L'éclipse de Soleil du 20 mars 2015, éclipse partielle vue de France métropolitaine

Pierre Thomas

Laboratoire de Géologie de Lyon / ENS Lyon

Olivier Dequincey

ENS Lyon / DGESCO

10/03/2015

Résumé

Une éclipse de Soleil à observer sans peur, mais avec les précautions d'usage.


Le 20 mars prochain, une éclipse partielle de Soleil sera visible sur toute la France métropolitaine. C'est au Nord-Ouest qu'elle sera la plus importante (avec 82% du Soleil caché à Brest) et au Sud-Est qu'elle sera la moins spectaculaire (63% à Nice, encore moins en Corse). À quelques minutes près selon les sites, l'éclipse commencera vers 9h20, sera maximum vers 10h30 et se terminera vers 11h40 (heure légale française).

Que verrons-nous (nous et nos élèves, nos étudiants) s'il fait beau !

Figure 1. L'éclipse de Soleil du 3 octobre 2005, vue depuis les Pyrénées

L'éclipse de Soleil du 3 octobre 2005, vue depuis les Pyrénées

Avant toute chose, rappelons que regarder fixement le Soleil plus de quelques secondes, même s'il est partiellement éclipsé, peut provoquer de graves troubles oculaires (seul un Soleil totalement éclipsé peut se regarder sans filtre et sans danger, pendant les quelques minutes que dure la totalité). Il faudra donc utiliser des protections adéquates, en particulier des lunettes "spéciales éclipses". Mais rappelons aussi qu'un Soleil partiellement éclipsé n'est pas plus dangereux qu'un Soleil normal. Et tout le monde a déjà "regardé" le Soleil "comme ça", sans y faire attention. Quand notre regard croise le Soleil, on est ébloui, et on détourne instinctivement le regard. Le danger des éclipses, c'est que comme il y a quelque chose à voir, on ne détourne pas le regard mais qu'au contraire, on se force à regarder. Et une image du Soleil qui reste plus de quelques secondes au même endroit sur la rétine y produit des dégâts irréversibles. La seule différence de nocivité entre un soleil entier et un soleil partiellement éclipsé, c’est la forme de la brûlure et de la destruction rétinienne : brûlure circulaire ou brûlure en forme de croissant.

Pour une éclipse partielle, le spectacle est beaucoup plus grandiose en cas de ciel nuageux qu'en cas de ciel bien bleu, car on peut parfois voir la forme du Soleil à travers les nuages sans utiliser de filtre. C'est ce que nous avons pu photographier le 3 octobre 2005 lors d'un stage de terrain dans les Pyrénées Orientales et qui correspond à peu près à ce que verront les Français le 20 mars prochain. Mais, attention malgré tout à ne pas fixer trop longtemps un Soleil voilé : la brume n'arrête pas 100% des ultra-violets. Des coups de soleil en montagne malgré un ciel brumeux sont là pour en attester.

Mais rappelons que la simple prudence et le bon sens n'obligent pas à avoir des peurs moyenâgeuses ! Après la belle éclipse partielle de 2005, la revue Ciel et Espace, dans son numéro de mars 2006, citait 2 exemples de ce qui ne devrait pas arriver dans un établissement de l'Éducation nationale. Dans un collège des Hauts de Seine, Valentin, passionné d'astronomie, a attendu longtemps ce le 3 octobre 2005 pour voir sa première éclipse, une éclipse partielle aussi importante que celle de 2015 (sauf que c'était au Sud qu'elle était la plus importante). Malheureusement, Valentin s'est retrouvé bouclé dans sa classe rideaux tirés, comme si un "rayon de la mort" s'apprêtait à tuer quiconque s'exposait à la lumière du Soleil. L'art et la manière de faire échouer des vocations scientifiques ! Dans un autre établissement (de l'Éducation nationale française, pays, dit-on, de Descartes), un enseignant éberlué a vu, pendant cette même éclipse d'octobre 2005, des élèves se baisser dans les couloirs pour éviter de croiser les rayons du Soleil partiellement éclipsé qui passaient par les fenêtres. Une mésaventure semblable m'est personnellement arrivée le 15 février 1961. J'avais 9 ans, et j'habitais à Grenoble, dans la bande de totalité d'une éclipse solaire, l'une des 3 éclipses totales de Soleil visibles de France métropolitaine au 20ème siècle (1912, 1961 et 1999). Mon instituteur (j'étais en CM1) a fermé les stores pendant toute la durée de l'éclipse. Je ne le lui ai pas encore pardonné 54 ans plus tard ! La même revue Ciel et Espace est assez inquiète pour 2015 en ce qui concerne l'ouverture d'esprit de l'Éducation Nationale en général, et celle de nombreux enseignants et/ou chefs d'établissement en particulier... et on peut l'être avec elle. Il est vrai que le « principe de précaution exacerbé » et que la politique bien connue du « surtout pas de vagues avec les parents » n'incitent pas à l'optimisme. Et bien qu'aucune amélioration n'ait eu lieu entre 1961 et 2005, espérons naïvement que des progrès auront été faits entre 2005 et 2015, et que cette éclipse pourra être l'occasion pour de nombreux élèves de découvrir ce que sont les sciences exactes et leurs vertus prédictives, ce qui serait fidèle à l'esprit de Jules Ferry et de la République en cette période où l'irrationnel n'est pas particulièrement en baisse.

À moitié pour rire, mais à moitié pour se désoler, on peut citer trois anecdotes collectées juste après l’éclipse du 11 août 1999 (que l'Éducation nationale n'a pas eu à gérer, merci les vacances).

  • Un chauffeur routier aurait posé la question suivante aux autorités (in)compétentes : « On dit qu’il ne faut pas enlever ses lunettes de protection pendant toute la durée de l’éclipse ; or celle-ci dure au moins 2 heures. J'ai essayé de conduire avec ces lunettes, ce n'est pas possible. Je vais donc être obligé de m'arrêter 2h sur le bord de la route. Jamais mon patron ne va me le permettre ».
  • Un couple de retraités aurait demandé s’il fallait enfermer son chien dans une pièce sans fenêtre. Ils avaient essayé de lui mettre des lunettes, mais le chien les enlevait systématiquement, et ils ne voulaient pas que leur chien devienne aveugle.
  • Les seuls dégâts ophtalmologiques recensés le 11 août 1999 sur la ville de Lyon auraient concerné un jeune qui, pour se protéger, se serait mis de la crème solaire "écran total" sur les yeux. Les méfaits d'une précautionnite aiguë, mal comprise, et diffusée par des diffuseurs n'ayant jamais vu d'éclipse et ne connaissant rien à la rétine.

À l'occasion de cette éclipse, une matinée spéciale "scolaires" est organisé à (et par) l'observatoire de Lyon (et certainement dans d'autres endroits en France). Observations et conférences y sont prévues, le ratio observations/conférences dépendra de la météo. Ci-dessous vous est proposé le projet de diaporama de l'une de ces conférences ciblée collège-lycée. Vous pourrez y piocher plein de données pour organiser vous-même des observations, des idées de "manips", pour retrouver des considérations historiques, pour montrer ce qu'on verrait si l'éclipse était totale, les prochaines éclipses...

Dans ce diaporama, retrouvez, entre autres, une carte animée montrant le passage de l'éclipse du 20 mars 2015 proposée par la NASA sur son site dédié NASA Eclipse Web Site .

Vous pouvez aussi retrouver les autres articles de Planet-Terre présentant et/ou expliquant les éclipses.