Mots clés : gradin, diaclase, arbre
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Le combat entre le théâtre antique d'Arycanda (Turquie) et les racines d'un pin

Pierre Thomas

ENS Lyon - Laboratoire de Géologie de Lyon

Olivier Dequincey

ENS Lyon / DGESCO

05/06/2012

Résumé

Un pin qui déplace les pierres.



Nous avons vu la semaine dernière comment des racines d'arbres s'insinuaient dans des diaclases d'un granite. Les éventuels déplacements des blocs de granite et les possibles élargissement des diaclases par la croissance des racines n'étaient pas évidents. On manquait en effet de repères indiquant positions et largeurs initiales des blocs et diaclases. Il n'en est pas de même de ce théâtre romain datant du 2ème siècle de notre ère. Les architectes de l'époque avaient bien sûr disposé leur gradins régulièrement ; le pin présent au milieu de l'image n'existait pas à l'époque de la construction du théâtre. Le déplacement des blocs de pierre (ici de calcaire) peut être mesuré, ce qui donne une idée de la force que peuvent développer des racines en cours de croissance.

La cité antique d'Arykanda est une cité lycienne dont l'activité majeure s'échelonne de -600 à +300 ans dans notre calendrier. Les principaux monuments visibles aujourd'hui datent de l'époque de l'empereur Trajan. La ville perdit ensuite son rayonnement, fut abandonnée, tomba complètement dans l'oubli et fut recouverte d'éboulis, de terre et de sol vite colonisés par la végétation. Ce n'est qu'en 1971 que des fouilles furent entreprises et que les ruines furent dégagées. Les gradins du théâtre étaient sans doutes recouverts de plusieurs décimètres voire mètres de terre, colonisés d'arbres et d'arbustes méditerranéens. Terre et arbustes furent enlevés, mais les archéologues décidèrent de laisser en place un pin qui avait poussé par là et dont les racines avaient déchaussé/déscellé les lourdes pierres des gradins.

Bien que le "message géologique" soit limité, mais parce que ce théâtre méconnu est vraiment très joli, nous vous montrons de nombreuses photographies illustrant cette lutte du végétal et de la pierre, montrant, de près ou de loin, comment les racines s'insinuent dans les joints et interstices et déplacent des blocs pouvant peser des centaines de kilogrammes.

Figure 2. Pin dans les gradins du théâtre antique d'Arycanda (Turquie)

Les racines de ce pin s'insinuent entre les blocs de calcaire des gradins et les soulèvent.


Figure 3. Pin dans les gradins du théâtre antique d'Arycanda (Turquie)

Les racines de ce pin s'insinuent entre les blocs de calcaire des gradins et les soulèvent.


Figure 4. Pin dans les gradins du théâtre antique d'Arycanda (Turquie)

Les racines de ce pin s'insinuent entre les blocs de calcaire des gradins et les soulèvent.


Figure 5. Pin dans les gradins du théâtre antique d'Arycanda (Turquie)

Les racines de ce pin s'insinuent entre les blocs de calcaire des gradins et les soulèvent.


Figure 6. Pin dans les gradins du théâtre antique d'Arycanda (Turquie)

Les racines de ce pin s'insinuent entre les blocs de calcaire des gradins et les soulèvent.


Figure 7. Pin dans les gradins du théâtre antique d'Arycanda (Turquie)

Les racines de ce pin s'insinuent entre les blocs de calcaire des gradins et les soulèvent.


Figure 8. Pin dans les gradins du théâtre antique d'Arycanda (Turquie)

Les racines de ce pin s'insinuent entre les blocs de calcaire des gradins et les soulèvent.


Figure 9. Vue plus globale du théâtre antique d'Arycanda (Turquie)


Figure 10. Vue plus globale du théâtre antique d'Arycanda (Turquie)


Figure 11. Vue plus globale du théâtre antique d'Arycanda (Turquie)


Figure 12. Vue aérienne du théâtre antique d'Arycanda (Turquie)


Figure 13. Vue des ruines de la cité antique d'Arycanda (Turquie)


Figure 14. Localisation de la cité antique d'Arycanda (Turquie)


Il n'est pas besoin d'aller en Turquie pour voir les dégâts occasionné par les racines d'arbres sur leur voisinage immédiat. Certaines espèces d'arbres aux racines superficielles et volumineuses ont jadis été plantées le long des rues et places de nos agglomérations. Devenus grands, ces arbres déforment les trottoirs et les caniveaux. En attestent ces deux photos prises place St Luis dans le 7ème arrondissement de Lyon, où des Pterocarya sp. (famille des juglandacée) causent bien des problèmes aux agents municipaux. À cause de ces problèmes, tous les arbres de la rue voisine (rue de la Thibaudière) ont été abattus, et remplacés par des arbres aux racines "plus sages".

Figure 15. Dégâts occasionnés au trottoir et au caniveau par les racines d'un arbre, place Saint Louis, Lyon

Avant abattage comme rue de la Thibaudière ?


Figure 16. Dégâts occasionnés au trottoir et au caniveau par les racines d'un arbre, place Saint Louis, Lyon

Avant abattage comme rue de la Thibaudière ?


Figure 17. Localisation de la place Saint Louis à Lyon


Mais pour spectaculaires que soient les dégâts occasionnés par les racines, ils ne doivent pas être surestimés. Quand on interroge des élèves candidats aux concours du CAPES ou de l'Agrégation, tous nous citent l'action destructrice des arbres, qui, grâce à leur racines, deviennent d'efficaces agents d'érosion. C'est bien sûr une grave erreur. Si cet effet des racines est bien réel, il est plus que largement compensé par l'action protectrice qu'assure un couvert arboré. Les arbres, grâce à leur feuillage, limitent l'action érosive des grosses gouttes de pluies ; les arbres, grâce à leur racines ramifiées, retiennent les particules du sol à la manière d'un filet protecteur ; les arbres, grâce à leur biomasse morte (feuilles …), participe activement à la constitution des sols. La « conquête » des continents par les arbres n'a pas favorisé l'érosion ; bien au contraire, elle l'a fortement diminuée (cf Le développement de la végétation continentale [...] et ses conséquences géologiques ).

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