Les spatter cones et les hornitos , des édifices volcaniques à pentes raides mais pourtant engendrés par des laves très fluides

Pierre Thomas

Laboratoire de Géologie de Lyon / ENS Lyon

Olivier Dequincey

ENS Lyon / DGESCO

26/01/2015

Résumé

Cônes à parois d'éclaboussures de lave, exemples d'Hawaï (Kilauea), des Canaries (île de Lanzarote) et des Galapagos (île Bartolome).


Figure 1. Vue globale d'un spatter cone et détail de la paroi interne de son "cratère", Kilauea, Hawaï

Un spatter cone est un cône de scories soudées, car encore partiellement fondues et "pâteuses" lors de leur retombée. Ces scories pâteuses ne coulent que de quelques centimètres en arrivant au sol (voir détail à droite), se collent les unes sur les autres, et forment des édifices à pentes très raides, voire verticales, que ce soit les pentes des flancs externes ou la pente du interne du "cratère" (voir vue d'ensemble à gauche). Ce spatter cone est situé à l'intérieur de la caldeira du Kilauea à Hawaï. Il date d'une éruption de 1982 et mesure environ 6 m de hauteur.


L'expression spatter cone (terme anglais) signifie littéralement « cône d'éclaboussures ». Il s'agit de petits cônes volcaniques (typiquement de 1 à 10 m de hauteur) formés par la chute de scories non complètement solidifiées. Encore pâteuses, les scories s'empilent car elles ne glissent pas vers le bas de la pente comme dans un cône classique. Au contraire, elles se collent les unes sur les autres et ne coulent que de quelques centimètres. Cela forme des édifices aux pentes raides qui entourent le conduit de sortie de la lave. Ce sont des petits volcans, la plupart du temps basaltiques. La lave qui sort est très chaude et très fluide ; l'explosivité est très faible. C'est parce que la lave est très chaude et très fluide, et parce que les fragments de lave ne font qu'un faible trajet aérien (explosivité faible), qu'elle arrive au sol encore pâteuse. Traditionnellement "on" dit que les volcans à flancs raides sont dus à des laves visqueuses, alors que les édifices volcaniques bâtis par des laves fluides ont des pentes faibles, de quelques degrés quand il s'agit de lave, d'une trentaine de degrés quand il s'agit de scories. Les spatter cones sont donc une apparente exception à une "loi", loi suffisante si on habite en Auvergne ou aux Antilles, loi trop simpliste si on habite à la Réunion où il en existe de nombreux (la chapelle de Rosemont, par exemple).

Il n'y a pas de terme français pour ce type d'édifice, bien que les spatter cones soient très fréquents à la Réunion, et qu'il en existe aussi quelques-uns dans la Chaîne des Puys. En France, on emploie presque indifféremment les termes anglais ( spatter cone ) ou espagnol ( hornito ), terme qui signifie « petit fourneau ». Si la lave sort d'une fissure volcanique, on peut obtenir un alignement de spatter cones . Pour les "puristes", il y a peut-être une différence entre spatter cone et hornito . Cette différence n'est pas apparente et pas systématique quand on consulte différents dictionnaires. Il semble toutefois que le terme hornito soit préférentiellement utilisé pour les édifices de toute petite taille.

Figure 2. Vue détaillée du rempart interne du spatter cone ci-dessus, Hawaï

On voit très bien comment les fragments de lave encore pâteux se collent les uns sur les autres en s'écoulant faiblement vers le bas.


Figure 3. Vue très détaillée du rempart interne du spatter cone ci-dessus, Hawaï

On voit très bien comment les fragments de lave encore pâteux se collent les uns sur les autres en s'écoulant faiblement vers le bas.


Figure 4. Groupe de deux spatter cones , dont celui des figures précédentes, Hawaï

Ces deux spatter cones , photographiés en 2007, de quelques mètres de hauteur, appartiennent à un alignement de dizaines de spatter cones qui se sont édifiés en 1982 le long d'une fracture ouverte sur le plancher de la caldeira du Kilauea. La convergence avec le spatter cone actif de la figure 7 est saisissante.

Photo 2007






Figure 9. Alignement de spatter cones en cours d'édification en 1984 (26 mars) sur le Mauna Loa (Hawaï)

L'éruption de 1982 dans la caldeira du Kilauea (celle qui a édifié l'alignement de spatter cones des figures 1 à 6 et 10 à 15) devait ressembler à cela.


Les spatter cones sont très fréquents sur les volcans basaltiques. Mais, de petite taille, ils sont très peu visibles sur les volcans éteints depuis des milliers ou des millions d'années, comme ceux du Massif Central. Ils abondent par contre dans les régions volcaniquement actives, comme à la Réunion, en Islande… Pour le plaisir des yeux, nous vous en montrons quelques-uns sur l'île de Lanzarote aux Canaries, et sur l'île de Bartolome aux Galapagos. Nous ne vous montrons pas d'image Google Earth de ces spatter cones . Ces structures sont de petite taille, et les images Google Earth n'ont pas la résolution suffisante en ce qui concerne le relief pour rendre compte de leur morphologie si particulière. Mais vous pouvez localiser précisément ces 3 sites de spatter cones via les liens suivants : Kilauea.kmz pour Hawaï, Lanzarotte.kmz pour les Canaries, Bartolome.kmz pour les Galapagos.

Figure 16. Alignement de quatre hornitos (on est en pays hispanophone) sur l'île de Lanzarote aux Canaries

À l'arrière-plan, d'autres cônes volcaniques, parfois à pentes raides.


Figure 17. Vue détaillée des hornitos de gauche (NO) de la figure ci-dessus, ïle de Lanzarote, Canaries

À l'arrière-plan, d'autres cônes volcaniques, parfois à pentes raides.


Figure 18. Vue détaillée des hornitos de droite (SE) de la figure ci-dessus, ïle de Lanzarote, Canaries

À l'arrière-plan, un autre cône volcanique à pentes raides. La convergence morphologique de l' hornito de droite avec celui de la figure 7 est saisissante.


Figure 19. Gros plan sur un spatter cone de l'île de Barlome aux Galapagos


Figure 20. Vue plus large d'un "champ" de spatter cones sur l'île de Bartolome aux Galapagos

Au fond, l'île de Santiago.


Figure 21. Vue large d'un "champ" de spatter cones sur l'île de Bartolome aux Galapago

Au fond, l'île de Santiago.