Séisme de L'Aquila (Italie), 6 avril 2009

Pierre Thomas

Laboratoire de Sciences de la Terre, ENS Lyon

Olivier Dequincey

ENS Lyon / DGESCO

07/04/2009

Résumé

Le tremblement de terre de L'Aquila (Abruzzes, Italie) du 6 avril 2009, comment avoir des renseignements scientifiques.


Le séisme de L'Aquila (Italie)

Un fort tremblement de terre a secoué l'Italie centrale (région des Abruzzes) le 6 avril 2009, à 01h32 TU soit 03h32 heure locale. Ce tremblement de terre a fait au moins 228 morts (bilan provisoire après 36 heures), de très nombreux blessés et d'importantes destructions.

Cette "brève" n'a pour but que de faire un très rapide résumé du contexte géologique et tectonique de ce séisme, ainsi que d'indiquer à tout un chacun comment se procurer ces informations. En effet, dans les grands médias, on voit, entend et lit n'importe quoi, allant de « ce séisme est dû au mouvement des plaques qui flotte sur le magma » à « ce séisme est dû à la très forte poussée des plaques », alors que ce séisme est en extension.

Les données scientifiques rapidement disponibles

Quand il y a un séisme quelque part dans le monde, très rapidement, les informations collectées par différents réseaux de surveillance sismique sont traitées et présentées sur le site de l'USGS ( U.S. Geological Survey ).

On trouve sur la page d'accueil une carte du monde avec les séismes de la dernière semaine. Il suffit de cliquer sur celui sur lequel on cherche des informations. Ici le séisme "Magnitude 6.3 Central Italy 1h32 TU".

Figure 1. Présentation générale du séisme de L'Aquila du 6 avril 2009 sur le site de l'USGS

Présentation générale du séisme de L'Aquila du 6 avril 2009 sur le site de l'USGS

Les caractéristiques principales sont données. Plusieurs onglets d'information sont proposés.


Cette page donne les caractéristiques du séisme (date, heure, magnitude, localisation, profondeur…). En cliquant ensuite sur les différents onglets " summary ", " maps ", " scientific & technical ", " additionnal info ", on peut rapidement se faire une idée personnelle sur le contexte de ce séisme.

Pour un géologue, c'est l'onglet " scientific & technical " qui est le plus riche d'information. Il donne en effet le mécanisme au foyer (plus précisément les mécanismes au foyer calculés par divers procédés).

Figure 2. Mécanisme au foyer du séisme de L'Aquila du 6 avril 2009 sur le site de l'USGS

Mécanisme au foyer du séisme de L'Aquila du 6 avril 2009 sur le site de l'USGS

Plusieurs mécanismes au foyer sont proposés. Très proches, ils correspondent chacun à un mode de calcul différent à partir des données brutes collectées.


Si on a l'habitude de lire les mécanismes au foyer, on voit tout de suite que ce séisme est dû au rejeu d'une faille normale NNO-SSE, indiquant une extension dans la direction approximative SO-NE. Dire alors sans précaution que ce séisme est dû à la « poussée » de l'Afrique devient un résumé un peu rapide.

La rubrique " Historic Moment Tensor Solution " montre que ce séisme est représentatif de ce qui se passe "habituellement" en Apennin.

L'onglet " summary ", donne en quelques lignes une explication du contexte géologique et tectonique. dont un extrait précise que « The April 6th, 2009 earthquake is related to normal faulting and the east-west extensional tectonics that dominate along the entire Apennine belt, primarily a response to the Tyrrhenian basin opening faster than the compression between the Eurasian and African plates » , soit en traduction rapide : « le tremblement de terre du 6 avril 2009 is lié à un jeu de faille normale et à une extension Est-Ouest qui dominent dans tous les Apennins, principalement en réponse à une ouverture du bassin Tyrrhénien plus rapide que la compression entre les plaques Eurasie et Afrique ».

Cliquer sur l'onglet " maps " est également très riche d'enseignements. C'est également une mine potentielle d'activités pour les élèves / étudiants. On y trouve des cartes, certaines offrant des liens vers d'autres figures. Examinons quelques cartes.

Figure 3. Carte de la séismicité historique en Italie, sur le site de l'USGS

Carte de la séismicité historique en Italie, sur le site de l'USGS

Plusieurs mécanismes au foyer sont proposés. Très proches, ils correspondent chacun à un mode de calcul différent à partir des données brutes collectées.


La carte de la séismicité historique permet de séparer deux contextes géologiques.

  • Au Sud, on voit un plan de Bénioff avec le très caractéristique plan incliné de séismes de plus en plus profonds. Il s'agit là d'une subduction "classique" avec le Nord de la plaque africaine (de nature océanique) en subduction sous l'arc sicilo-calabrais. Cette subduction, a priori , n'a que des rapports indirects avec le séisme du 6 avril (étoile).
  • Sur tout l'Apennin, on voit une multitude de séismes superficiels. Ces séismes sont dus aux déformations intra-crustales complexes crées par le sous-charriage (= subduction continentale) de la microplaque apulienne (également appelée adriatique) associé à l'ouverture de la mer Tyrrhénienne. On peut voir dans la rubrique " Historic Moment Tensor Solution " de l'onglet " scientific and technical " que les séismes internes à l'Apennin sont soit en extension, soit en décrochement.

Figure 4. Carte des aléas sismiques en Italie, sur le site de l'USGS

Carte des aléas sismiques en Italie, sur le site de l'USGS

L'étoile localise le séisme du 6 avril 2009.


La carte " seismic hazard map " (aléa sismique) replace le séisme du 6 avril 2009 sur la carte italienne des aléas sismiques établie auparavant. On voit que le séisme d'avril est au milieu d'une zone où les géologues italiens avait identifié les plus fortes probabilités de séisme.

D'autres cartes indiquent le ressenti des populations et les dégâts matériels potentiels.


La carte " Do you fell it, tell us " est une carte indiquant le ressenti de la population (échelle Mercalli modifiée, ou MSK).


La carte " PAGER Population Exposure " montre la carte des iso-intensités établie d'après tous les renseignements obtenus 36 heures après le séisme.

Enfin, des liens vers Google earth et Google Map permettent de localiser le séisme dans son cadre morphologique.


Des prédictions toujours impossibles

Les médias (qui adorent parler sans savoir) font également abondamment état d'une prévision qui aurait été faite et qui n'aurait pas été prise en compte par les autorités. Sans rien pouvoir dire sur ce cas précis, que peut-on dire sur la prévision des séismes en général ?

Des millions de dollars, de yens, d'euros… sont dépensés pour essayer de prévoir les séismes. Prévoir un séisme, c'est pouvoir dire : « à tel endroit, tel jour (et si possible à telle heure) il va y avoir un séisme de magnitude x. Il est alors indispensable d'évacuer totalement ou partiellement la population dans un rayon de y km pendant z jours ».

Toutes les méthodes possibles ont été et sont testées, depuis des méthodes les plus théoriques (comprendre le mécanisme de la rupture), aux plus instrumentales (mesure de la micro-séismicité, du taux de radon dégagé par le sol, des déformations du sol, de phénomènes électriques…), aux plus empiriques (comportement des animaux, méthode bien développée par les Chinois dans les années 1970). Certaines de ces méthodes se targuent de quelque(s) succès, hélas bien peu reproductibles. Mais ce qu'il faut, c'est prévoir "à coup sûr". Il serait bien sûr préférable que chaque séisme soit prévu ; mais si 1 sur 2 est prévu, ce n'est déjà pas si mal. Mais surtout, il faut que la prédiction soit certaine . On ne peut pas en effet évacuer une région pendant plusieurs jours ou mois à chaque fois qu'il "pourrait" y avoir un séisme. Tokyo est l'une des villes du monde la plus potentiellement en danger, détruite pour la dernière fois en 1923 avec plus de 100.000 morts, et qui va certainement "bientôt" subir un séisme majeur. Mais on ne peut pas évacuer Tokyo à chaque fois que des signes précurseurs peu sûrs indiquent une probabilité de séisme. La seule réponse actuelle, c'est d'identifier les zones à risque (L'Aquila en était une), de construire les bâtiments de façon parasismique (mais que fait-on des vieux bâtiments ?), d'éduquer les populations à se mettre à l'abri au tout début des mouvements (mais que fait-on pour les séismes arrivant pendant le sommeil des gens ?).