Mots clés : œuf, dinosaure, coquille, Rognacien, conglomérat

Œufs de dinosaure dans le Rognacien (Crétacé terminal continental) de Provence et du Languedoc

Pierre Thomas

Laboratoire de Géologie de Lyon / ENS Lyon

Olivier Dequincey

ENS Lyon / DGESCO

12/05/2014

Résumé

Sections d'œufs de dinosaures dans un conglomérat rognacien, comparaison de la structure de la coquille des œufs de dinosaures avec celle d'œufs d'autruche.


Figure 1. Œuf de dinosaure dans un conglomérat très induré datant du Rognacien (Crétacé terminal continental) de la région Provence-Languedoc

L'œuf, qui devait avoir la forme d'un ballon de rugby est ici coupé par la surface d'érosion. Il en reste une partie dans la roche, alors que l'autre a été complètement érodée. On voit donc une "section" de coquille. La coquille n'est d'ailleurs pas complète et il en manque un fragment complet sur la gauche. Le conglomérat qui remplit l'œuf est de même nature que le conglomérat extérieur. On peut envisager l'histoire suivante : une femelle de dinosaure a pondu un œuf en creusant un trou dans un banc de petits cailloux le long de la berge d'une rivière du Crétacé terminal (comme le font certaines tortues marines dans des plages de sable). Le petit dinosaure est sorti en cassant la coquille et en la laissant au fond du trou vite rebouché par la prochaine crue de la rivière. On peut aussi imaginer que la femelle a pondu son œuf sur un banc de graviers, peut-être pour le couver. Après l'éclosion, la coquille a été abandonnée, a été prise par le courant de la rivière lors d'une remontée des eaux, est allée s'échouer dans un trou d'eau, et a été recouverte de sédiments. Tous les scénarios intermédiaires sont envisageables.


Figure 2. Coquille d'œuf de dinosaure dans le Rognacien de la région Provence-Languedoc

Zoom de la photo ci-dessus.


Figure 3. Coquille d'œuf de dinosaure dans le Rognacien de la région Provence-Languedoc

Zoom de la photo ci-dessus.


Figure 4. Bloc rocheux (bloc A) contenant l'œuf de dinosaure des figures précédentes

On voit que cet œuf est contenu dans un bloc rocheux qui n'est pas en place, bloc éboulé d'un escarpement situé une vingtaine de mètres plus haut.


Figure 5. Bloc rocheux (bloc A) contenant l'œuf de dinosaure des figures précédentes

On voit que cet œuf est contenu dans un bloc rocheux qui n'est pas en place, bloc éboulé d'un escarpement situé une vingtaine de mètres plus haut.


Le Rognacien, faciès continental du Crétacé terminal, est riche en ossements et surtout en œufs de dinosaures dans les régions Provence et Languedoc. Les gisements de la région d'Aix en Provence sont classés et protégés. D'Est en Ouest, on peut en voir dans le musée d'Aix en Provence, dans celui de Mèze, dans celui de Cruzy et dans celui d'(Espéraza. Mais, si admirer des œufs de dinosaures dans un musée est une chose, les découvrir et les admirer sur place (sans bien sûr ni les prélever ni les dégrader) est autrement plus « jouissif ». Nous vous montrons aujourd'hui de nombreuses photographies de 7 œufs. Ces œufs, comme celui des figures précédentes sont inclus dans un conglomérat très induré et très dur, ancien banc de graviers et de galets ayant subi une diagenèse poussée. Ils ne sont vus qu'en coupe. Ils sont contenus dans des blocs éboulés issus d'un escarpement situé plus haut. Ces 7 œufs sont contenus dans 4 blocs rocheux, un bloc avec un seul œuf visible (bloc A, figures ci-dessus) et trois autres blocs contenant chacun deux œufs (blocs B, C et D). Ces 4 blocs sont contenus dans un espace restreint, et il y a moins de 20 m entre les blocs extrêmes. Il y avait donc au moins 7 œufs dans moins de 20 m de l'ancien banc de graviers et galets, œuf souvent groupés par deux, ce qui fait penser à des nids. Dans la légende de la première figure, on envisageait deux scénarios extrêmes : une femelle de dinosaure avait pondu un œuf en creusant un trou dans un banc de petits cailloux le long de la berge d'une rivière du Crétacé terminal (comme le font certaines tortues marines dans des plages de sable). Le petit dinosaure en était sorti en cassant la coquille et en la laissant au fond du trou vite rebouché par la prochaine crue de la rivière. On peut aussi imaginer que la femelle ait pondu son œuf sur un banc de gravier, peut-être pour le couver. Après l'éclosion, la coquille vide a été abandonnée, a été prise par le courant de la rivière lors d'une remontée des eaux, est allée s'échouer dans un trou d'eau, et a été recouverte de sédiment. Tous les scénarios intermédiaires sont envisageables. Le deuxième scénario (coquille vide transportée par la rivière et déposée plus en aval) n'explique pas la présence de sept œufs au même endroit. Il faut supposer que notre bancs des graviers et de galets servait de « pondoir » à dinosaures, et que les œufs étaient souvent groupés au moins deux par deux. Rien ne nous indique si les adultes prenaient soin des œufs comme les dinosaures actuels (les oiseaux) ou s'ils étaient laissés à l'abandon comme par les tortues. Les œufs ne sont pas entiers, car il manque un fragment de coquille, que l'on retrouve souvent à l'intérieur de l'œuf. Quand on peut orienter le bloc (éboulé depuis un escarpement situé plus haut), on voit que l'ouverture de la coquille est située sur la face supérieure de l'œuf. On peut imaginer que c'est par là qu'est sorti le petit dinosaure. Nous vous montrons maintenant les photographies (prises depuis des distances différentes) de ces trois blocs comportant chacun deux œufs.


Figure 7. Bloc de Rognacien (bloc B) contenant deux œufs de dinosaure

Le bloc a été basculé de 90°.


Figure 8. Bloc de Rognacien (bloc B) contenant deux œufs de dinosaure

Le bloc a été basculé de 90°.


Figure 9. Deux œufs de dinosaure dans le bloc B : un gros et un petit (ou un deuxième gros coupé près du "petit bout")

Le bloc a été basculé de 90°.


Figure 10. Deux œufs de dinosaure dans le bloc B : un gros et un petit (ou un deuxième gros coupé près du "petit bout")

Le bloc a été basculé de 90°.


Figure 11. Bloc de Rognacien (bloc C) contenant deux œufs de dinosaure


Figure 12. Bloc de Rognacien (bloc C) contenant deux œufs de dinosaure


Figure 13. Œuf de dinosaure, partie gauche du bloc C

Toute la partie supérieure de la coquille manque, mais se retrouve plus bas à l'intérieur de l'œuf.


Figure 14. Œuf de dinosaure, partie gauche du bloc C

Toute la partie supérieure de la coquille manque, mais se retrouve plus bas à l'intérieur de l'œuf.


Figure 15. Œuf de dinosaure, partie droite du bloc C

Là encore, l'œuf est ouvert dans sa partie supérieure. La coquille est nettement cassée à gauche de cette ouverture, avec un petit fragment de coquille encore attaché au principal morceau de coquille.


Figure 16. Œuf de dinosaure, partie droite du bloc C

Là encore, l'œuf est ouvert dans sa partie supérieure. La coquille est nettement cassée à gauche de cette ouverture, avec un petit fragment de coquille encore attaché au principal morceau de coquille.


Figure 17. Œuf de dinosaure, partie droite du bloc C

Là encore, l'œuf est ouvert dans sa partie supérieure. La coquille est nettement cassée à gauche de cette ouverture, avec un petit fragment de coquille encore attaché au principal morceau de coquille.


 

Figure 18. Bloc de Rognacien (bloc D) contenant deux œufs de dinosaure

Ce bloc D, éboulé, a subi une rotation de 60° vers la gauche. Le haut du bloc correspond à la face plane inclinée de 60° en haut à gauche.


Figure 19. Bloc de Rognacien (bloc D) contenant deux œufs de dinosaure

Ce bloc D, éboulé, a subi une rotation de 60° vers la gauche. Le haut du bloc correspond à la face plane inclinée de 60° en haut à gauche.


Figure 20. Bloc de Rognacien (bloc D) contenant deux œufs de dinosaure

Ce bloc D, éboulé, a subi une rotation de 60° vers la gauche. Le haut du bloc correspond à la face plane inclinée de 60° en haut à gauche.


Figure 21. Œuf de dinosaure, en bas du bloc D


Figure 22. Œuf de dinosaure, en haut du bloc D

Le haut de la coquille (maintenant en haut à gauche) montre des fragments de coquille cassée rentrant à l'intérieur du fragment principal.


Figure 23. Œuf de dinosaure, en haut du bloc D

Le haut de la coquille (maintenant en haut à gauche) montre des fragments de coquille cassée rentrant à l'intérieur du fragment principal.


Les sept œufs présentés ici sont contenus dans un conglomérat très dur. Les extraire sans les casser est impossible. Et, à moins de prendre le bloc entier pour l'amener dans un musée, il vaut bien mieux le laisser sur place pour que des géologues promeneurs et fureteurs puissent les admirer. Mais il y a des bancs argileux entres les bancs gréseux et conglomératiques et on peut assez souvent, en particulier après les orages, trouver des fragments de coquille dégagés par la pluie. On peut alors facilement étudier la morphologie des faces externe ou interne de la coquille, ainsi que sa structure interne, et les comparer avec les coquilles d'œufs de dinosaures de grosse taille vivant aujourd'hui, par exemple les œufs d'autruches.

Figure 24. Faces externes de fragments de coquilles d'œufs de dinosaure



Figure 26. Comparaison entre la structure interne de coquilles d'œufs de dinosaure du Crétacé supérieur (en bas) et du Quaternaire (œufs d'autruche, en haut)

Ces deux coquilles ont une épaisseur et une structure analogues ; elles sont constituées de prismes allongés de carbonate de calcium, l'allongement de ces prismes étant perpendiculaire à la surface de la coquille.


Mots clés : œuf, dinosaure, coquille, Rognacien, conglomérat