Rubis ou presque

Pierre Thomas

ENS Lyon - Laboratoire des Sciences de la Terre

Emmanuelle Cecchi

Florence Kalfoun

ENS Lyon / DGESCO

17/11/2003

Résumé

Corindons, quasi-rubis, dans un micaschiste, Ihosy (Madagascar).


Figure 1. Rubis de Ihosy (Madagascar)

Rubis de Ihosy (Madagascar)

Les pierres précieuses (au sens des bijoutiers) sont au nombre de quatre : diamant, émeraude, saphir et rubis.

Ce ne sont que des variétés à la fois transparente et aux couleurs "intéressantes" de carbone cristallisé dans le système cubique pour le diamant, de béryl (=silicate de béryllium) pour l'émeraude, ou de corindon (= oxyde d'aluminium) pour le saphir et le rubis. C'est l'absence totale d'impureté qui donne l'absence de couleur des diamant gemme ; ce sont des traces de chrome (Cr2+ ou Cr3+) qui donnent la couleur verte de l'émeraude et la couleur rouge du rubis ; ce sont des traces de titane qui colorent les saphirs en bleu.

Comment naissent de tels cristaux ? Voyons l'exemple des rubis montrés ici.

Le corindon présenté ici a la couleur du rubis, mais n'en a pas la transparence ; il n'a donc pas la qualité "gemme". Le corindon est un minéral (relativement) fréquent dans les roches alumineuses métamorphisées à haute température (faciès granulite). On en trouve par exemple en Haute Loire dans la région de Brioude et Langeac, de taille millimétrique mais parfaitement visibles à l'œil nu.

Ceux présentés ici ont une origine mixte, métamorphique et hydrothermale. Toute la région est constituée de micaschistes très métamorphiques, traversés par des zones de cisaillements ductiles par lesquelles ont circulé des fluides (H2O et CO2 essentiellement) à haute température. La circulation de ces fluides à très haute température a augmenté l'abondance des micas dans les micaschistes et a permis la cristallisation de corindons, qui au lieu d'être millimétriques comme dans les roches métamorphiques normales, peuvent atteindre une taille pluri-centimétrique.

En photographie principale, deux échantillons montrent la taille et l'abondance de ces quasi rubis. Sur la figure 2, un très bel échantillon montrant la forme d'un cristal individuel.

La photographie de la semaine prochaine illustrera le rôle des fluides dans la formation des cristaux.

Figure 2. Détail d'un rubis de Ihosy (Madagascar)

Détail d'un rubis de Ihosy (Madagascar)