La limite Crétacé-Tertiaire

Pierre Thomas

ENS Lyon - Laboratoire des Sciences de la Terre

Emmanuelle Cecchi

Florence Kalfoun

ENS Lyon / DGESCO

08/03/2004

Résumé

La crise et la limite Crétacé-Tertiaire (KT), clue des Miolans, vers Roquestéron (Alpes maritimes).


Figure 1. La limite Crétacé-Tertiaire à la Clue des Miolans, Haut-Var (Alpes maritimes)

La limite Crétacé-Tertiaire à la Clue des Miolans, Haut-Var (Alpes maritimes)

La crise Crétacé-Tertiaire (crise KT) est la plus médiatique des crises biologique, parce que le grand public l'associe à la disparition des dinosaures (disparition qui pourtant n'a pas eu lieu, les oiseaux faisant partie du groupe monophylétique des dinosaures). C'est également celle sur laquelle on a le plus de données parce que c'est la plus récente, et aussi parce que sa popularité médiatique favorise l'attribution des crédits de recherche. 16% des familles et 75% des espèces marines disparaissent lors de cette crise (comparer avec les 57% des familles et les 95% des espèces marines qui disparaissent lors de la crise PT). En France, la limite KT se voit en de très nombreux endroits, mais rarement en contexte de sédimentation marine continue à cause de la régression généralisée. On ne voit bien cette limite en contexte de sédimentation marine continue qu'au Pays Basque. Parce que le Crétacé supérieur correspond à une régression importante, le Crétacé terminal (Maestrichien) et le Paléocène basal (Danien) marins manquent très souvent. C'est le cas dans la région du Haut Var.

La figure 1 a été prise dans la Clue des Miolans, à 6 km à l'Ouest-Nord-Ouest de Roquestéron. Les couches du Crétacé et du Tertiaire sont basculées de 60° vers le nord. À droite, on voit des alternances marno-calcaires, très pauvres en fossiles, du Sénonien-Turonien (C4-7 sur la carte géologique, 75 à 90 Ma). À gauche, formant une barre en surplomb, les calcaires du Lutétien, riches en nummulites, (E5c sur la carte géologique, 45 Ma). La figure 2 offre une vue plus générale de l'affleurement.

La figure 3 montre un détail, avec la barre lutétienne qui surmonte les marno-calcaires du Crétacé supérieur. Au premier plan, la couche la plus haute du Crétacé est marneuse ; quelque mètres plus loin, ce niveau marneux a disparu, et c'est un banc assez calcaire qui est juste sous le Tertiaire. Il y a un angle de 1 à 2° entre le Crétacé supérieur et le Tertiaire, du vraisemblablement une surface d'érosion, bien qu'il ne soit pas exclu qu'un léger mouvement tectonique ait eu lieu entre le Turonien et le Lutétien. Un intervalle de temps de 30 à 45 Ma manque donc entre les deux ensembles lithologiques. Il est donc évidemment exclu d'y trouver quelque anomalie en iridium ou quelque quartz choqué que ce soit

La figure 4 montre un extrait de la carte de Roquestéron (BRGM 1/50 000) et de sa légende. Le grand "affleurement" beige clair qui traverse la carte d'Ouest en Est (en s'interrompant au niveau de la Clue des Miolans) représente un tablier d'éboulis.



Figure 4. Extrait de la carte géologique de Roquestéron (BRGM 1/50 000)

Extrait de la carte géologique de Roquestéron (BRGM 1/50 000)

D'après : carte géologique de Roquestéron, BRGM

Le grand "affleurement" beige clair qui traverse la carte d'Ouest en Est (en s'interrompant au niveau de la Clue des Miolans) représente un tablier d'éboulis.