image en grand

Ceci nous rappelle qu'il n'y a pas que les granites qui s'altèrent en boule (cf., par exemple, Le débit et l'altération en boules des basaltes).

Toutes les photographies qui précèdent ont été prises dans le massif de Taburiente, sur les flancs externes ou dans la caldeira du même nom. La page Geology of the Canary Islands résume ainsi la géologie du massif de Taburiente et de sa caldeira. Cette caldeira, d'un diamètre de 6,5 km du Nord-Ouest au Sud-Est et de 1 000 à 1 500 m de profondeur, recoupe un volcan âgé de 1 à 0,4 Ma. Ce massif de Taburiente s'est lui-même établi sur des volcans boucliers plus anciens. Le volcan Taburiente a atteint une hauteur maximale estimée à environ 3 000 m, mais, il y a environ 500 000 ans, son édifice est devenu instable et une partie de son flanc Sud s'est effondré latéralement dans un glissement de terrain d'un volume de plus de 200 km3 entrainant la formation d'une vaste dépression appelé caldeira de Taburiente ; il s'agit d'une caldeira formée par un glissement de masse et non d'une caldeira d'effondrement formée par la vidange d'un réservoir magmatique.

Un glissement aussi important a eu lieu plus au Sud mais est morphologiquement moins spectaculaire ; il se voit bien sur la photo 19 et la carte géologique de la figure 20.

Après la géologie, visitons trois instruments astronomiques du complexe astronomique de la Roque de los Muchachos   1) Le Major Atmospheric Gamma-ray Imaging Cherenkov Telescope (Grand Télescope Tcherenkov d'Imagerie des Rayons Gamma Atmosphériques), connu sous son acronyme MAGIC, (2) le télescope William Herschel, et (3) le Grand Télescope des Canaries (GTC).

Localisation de l'ile de la Palma (punaise jaune) dans l'archipel espagnol des Canaries
Figure 28. Localisation de l'ile de la Palma (punaise jaune) dans l'archipel espagnol des Canaries — ouvrir l’image en grand

La petite punaise rouge localise l'ile de Tenerife.

En octobre 2004, j'ai participé à un “voyage astronomique” (avion + bus) organisé par l'Association Française d'Astronomie (AFA) aux iles Canaries, voyage dont le but principal était la visite des nombreux observatoires installés sur ces iles, principalement sur les iles de Tenerife et de La Palma. Ces observatoires y ont été installés du fait des excellentes conditions atmosphériques qui y règnent (faible nébulosité au-dessus de 2000 m, faible turbulence de l'atmosphère…), conditions qui rappellent les conditions régnant à Hawaii où sont d'ailleurs installés d'autres grands observatoires astronomiques. Mais le tourisme non astronomique n'était pas absent de ce voyage. On a traversé et on s'est arrêté assez souvent (bien que pas assez à mon goût) admirer de somptueux paysages volcaniques, même s'il n'y a quasiment pas eu d'arrêts strictement “géologiques” permettant soit des échantillonnages soit d'étudier / photographier des structures particulières. L'article de cette semaine correspond à un aspect de cette visite “touristico-géologique” des iles de Tenerife et de la Palma, avec des images provenant du scan de vieilles diapositives argentiques, moins nombreuses que ce que j'aurais fait quelques années plus tard quand j'ai acquis mon premier appareil numérique. J'ai complété ces scans de diapos personnelles prises sur le terrain ou par la fenêtre du bus avec ce qu'on trouve en 2025 sur Google Earth Street View, où le véhicule scannant les bords de routes ainsi que le public y déposant ses photographies ont fait de la géologie, souvent sans le savoir. Après une première série de trois articles consacrés à l’ile de Tenerife, une seconde “trilogie” dédiée à l’ile de La Palma en commençant par l’observatoire de la caldeira de Taburiente avant de voir par la suite le volcanisme de la Cumbre Vieja puis de finir par l’éruption médiatique de 2021.