Schistosité moulant des stromatolites (oncolites) à la base de la nappe des Corbières, Pont de Ripaud (Aude)

Pierre Thomas

ENS Lyon - Laboratoire des Sciences de la Terre

Olivier Dequincey

ENS Lyon / DGESCO

19/03/2007

Résumé

Schistosité défléchie par des corps « durs ».



La semaine dernière, nous avons vu un synclinal couché à la base de la nappe des Corbières. Nous vous montrons cette semaine (et la semaine suivante) des détails des déformations du flanc Est de ce synclinal.

Les terrains du Crétacé supérieur régional sont constitués d'alternances de bancs calcaires et de bancs marneux. Ces bancs marneux contiennent de multiples mini-stromatolites sphériques, de taille centimétrique, connues sous le nom d'oncolites. Les bancs marneux, très ductiles, sont très schistosés, contrairement au bancs calcaires. Dans ces bancs marneux, la schistosité affecte l'ensemble de la couche marneuse, à l'exception des oncolites, objets faits de calcaire dur. La schistosité est alors défléchie, et tourne autour des oncolites.

La schistosité représente le plan d'aplatissement principal de la matière. Cet aplatissement (de direction "en haut - à droite /en bas- à gauche" entraîne un étirement de la matière perpendiculairement à cet aplatissement.

Ce dispositif, ici à l'échelle centimétrique, n'est pas sans rappeler ce que nous avons déjà vu à l'échelle décimétrique ou à l'échelle kilométrique.

L'image 2 montre le même secteur avec un peu de recul, et l'image 3 montre son interprétation tectonique.

Figure 2. Même affleurement, avec un peu de recul, nappe des Corbières, Pont de Ripaud (11)

Même affleurement, avec un peu de recul, nappe des Corbières, Pont de Ripaud (11)

Figure 3. Interprétation tectonique de l'affleurement, nappe des Corbières, Pont de Ripaud (11)

Interprétation tectonique de l'affleurement, nappe des Corbières, Pont de Ripaud (11)

La schistosité traverse l'image en diagonale (en haut à gauche / en bas à droite).


Les images 4, 5 et 6 montrent des vues de plus en plus éloignées de cet affleurement.

Figure 4. Vue plus générale de l'affleurement, nappe des Corbières, Pont de Ripaud (11)

Vue plus générale de l'affleurement, nappe des Corbières, Pont de Ripaud (11)

Figure 5. Vue générale de l'affleurement, nappe des Corbières, Pont de Ripaud (11)

Vue générale de l'affleurement, nappe des Corbières, Pont de Ripaud (11)

Au sommet, une couche calcaire « intacte ». Au milieu et en bas à gauche, on observe 2 boudins de calcaire, restes étirés et boudinés de lits calcaires pris entre 2 niveaux marneux ductiles schistosés.


Figure 6. Vue générale du pli de Ripaud, nappe des Corbières (11)

Vue générale du pli de Ripaud, nappe des Corbières (11)

Le cercle rouge indique la localisation de l'affleurement.


L'image 7 montre un gros plan sur le boudin central de l'image 5, lui aussi moulé par la schistosité. Il y a donc similitude du comportement de la schistosité autour des corps durs centimétriques (les oncolites) et métriques (le boudin central).


Les images 8 et 9 montrent la structure interne, en couches concentriques, des oncolites.

Contrairement aux marnes, les oncolites, dures, n'ont en général pas été aplaties et/ou étirées par la tectonique. Certaines d'entre elles ont néanmoins été déformées. Non ductiles mais cassantes, les oncolites sont alors fracturées, avec remplissage des fractures par de la calcite (cf image 10). Ce dispositif n'est pas sans rappeler des images déjà vues de bélemnite fracturée ou de galet étiré.

Figure 10. Oncolite étirée et fracturée, nappe des Corbières, Pont de Ripaud (Aude)

Oncolite étirée et fracturée, nappe des Corbières, Pont de Ripaud (Aude)

Dans l'image du bas, le plan de schistosité est horizontal et perpendiculaire à l'écran. Dans l'image du haut, le plan de schistosité est parallèle à l'écran.


La semaine prochaine, nous verrons que cet aplatissement/étirement accompagne une composante cisaillante notable.