Le magmatisme des Vosges septentrionales, traceur de l'évolution géodynamique d'un segment de la chaine varisque - Excursion, description d'affleurements

Hervé Bertrand

Laboratoire de Géologie de Lyon / ENS Lyon - Université Lyon 1

Olivier Dequincey

ENS Lyon / DGESCO

Olivier Dequincey

ENS Lyon / DGESCO

14/11/2018

Résumé

Roches magmatiques et contextes géodynamiques, sélection d'affleurements dans les Vosges septentrionales illustrant les épisodes successifs de l'orogenèse varisque et les roches volcaniques et plutoniques associées.


Table des matières

Cet article fait suite à la préparation d'une excursion par le premier auteur pour le stage d'été 2016 de l'UPA (association des professeurs scientifiques des classes préparatoires biologiques et géologiques BCPST, TB et ATS-Bio). Il reprend et complète les affleurements visités ou indiqués.

Le magmatisme des Vosges du Nord est traité en deux parties :

  • une présentation générale de la chaine varisque et des Vosges suivie d'une chronologie des évènements magmatiques au cours de l'évolution de la chaine varisque dans les Vosges septentrionales (premier article) ;
  • la description d'une sélection d'affleurements pour une excursion sur le magmatisme des Vosges septentrionales permettant la reconnaissance de roches dans des contextes magmatiques variés (cet article).

Localisation des affleurements sélectionnés

Cette deuxième partie a pour objectif de décrire 13 sites (liste non exhaustive) d'affleurements caractéristiques des six épisodes magmatiques présentés en première partie. Ils sont annotés par ordre chronologique (de l'épisode 1, le plus ancien, à l'épisode 6, le plus récent). Ces sites sont suffisamment regroupés pour être visités lors d'une excursion d'une journée (dense, moyennant une sélection des sites) ou de deux journées (départ sur place), selon le nombre d'affleurements envisagés et le temps que l'on souhaite y consacrer. Tous les sites sont localisés sur les figures 1 et 2 et, exceptés les sites 2 et 5c, hors carte sur les cartes 3 et 4. Noter qu'en raison d'un couvert forestier important (nous sommes dans les Vosges !), certains affleurements ont une extension réduite à quelques mètres carrés.

Figure 1. Carte géologique simplifiée des ensembles magmatiques des Vosges septentrionales

Les sites décrits sont localisés.

S-type granite ” = granite issu de la fusion partielle de croute continentale.


Figure 2. Coupe géologique simplifiée des ensembles magmatiques des Vosges septentrionales

Les sites décrits sont localisés.

S-type granite ” = granite issu de la fusion partielle de croute continentale.


Figure 3. Localisation des sites décrits sur fond topographique


Figure 4. Localisation des sites décrits sur fond géologique

Assemblage à partir des cartes au 1/50000ème de Sélestat, Molsheim, Cirey sur Vezouze.


La problématique d'une telle excursion est triple :

  • reconnaitre divers types pétrographiques de roches plutoniques (diorite, granodiorite, monzogranite, leucogranite) et de roches volcaniques (basalte, andésite, rhyolite) ;
  • illustrer, en s'appuyant sur un exemple “historique”, la notion d'auréole de métamorphisme de contact ;
  • utiliser des traceurs magmatiques comme témoins de l'évolution géodynamique d'un segment de la chaîne varisque : ouverture, arrière-arc, subduction, collision, anatexie et effondrement tardi-orogénique.

Épisode 1. Le volcanisme tholéiitique de Bruche/Schirmeck : extension arrière-arc (Dévonien supérieur)

Site 1a : Basaltes et brèches spilitiques de Schirmeck

Le long du chemin forestier de Lombruche, on trouve plusieurs affleurements de basaltes et de brèches spilitiques[1]. Les basaltes (figure 5), gris-verdâtres, le plus souvent aphanitiques (= sans cristaux visibles à l'œil nu), parfois vacuolaires, sont constituées de plagioclase albitisé et d'une pâte riche en oxydes de fer, chlorite, calcite et épidote. Les brèches (localement appelées schalsteins ) sont constituées des mêmes éléments spilitiques (figures 6 et 7), parfois associés à des éléments de kératophyres[2] (figure 8, cf. site 1b). Elles traduisent des éruptions explosives, vraisemblablement sous-marines sous une faible tranche d'eau, dans un bassin arrière-arc.

Figure 5. Basalte spilitique tholéiitique de Schirmeck


Figure 6. Brèche spilitique de Schrimeck, riche en éléments basaltiques


Figure 7. Brèche spilitique de Schirmeck


Figure 8. Brèche spilitique de Schirmeck

Les éléments basaltiques prédominent mais un fragment de kératophyre est également visible sous l'étoile rouge.


Accès. Sur la D1420 à ~2 km au Sud de Rothau, se garer sur le parking (côté Ouest de la route). À partir de l'extrémité Nord du parking, après le passage d'un pont sur un ruisseau, poursuivre sur quelques dizaines de mètres sur le bas-côté herbeux de la route fréquentée. Prendre le chemin qui s'engage sous la voie ferrée. Après avoir traversé une plantation d'épicéas, emprunter sur la droite la route forestière de Lombruche qui monte en décrivant une large boucle en direction du chemin de fer. Les affleurements se situent à environ 0,6 km du parking.

Site 1b : Kératophyres de Schirmeck

Une ancienne carrière (figures 9 et 10) est ouverte dans un affleurement massif s'étendant sur une centaine de mètres, en deux parties (site d'escalade à gauche). Une fracturation intense et complexe peut être observée. La roche, homogène, est un quartz kératophyre (proche des dacites) porphyrique[3] : des phénocristaux d'albite et de quartz sont visibles au sein d'une pâte microlitique verdâtre à violacée. Quelques amas chloriteux proviennent de l'altération de la biotite.

Figure 9. Kératophyre de Schirmeck (carrière de Schirmeck- Walchenbach)


Figure 10. Kératophyre de Schirmeck (carrière de Schirmeck- Walchenbach)


Accès. À la sortie de Schirmeck en direction de Wackenbach, sur la D392, prendre le chemin qui part vers le Nord au niveau d'un terrain de sport. Au bout d'une centaine de mètres, on arrive à l'ancienne carrière (aire de pique-nique aménagée).

Épisode 2. Volcanisme calco-alcalin de Rabodeau : extension arrière-arc (Carbonifère inférieur : Viséen inférieur)

Site 2 : Basalte calco-alcalin de Raon-l'Étape

Le site est une immense carrière de basalte en activité (figure 11), improprement qualifiée de “trapp”. Les coulées basaltiques sont interstratifiées entre des formations sédimentaires d'âge dévonien à carbonifère inférieur, formant une série volcano-sédimentaire : celle-ci est recouverte en discordance par des grès du Permien (figure 12). Les coulées présentent un débit prismatique grossier. Elles sont constituées d'une lave massive et homogène au Sud (figure 13) et plus bréchique au Nord. On y observe des phénocristaux de plagioclase (séricitisé), d'augite (parfois transformée en ouralite – mélange d'amphiboles vert pâle – et épidote), d'oxydes ferrotitanés et parfois d'amphibole. La mésostase est recristallisée dans le faciès schistes verts (ouralite, épidote, quartz, chlorite, calcite).


Figure 12. Contact des grès permiens discordants sur les coulées basaltiques, carrière de Raon-l'Étape

Noter la prismation frustre, verticale, des basaltes.


Figure 13. Basalte calco-alcalin de Rabodeau, carrière de Raon-l'Étape

Noter l'enclave grenue, probablement de gabbro, peut-être cogénétique du basalte.


Accès. L'entrée de la carrière se situe sur la D392, 2 km à l'est de Raon-l'Etape en direction de La Trouche.

Épisode 3. Volcanisme calco-alcalin de la « bande médiane », diorite de Neuntelstein et granodiorite du Champ du Feu (Hohwald) : subduction (Carbonifère inférieur : Viséen supérieur)

Site 3a : Andésites de la bande médiane, route de Belmont

Le talus de la route expose un empilement de plusieurs unités, correspondant à des coulées ou lobes de coulées (figures 14 et 15). La roche de couleur grise est une andésite montrant des phénocristaux de plagioclase disséminés dans la pâte (figure 16). Ce volcanisme calco-alcalin est plus largement représenté au Nord-Ouest sous forme d'ignimbrites à Saint-Nabor (voir thèse A.-S. Tabaud).

Figure 14. Coulées d'andésite de la bande médiane, route de Belmont

Noter le pendage des bancs d'andésite (peut-être d'anciens lobes de coulées).


Figure 15. Coulées d'andésite de la bande médiane, route de Belmont

Noter le pendage des bancs d'andésite (peut-être d'anciens lobes de coulées).


Figure 16. Andésite de la bande médiane, route de Belmont

Noter les phénocristaux de plagioclase.


Accès. À partir de la D657, prendre la D57 en direction de Belmont. Au bout de 150 m, se garer à l'entrée du chemin qui mène au Bambois. Suivre la D57 à pied sur 100 m. L'affleurement se situe sur le talus droit de la route.

Site 3b : Andésites de la bande médiane, source de la Magel

Une ancienne carrière est ouverte dans un thalweg. Le front de taille est envahi par la végétation, mais des éboulis permettent d'échantillonner une andésite porphyrique à phénocristaux de plagioclase (figures 17 et 18), représentative du volcanisme calco-alcalin de la bande médiane.

Figure 17. Andésite de la bande médiane, source de la Magel

Noter les phénocristaux de plagioclase (la surface claire correspond à la patine d'altération).


Figure 18. Andésite de la bande médiane, source de la Magel

Noter les phénocristaux de plagioclase (la surface claire correspond à la patine d'altération).


Accès. Se garer sur le parking de la Rothlach, à l'intersection D130/D214. À partir de l'extrémité Ouest du parking (face à l'auberge de la Rothlach, côté Nord de la route) prendre le chemin forestier (direction Katzmatt). Au bout de 700 m, le chemin arrive à une ancienne carrière.

Site 3c : Diorite de Neuntelstein

Il s'agit de l'équivalent plutonique du volcanisme andésitique de la bande médiane. Cette intrusion, probablement hypovolcanique (présence d'enclaves volcaniques et volcano-sédimentaires) forme une bande orientée SW-NE, associée à la granodiorite du Hohwald. Le principal affleurement est celui du rocher de Neuntelstein. La roche est une diorite constituée majoritairement de plagioclase et d'amphibole (figures 19 et 20) et, en quantité moindre, de biotite (ainsi qu'un peu de quartz). Les cristaux sont de taille millimétrique à centimétrique.

Figure 19. Diorite de Neuntelstein


Figure 20. Diorite de Neuntelstein

Certains cristaux d'amphibole sont centimétriques.


Accès. Sur la D130 (à peu près à 1,5 km à l'Est de la maison cantonnière de Rothlach), se garer sur le bas-côté, à 150 m à l'Est de la borne PR16. On est en contrebas du rocher de Neuntelstein. Repérer sur le côté Nord de la route des blocs et un sentier à travers bois (mal indiqué) qui monte en direction du rocher. Différents blocs peuvent être échantillonnés en éboulis dispersés dans la forêt en contrebas du rocher.

Site 3d : Granodiorite du Hohwald et son auréole de contact, Lilsbach

Cet affleurement montre le célèbre contact “immortalisé” par H. Rosenbusch en 1877 (figures 21 et 22) entre la granodiorite du Hohwald (Carbonifère inférieur) et l'auréole de métamorphisme de contact (figure 23) que son intrusion a engendré au sein des schistes de Steige (Ordovicien-Silurien). Ce contact est malheureusement très dégradé (figures 24 et 25). La granodiorite est constituée de plagioclase et d'orthose (% plagioclase > % orthose = granodiorite), ainsi que de quartz, biotite et amphibole (figure 26). Près du contact avec son encaissant, la granodiorite contient des enclaves de cornéenne. La granodiorite a été datée à 329 Ma (méthode U-Pb).

À partir des schistes de Steige (visibles sur le site 6b), déjà métamorphisés dans le faciès schistes verts avant l'intrusion de la granodiorite, le métamorphisme de contact (thermique) développe successivement des schistes tachetés puis des cornéennes en se rapprochant du contact. Les schistes tachetés (figure 27) montrent des taches sombres d'andalousite et de cordiérite, ainsi que des petits cristaux de magnétite (formés aux dépens de l'hématite) qui se détachent d'un fond clair dominé par les micas blancs. Suite au métamorphisme thermique, le fond de la roche est plus clair que le schiste d'origine. Les cornéennes sont entièrement recristallisées sous l'effet de la chaleur. Ce sont des roches sombres, massives, très dures (figure 28), brunâtres, puis verdâtres à rougeâtres en s'approchant du contact. Le microscope révèle la présence de micas blanc et noir, quartz, cordiérite, andalousite et magnétite fortement enchevêtrés.

Figure 21. Page de garde de la publication de H. Rosenbusch, professeur à l'Université de Strasbourg, en 1877

En 1877, l'Alsace et donc le versant oriental des Vosges étaient allemandes. Voir aussi la version française : Les schistes de Steige et leur contact avec les granites de Barr-Andlau et Hohwald .



Figure 23. Extrait de la carte géologique de Sélestat au 1/50000, montrant le contact (3d) entre la granodiorite du Hohwald et les schistes de Steige

L'auréole de métamorphisme de contact des schistes est représentée par les ponctuations rouges. Le site 6b (voir figures 45 à 51) est également localisé.


Figure 24. Contact (en tiretés) entre la granodiorite du Hohwald et les cornéennes


Figure 25. Zoom sur le contact entre la granodiorite du Hohwald et les cornéennes

Le manche du marteau marque le contact. Noter le contraste entre la cassure de la cornéenne et celle de la granodiorite.


Figure 26. Granodiorite du Hohwald


Figure 27. Schiste tacheté

Les “taches” sombres correspondent à de l'andalousite et de la cordiérite. Échantillon prélevé le long de la D425, dans le virage entre Lilsbach et Eftermatten.


Figure 28. Cornéenne, à peu près à un mètre du contact avec la granodiorite


Accès. Sur la D425, entre Le Hohwald et Andlau, se garer au départ du chemin Adelaïde (en face de l'auberge de Lilsbach). En remontant le chemin Adelaïde, le long de la rivière Andlau (à la première fourche prendre à gauche), on traverse l'auréole de contact (schistes tachetés puis cornéennes) et on atteint en quelques centaines de mètres le contact (marqué par un panneau explicatif) entre la granodiorite et la cornéenne.

Les plus beaux schistes tachetés peuvent être observés le long de la D425, côté Nord de la route, dans le virage entre Lilsbach et Eftermatten (virage dangereux : attention au trafic !).

Épisode 4. Les granites “anciens” : collision (Carbonifère supérieur : Namurien)

Site 4 : Granite de Fouday-Grendelbruch/Barembach, Rocher du Corbeau à Rothau

L'affleurement est une falaise massive intensément fracturée et en grande partie recouverte d'une patine d'altération et de lichens (figure 29). La roche, rougeâtre, est intermédiaire entre un granite monzonitique (pourcentage d'orthose à peu près égal au pourcentage de plagioclase) et une granodiorite. Elle est constituée de plagioclase, d'orthose, de quartz interstitiel et d'amas de biotite (figure 30). La falaise étant relativement dangereuse (bord de route et risque de chute de blocs), il est conseillé d'observer le granite à l'entrée du chemin forestier qui part immédiatement à l'Ouest du Rocher du Corbeau (talus récemment “rafraichi”).

Figure 29. Rocher du Corbeau, à Rothau : granite de Fouday (granite “ancien”)


Figure 30. Granite de Fouday (granite “ancien”)


Accès. Sur la D130, à la sortie Est de Rothau, se garer à droite de la route au niveau d'une aire avec poubelles, face au départ d'un chemin forestier. Les affleurements se situent dans le talus au départ du chemin forestier et dans la falaise située le long de la route quelques dizaines de mètres plus à l'Est.

Épisode 5. Les granites “récents” : collision (Carbonifère supérieur : Westphalien)

Site 5a : Granite de Natzwiller, carrière du Camp du Struthof

Cette carrière est un lieu de mémoire (ancien camp de concentration du Struthof) : ne pas casser d'échantillons. La roche est massive et très fissurée (figure 31). C'est un granite porphyroïde[4] rose, présentant de gros cristaux d'orthose, du plagioclase, du quartz, de la biotite et un peu d'amphibole (figures 32 et 33). Le granite est monzonitique (pourcentage d'orthose à peu près égal au pourcentage de plagioclase). Le granite de Natzwiller se met en place en massif bien circonscrit (comme les autres granites “récents” d'Andlau et de Senones) qui recoupe le granite ancien de Fouday. Il a été daté à 312-314 Ma. Son cortège filonien d'aplites[5] et de microgranites[6] est bien développé, comme le montre le dyke de Fouday (site 5b).

Accès. Sur la D130, juste après le mémorial du Struthof (en venant de Rothau) prendre, sur la droite de la route, le chemin menant aux anciennes carrières (indiquées par un panneau). Parking aménagé.

Site 5b : Dyke de Fouday

Ce dyke, épais de 20 m, fait partie du cortège filonien du granite de Natzwiller. Il recoupe une phtanite[7] à radiolaires d'âge dévonien moyen (figure 34).

Le contact Sud n'est que très localement intact : il  a été repris par des  petits mouvements tectoniques ultérieurs et ne s'observe que dans des panneaux préservés entre des fines zones de cisaillement. La phtanite a été modifiée par l'intrusion et apparait décolorée, blanchie et broyée, dans les 50 premiers centimètres au-delà du contact. Elle est aussi envahie par des trainées rougeâtres qui se limitent aux deux premiers mètres proches du contact.

Le contact Nord est plus facilement observable (figure 35). On y voit un écaillage de l'encaissant (intrusion en force). Du côté de l'intrusion, en s'éloignant du contact, on y remarque successivement : a) une zone pauvre en phénocristaux large de 1 à quelques cm ; b) une zone ou les cristaux sont orientés parallèlement à la bordure, indiquant une fluidalité d'écoulement magmatique (largeur de 5 à 10-15 cm) ; c) au-delà, les phénocristaux, de taille plus importante, ne montrent plus d'orientation préférentielle.

La roche constitutive du dyke est un microgranite porphyrique, de couleur rouge, constitué de grands phénocristaux automorphes de plagioclase blanc et d'orthose rose, de ferromagnésiens noir-vert chloritisés et de quartz globuleux parfois corrodés (figures 36 et 37). Des cristaux plus fins de biotite, disloqués, sont aussi visibles dans une pâte rosâtre. Des micro-enclaves d'encaissant sont localement englobées dans le dyke.

Figure 34. Le dyke de Fouday et ses contacts avec les phtanites



Figure 36. Le microgranite de Fouday


Figure 37. Le microgranite de Fouday, détail


Accès. À l'entrée Ouest de Fouday, sur la D57, prendre la “Rue Principale” (D95, direction Solbach) jusqu'au restaurant de la gare. Se garer peu après, au niveau du départ du “Chemin de la Folie” qui descend sur la gauche sur 200 m jusqu'à l'affleurement, au niveau de la voie ferrée.

Site 5c : Granite de Senones

Il s'agit d'une vaste carrière en exploitation (figures 38 et 39). Le granite est un monzogranite (figures 40 et 41) parfois porphyroïde, contenant de l'orthose, du plagioclase, du quartz, de la biotite et, en quantités moindre, de l'hornblende verte et des oxydes ferro-titanés (± apatite, zircon et monazite). Des enclaves dioritiques sont localement observées (figure 42). Le granite montre différents faciès, notamment en fonction de la coloration des cristaux d'orthose (variétés « feuille morte » et « rouge corail », pour plus de détails voir le site de l'académie Nancy-Metz.

Figure 38. Vue générale de la carrière de granite de Senones


Figure 39. Exploitation par paliers de la carrière de granite de Senones


Figure 40. Granite monzonitique de Senones (granite “récent”)

Le plagioclase est blanc, l'orthose est gris-rosé.


Figure 41. Granite monzonitique de Sénone (granite “récent”), détail

Le plagioclase est blanc, l'orthose est gris-rosé.


Figure 42. Le granite de Sénone et une enclave de diorite (probablement cogénétique)


Accès. Dans Senones, prendre la D49 vers le Sud. Puis, 200 m après le hameau La Forain”, prendre à gauche le chemin qui conduit aux carrières au bout d'un peu plus d'1 km. Plusieurs blocs peuvent être échantillonnés avant l'entrée de la carrière en activité.

Épisode 6. Leucogranite de Kagenfels et volcanisme de Nideck-Donon : Anatexie et effondrement de la chaîne (Permien inférieur)

Site 6a : Leucogranite de Kagenfels, Rocher du Loup

L'affleurement se présente sous forme d'un chaos rocheux (blocs métriques) au milieu d'un bois (figure 43). Le granite, de couleur rose, est constitué d'orthose (majoritaire), de plagioclase, de quartz et, en quantité moindre, de biotite (figure 44). C'est le seul granite peralumineux de type S, donc issu exclusivement (ou très majoritairement) de l'anatexie crustale.

Figure 43. Chaos granitique du Rocher du Loup (leucogranite de Kagenfels)


Figure 44. Leucogranite de Kagenfels, riche en orthose

C'est le seul granite purement d'anatexie de cette portion des Vosges, témoin de l'effondrement gravitaire et de l'anatexie de la chaîne varisque.


Accès. Sur la D426, en venant du Hohwald, direction Mont Saint Odile, 900 m après le carrefour du Welschbruch, s'arrêter sur une aire de stationnement. De là, poursuivre à pied un chemin en descente sur quelques mètres, jusqu'à un panneau indiquant le Rocher du Loup, correspondant au chaos rocheux. L'échantillonnage est plus facile à l'entrée du chemin (entre le chemin et la D426).

Site 6b : Rhyolite du Nideck, maison forestière d'Eftermatten

À l'arrière de la maison forestière d'Eftermatten, une ancienne petite carrière permet d'observer le contact, très net, entre les schistes de Steige et la rhyolite du Nideck qui recouvrent les schistes (figures 45 à 47).

Les schistes quartzo-phylliteux, violacés, à faciès fin, renferment des chitinozoaires[8] datés du Silurien.

Le long du chemin forestier qui part sur la gauche de la carrière, la rhyolite est structurée en bancs superposés, à prismation frustre (figures 48 à 50).

La rhyolite est constituée de phénocristaux de feldspath et de quartz dans une pâte rougeâtre. Elle montre localement une forte fluidalité, avec des laminations, indiquant un écoulement magmatique voire un épanchement d'ignimbrite (figure 51). Bien que les datations aient donné des âges différents, cette rhyolite est considérée comme l'équivalent volcanique à hypovolcanique du leucogranite de Kagenfels dont elle représente une apophyse (figures 1 et 23). Des faciès analogues affleurent au Nord-Ouest du col du Donon, après Turquestein-Blancrupt.


Figure 46. Contact de la rhyolite du Nideck (Permien inférieur) sur les schistes de Steige (Ordovicien/Silurien), à Eftermatten

Le plan de schistosité sub-vertical est bien visible sur la partie droite de la photo. Le marteau est posé sur le contact.


Figure 47. Détail du contact de la rhyolite du Nideck (Permien inférieur) sur les schistes de Steige (Ordovicien/Silurien), à Eftermatten

Le marteau est posé sur le contact.





Figure 51. Rhyolite du Nideck, à phénocristaux de feldspaths (clairs) et de quartz (sombres)

La fluidalité d'écoulement est bien exprimée.


Accès. Depuis Le Hohwald, suivre la D425 en direction d'Andlau. Juste après la maison forestière/chambre d'hôtes d'Eftermatten, prendre à droite puis au bout de 80 m à gauche, traverser la rivière de l'Andlau, et se garer au niveau de la fourche (abri à bois sur la droite). L'affleurement est dans la fourche.

Quelques références et liens bibliographiques pour en savoir plus

Cyrille Delangle, 2016. Vosges, Guides géologiques , Omniscience, BRGM éditions, 256p

Site de l'académie de Strasbourg : http://www.lithotheque.site.ac-strasbourg.fr/

Site de l'académie de Nancy-Metz :  http://www4.ac-nancy-metz.fr/base-geol/index.php



[1] spilite : roche magmatique verte à structure de basalte, montrant souvent des varioles claires, à filonnets de calcite. Issue de la transformation d'une roche basique dans laquelle les plagioclases donnent de l'albite et les pyroxènes des ferro-magnésiens hydratés, le calcium libéré formant de la calcite.

[2] kératophyre : roche magmatique effusive à chimie de trachyte sodique, à albite, calcite, siliceuse (parfois du quartz), souvent associée à des spilites.

[3] porphyrique : texture montrant de grands cristaux visibles à l'œil nu (phénocristaux) dispersés dans une pâte (sans cristaux discernables à l'œil nu)

[4] porphyroïde : texture montrant de gros cristaux de feldspath dans un fond grenu.

[5] aplite : granite à grain très fin, en général clair. Fréquemment en filons dans des granites.

[6] microgranites : équivalent microgrenu d'un granite, le plus souvent porphyrique à phénocristaux de feldspath et de quartz. En filons ou en bordure de massif granitique.

[7] phtanite : roche sédimentaire siliceuse et argileuse, essentiellement composée de petits cristaux de quartz, montrant parfois des radiolaires et généralement considérée comme marine. Rencontrée dans des séries antécambriennes et paléozoïques en bancs alternant avec des schistes.

[8] chitinozoaire : fossile chitineux du Cambrien au Dévonien. Organisme unicellulaire ou partie d'organe de métazoaire, 50 à 1500 μm, en forme de bouteille ou de cylindre fermé à une extrémité.