Mots clés : balane, lumachelle, calcaire bioclastique, calcaire coquillier, coquille, molasse

Les balanes miocènes du Languedoc et de la Provence, île Sainte Lucie (Aude)

Pierre Thomas

Laboratoire de Géologie de Lyon / ENS Lyon

Olivier Dequincey

ENS Lyon / DGESCO

02/06/2014

Résumé

Calcaire bioclastique et lumachelle à bivalves et balanes dans le faciès marin du Burdigalien - Helvétien du Languedoc.



La Provence et le Languedoc restent presque totalement émergés du milieu du Crétacé au Miocène basal, par suite entre autres des mouvements pyrénéo-provençaux. Le Crétacé supérieur, quand il s'en dépose, est continental et riche en œufs de dinosaures (cf. Œufs de dinosaure dans le Rognacien... ). Quand il s'en dépose, Paléocène, Éocène, Oligocène et Miocène basal sont continentaux (fluviatiles, lacustres...), sauf à l'Ouest du Languedoc où la mer revient brièvement à l'Éocène inférieur (cf. Les fossiles de l'Yprésien inférieur des Corbières (Aude) ). À l'Oligocène terminal – Miocène inférieur la rotation du bloc corso-sarde ouvre la Méditerranée occidentale, bassin à lithosphère océanique, ce qui donne au Sud de la France son visage actuel. La nouvelle Méditerranée peut localement transgresser sur les parties basses de la Provence et du Languedoc à partir du Miocène inférieur. Au Miocène inférieur et moyen (Burdigalien supérieur – Helvétien), la mer très peu profonde dépose des sables, argiles et surtout des calcaires bioclastiques très riches en fragments de coquilles. Parfois, des bancs de coquilles non (ou peu) fragmentées sont interstratifiés dans les calcaires bioclastiques. Si la cimentation de ces coquilles (presque) entières est poussée, on parle de falun. Si la cimentation est très faible, on parle de lumachelle. Ces calcaires bioclastiques sont connus géologiquement sous le nom de « molasse burdigalienne ». Cette molasse burdigalienne est très utilisée dans le bâtiment, et l'est aussi beaucoup pour faire des cheminées d'intérieur. Elle est vendue sous le nom de « pierre du Gard » » (cf. Carrières de pierres de taille ). Elle a été abondamment utilisée pour la construction des ponts, châteaux et églises depuis les Romains. Citons le Pont du Gard, les remparts d'Avignon, la Citadelle des Baux de Provence, les églises d'Uzès et la cathédrale de Narbonne. Cette dernière a été bâtie avec cette "molasse" extraite de carrières situées sur l'ancienne île Sainte Lucie près de Port la Nouvelle, et transportée en péniches jusqu'à Narbonne par le canal de la Robine. On peut encore voir ces très anciennes carrières sur l'île, île également célèbre pour sa réserve naturelle de Sainte Lucie (attention, chasse, cueillettes et prélèvements d'échantillons interdits) et pour ses chemins de randonnées. Au hasard de ses promenades (attention, il est interdit de quitter les sentiers balisés), on peut tomber sur de somptueux affleurements de ces bancs de lumachelles avec de très belles coquilles de bivalves, certaines recouvertes de balanes, animaux littoraux du groupe des crustacés cirripèdes.

Figure 2. Coquille de bivalve à balanes, Miocène inférieur à moyen marin, île Sainte Lucie, Aude

Coquille de bivalve à balanes, Miocène inférieur à moyen marin, île Sainte Lucie, Aude

La coquille (celle de la première image) est relativement isolée dans un sable bioclastique non consolidé et est située à une dizaine de centimètres sous un banc de lumachelle.


Figure 3. Coquille de bivalve à balanes dans son contexte géologique et morphologique, Miocène inférieur à moyen marin, île Sainte Lucie, Aude

Coquille de bivalve à balanes dans son contexte géologique et morphologique, Miocène inférieur à moyen marin, île Sainte Lucie, Aude

La coquille (celle de la première image) est relativement isolée dans un sable bioclastique non consolidé et est située à une dizaine de centimètres sous un banc de lumachelle.


Figure 4. Contexte géologique et morphologique de la coquille de bivalve à balanes de la première image

Contexte géologique et morphologique de la coquille de bivalve à balanes de la première image

La coquille (celle de la première image) est relativement isolée dans un sable bioclastique non consolidé et est située à une dizaine de centimètres sous un banc de lumachelle.


Figure 5. Contexte géologique et morphologique de la coquille de bivalve à balanes de la première image

Contexte géologique et morphologique de la coquille de bivalve à balanes de la première image

La coquille (celle de la première image) est relativement isolée dans un sable bioclastique non consolidé et est située à une dizaine de centimètres sous un banc de lumachelle.


Figure 6. Localisation de l'île Sainte Lucie (flèche rouge) sur fond de carte géologique de la France au millionième

Localisation de l'île Sainte Lucie (flèche rouge) sur fond de carte géologique de la France au millionième

L'île de Sainte Lucie (Aude), près de Narbonne, est l'un des affleurements de Miocène marin (m, en jaune pâle sur la carte) les plus occidentaux de la Provence et du Languedoc.


Figure 15. Coquilles de balanes actuelles fixées sur une huître achetée sur un marché lyonnais

Coquilles de balanes actuelles fixées sur une huître achetée sur un marché lyonnais

On voit bien l'enveloppe tronconique externe, la carène, formée de plusieurs plaques calcaires (quatre plaques carénales et une plaque rostrale) et l'opercule fermant la cavité sommitale, opercule formé du tergum et du scutum.


Figure 16. Coquilles de balanes actuelles fixées sur une moule achetée sur un marché lyonnais

Coquilles de balanes actuelles fixées sur une moule achetée sur un marché lyonnais

On voit bien l'enveloppe tronconique externe, la carène, formée de plusieurs plaques calcaires (quatre plaques carénales et une plaque rostrale) et, sur les photos prises « de haut » l'opercule fermant la cavité sommitale, opercule formé du tergum et du scutum


Figure 17. Coquilles de balanes actuelles fixées sur une moule achetée sur un marché lyonnais, vue latérale

Coquilles de balanes actuelles fixées sur une moule achetée sur un marché lyonnais, vue latérale

On voit bien l'enveloppe tronconique externe, la carène, formée de plusieurs plaques calcaires (quatre plaques carénales et une plaque rostrale).



Figure 19. Balanes et moules bien vivantes fixées à des rochers sur la côte atlantique

Balanes et moules bien vivantes fixées à des rochers sur la côte atlantique

Les balanes vivent dans la zone de balancement des marées ou des vagues. Cela permet de bien reconstituer l'environnement du Miocène moyen languedocien.


Figure 20. Premier affleurement vu sous un autre angle, avec bancs de lumachelle interstratifiés dans un sable bioclastique peu consolidé, Miocène inférieur moyen marin, île Sainte Lucie (Aude)

Premier affleurement vu sous un autre angle, avec bancs de lumachelle interstratifiés dans un sable bioclastique peu consolidé, Miocène inférieur moyen marin, île Sainte Lucie (Aude)

Ces niveaux de sable et lumachelle sont surmontés par un banc de calcaire bioclastique bien consolidé.


Figure 21. Vue rapprochée de cet affleurement avec bancs de lumachelle interstratifiés dans un sable bioclastique peu consolidé

Vue rapprochée de cet affleurement avec bancs de lumachelle interstratifiés dans un sable bioclastique peu consolidé

Les niveaux de sable et lumachelle sont surmontés par un banc de calcaire bioclastique bien consolidé.


Figure 22. Vue rapprochée de cet affleurement avec bancs de lumachelle interstratifiés dans un sable bioclastique peu consolidé

Vue rapprochée de cet affleurement avec bancs de lumachelle interstratifiés dans un sable bioclastique peu consolidé

Les niveaux de sable et lumachelle sont surmontés par un banc de calcaire bioclastique bien consolidé.





Mots clés : balane, lumachelle, calcaire bioclastique, calcaire coquillier, coquille, molasse