À la Saint Valentin, les dinosaures se font des câlins au Musée du Jurassique des Asturies (MUJA), Espagne

Pierre Thomas

Laboratoire de Géologie de Lyon / ENS Lyon

Olivier Dequincey

ENS Lyon / DGESCO

12/02/2018

Résumé

Mise en valeur d'un site paléontologique à empreintes de sauropodes et théropodes, questionnement sur les modalités de reproduction des tyrannosaures par rapprochement avec leur plus proches parents actuels (oiseaux et crocodiles).



La Saint Valentin (14 février) est la fête des amoureux. C'est l'occasion d'évoquer rapidement (1) la question de la reproduction de dinosaures, et surtout (2) le MUJA (Musée du Jurassique des Asturies). La reproduction des dinosaures, et en particulier les modalités de leur copulation, est un sujet qui interroge les paléontologues depuis longtemps, mais qui n'est que rarement évoqué et encore moins illustré dans les musées. Le MUJA (site officiel et page Wikipedia) fait exception puisqu'il a mis en scène deux squelettes de tyrannosaures (très vraisemblablement des moulages) en position d'accouplement, du moins comme on peut supposer qu'ils le pratiquaient.

On sait très peu de choses sur la sexualité des dinosaures, les organes sexuels ne se fossilisant quasiment jamais, les "positions" encore moins, et les sentiments, n'en parlons pas. On ne peut que s'inspirer de ce qu'on sait des pratiques des dinosaures actuels (les oiseaux) et de leurs plus proches parents (les crocodiles).

La majorité des oiseaux et de nombreux reptiles (mâles comme femelles) n'ont pas d'organes sexuels externes, mais possèdent un cloaque, cavité dans laquelle débouchent voie digestive, voie urinaire, et voie génitale. L'accouplement se fait alors par rapprochement et contact entre les cloaques des deux partenaires. On parle parfois de « baiser cloacal ». Certains oiseaux (les canards par exemple) et les crocodiles ont un pénis. Mais on ne sait pas ce qu'il en était des dinosaures du Mésozoïque. L'autre problème concerne la position. La majorité des paléontologues supposent que les mâles montaient sur les femelles par derrière comme les girafes et les éléphants actuels pour n'évoquer que des animaux de très grande taille. Cette position est envisageable pour les dinosaures comme les tyrannosaures, dinosaures théropodes qui avaient une masse de même ordre de grandeur que celle des éléphants. Le problème reste entier pour les dinosaures de plus grandes masses (des sauropodes comme Argentinosaurus avaient une masse estimée à 80 tonnes). La femelle en position inférieure pouvait-elle résister à un tel poids ? La morphologie parfois très complexe de certains dinosaures, par exemple les stégosaures et leurs plaques osseuses dorsales, devait aussi poser de sérieux problèmes "géométriques". Avec les tyrannosaures, le MUJA a fait le choix le plus simple.

Après six autres images concernant les tyrannosaures du MUJA, nous vous montreront d'autres photographies prises à l'intérieur du musée, puis d'autres prises juste à l'extérieur du musée, et enfin des vues de pistes et traces de dinosaures situées à 1600 m du musée, raison de l'implantation du MUJA dans ce secteur des Asturies.


Figure 7. Légende bilingue accompagnant la reconstitution de l'accouplement des deux tyrannosaures, MUJA (Asturies, Espagne)

La légende en espagnol est assez pudique (pour les enfants des écoles ?) puisqu'elle n'évoque qu'une « parade nuptiale » ( parada nupcial ). La traduction anglaise est plus réaliste, puisqu'elle parle de « scène d'accouplement » ( mating scene ).


Le Musée du Jurassique des Asturies n'expose pas que des objets du Jurassique. En plus d'une fresque et d'objets résumant l'histoire de la vie sur Terre, on y voit des salles sur tout le Mésozoïque, sur le Jurassique, bien sûr, qui est le plus richement illustré, mais aussi sur le Trias et sur le Crétacé, période pendant laquelle vivaient d'ailleurs les tyrannosaures. Nous vous montrons ci-dessous d'autres salles ou objets exposés au public.


Figure 9. Reconstitution d'un dinosaure à plume du Crétacé inférieur, MUJA (Espagne)

Ce dinosaure nous rappelle que les oiseaux actuels ne sont qu'un des taxons des dinosaures, le seul à avoir traversé la crise Crétacé-tertiaire, et que ce n'était pas le seul taxon de dinosaures à avoir des plumes avant cette crise KT.


Figure 10. Gastrolithes de dinosaure, MUJA (Espagne)

Comme leur représentants actuels, les oiseaux, de nombreux dinosaures mésozoïques (notamment les herbivores) avalaient des pierres qui restaient dans leur estomac et participaient au broyage des aliments. Polies par ce long séjour stomacal, ces pierres sont nommées gastrolithes.


Figure 11. Limule fossile du Jurassique et trace qu'elle a laissée derrière elle avant de mourir et de fossiliser, MUJA (Espagne)

Un autre fossile de ce type est visible dans Limules d'hier... et d'aujourd'hui .


Figure 12. Une ammonite de belle taille en cours de restauration, Musée du Jurassique des Asturies (MUJA), Colunga, Asturies, Espagne

En plus de ses salles d'exposition, le MUJA possède des réserves, des ateliers de préparation et un laboratoire normalement fermés au public mais que des groupes peuvent visiter sur demande.



Figure 14. Reconstitution de Tyrannosaurus rex dans un bois d'eucalyptus aux abords du MUJA

Juste devant la gueule du tyrannosaure, vole un ptérosaure, reptile volant qui n'est pas un dinosaure malgré sa très abondante représentation dans tous les livres pour enfants consacrés aux dinosaures.


Figure 15. Gros plan sur la reconstitution de ptérosaure de la figure précédente, aux abords du MUJA

Rappelons que si les ptérosaures sont des reptiles volants, ce ne sont pas des dinosaures au sens taxonomique du terme, malgré leur très abondante représentation dans toutes les vulgarisations et tous les livres pour enfants consacrés aux dinosaures.


Figure 16. Reconstitution d'un stégosaure, autre dinosaure du Jurassique supérieur, aux abords MUJA

Ses plaques osseuses dorsales devaient l'empêcher de s'accoupler en adoptant la même position que les tyrannosaures.


Pourquoi les autorités compétentes des Asturies ont-elles conçu et implanté un tel musée du Jurassique sur la commune de Colunga ? Parce que les terrains du Jurassique local ont livré de nombreux restes et pistes de dinosaures. L'une de ces pistes est visible (et aménagée avec chemin d'accès, panneaux explicatifs…) sur la côte à 1600 m du MUJA. Avec, entre autres, les pistes et le musée de La Rioja (cf. La route des dinosaures de La Rioja (Espagne) ), l'Espagne mérite une visite de la part des amateurs de dinosaures. Il est dommage que les restes et pistes de dinosaures de France ne soient pas aussi bien mis en valeur.




Figure 20. Empreinte de thérapode du Jurassique, dans les environs du MUJA (Asturies)

Les sauropodes n'étaient pas les seuls dinosaures à fréquenter les lieux, comme en témoigne cette belle empreinte de théropode photographiée sur le même platier. On peut comparer cette empreinte de théropode avec les empreinte de théropodes de Plagne (Ain) (cf. Quand les petits théropodes marchaient dans les traces des grands sauropodes, chantier de fouille de Plagne (état au 1er août 2011) ), où, comme à Colunga, coexistaient théropodes et sauropodes.