Faire de la géologie en suivant le Tour de France 2017, étape 15 du 16 juillet 2017

Pierre Thomas

Laboratoire de Géologie de Lyon / ENS Lyon

Olivier Dequincey

ENS Lyon / DGESCO

30/06/2017

Résumé

Quelques aspects géologiques et historiques à voir lors de l'étape du Tour de France 2017 allant de Laissac - Séverac L'église au Puy en Velay.


Le Tour de France, une occasion de découvrir du pays... sa géologie et son histoire

Lors des reportages sur France Télévision retransmettant en direct les étapes du Tour de France, il y a souvent des commentaires touristiques, et parfois des vues (du sol ou d'hélicoptère) de telle ou telle curiosité touristique comme des châteaux, des abbayes... À l'initiative de Patrick De Wever, du Muséum national d'histoire naturelle, un certain nombre de géologues ont été sollicités afin de signaler-expliquer, et ce de manière très simple, tout ce qui pouvait intéresser le grand public en ce qui concerne la géologie des régions traversées, en insistant surtout sur ce qui est visible et photogénique, en montrant les relations entre les "cailloux" et les "Hommes", en expliquant en quoi la géologie permet d'expliquer le relief, la végétation, les cultures, l'aménagement du territoire (routes…), l'architecture... Patrick De Wever se chargera de rédiger un digest homogénéisé et forcément très simplifié de ce qu'il aura reçu des divers géologues sollicités, et le transmettra au Service des sports de France Télévision. Qu'en feront les journalistes, occupés qu'ils seront par les enjeux sportifs ?

La géologie du Tour de France 2017

Nous vous proposons de télécharger ici le document synthétique sur la géologie de bord de route du Tour de France 2017, envoyé par P. De Wever à France Télévisions et concernant les 19 étapes "en ligne".

Patrick De Wever m'a sollicité pour 5 étapes, deux qui traversent le Massif Central de l'Aveyron à la Drôme, les 16 et 18 juillet 2017, et trois étapes alpestres (et provençale) les 19, 20 et 21 juillet 2017. J'ai écrit les commentaires sur ces étapes et j'ai choisi des illustrations pour que Patrick De Wever puisse "allécher" le Service des sports de France Télévision, et ce sans aller sur place, et en utilisant exclusivement des photographies disponibles sur le web notamment les images Panoramio, ainsi que des images de Google Street View prises exactement sur le parcours de ces étapes, sans aller puiser dans ma photothèque personnelle. Les "curiosités" géologiques signalées sont visibles depuis la route, ou se trouvent à quelques kilomètres à droite ou à gauche du parcours et sont alors visibles depuis l'hélicoptère qui suit le peloton.

Figure 1. Les cinq étapes commentées du Tour de France 2017, de l'Aveyron aux Bouches du Rhône

L'étape 15 est figurée en rouge, les quatre autres en vert.


Planet-Terre vous propose, pour chacune des cinq étapes commentées, le texte que j'ai envoyé à Patrick De Wever avec des compléments. Chaque article comprendra le texte "brut" tel qu'envoyé, sans modification, "en noir" (mise en page "classique"). Dans le descriptif de l'étape, les ajouts apparaissent "en bleu". Ces données complémentaires n'auraient pas eu leur place dans des commentaires accompagnant des émissions sportives, mais elles peuvent intéresser des professeurs de SVT ou un public curieux des choses de la nature.

Ainsi, les téléspectateurs qui suivent l'étape en direct pourront, même si les commentaires sont absents, se préparer à noter telle coulée basaltique prismée, tel pli, telles cheminées de fée, tel vignoble… Des amateurs de cyclisme et de nature qui iraient suivre sur place une ou deux étapes (ou simplement des touristes amenés à voyager dans ces régions) pourront ainsi traverser ces régions en en profitant aussi d'un point de vue géologique.

Et tout un chacun, qui lors d'un voyage ira d'un point A à un point B, pourra n'importe où en France faire ce que j'ai fait, c'est-à-dire préparer "geologiquement" son voyage à l'aide d'un moteur de recherche d'images, de Google Earth , de Google Street View , de Panoramio (tant que ce service existe), un peu aussi avec Planet-Terre, avec les cartes géologiques disponibles sur Google Earth , sur le Géoportail ou sur Infoterre (le site du BRGM). Une façon de "voyager intelligent".

L'étape du 16 juillet 2017 : étape 15, départ Laissac-Séverac l'Église (Aveyron), arrivée Le Puy en Velay (Haute Loire)

Figure 2.  Le trajet de la 15ème étape du Tour de France, le 16 juillet 2017


Figure 3.  Le trajet de la 15ème étape (trait vert) du Tour de France 2017 sur fond de carte géologique au 1/1 000 000


L'étape commence en roulant sur des plateaux marno-calcaires, et ce jusqu'à Saint Martin de Lenne (carrefour D45 – D95).

Six-cents mètre après ce carrefour, on entame la descente vers le fond de la vallée du Lot par une large vallée. Pendant les 600 premiers mètres de cette descente, le talus de la route montre des couches horizontales de marnes et de calcaires. Puis les affleurements naturels cessent pendant 150 m (mur) et on atteint des roches tout à fait différentes, des micaschistes plus ou moins gneissiques. On peut d'ailleurs voir un changement dans la végétation en passant des calcaires et marnes aux gneiss et micaschistes. On vient de franchir la discordance hercynienne, où des calcaires et marnes du Jurassique inférieur reposent sur les roches métamorphiques paléozoïques.

Figure 4.  Différence entre les marno-calcaires (en haut) et les micaschistes (en bas) le long de la D95E, quelques centaines de mètres après le carrefour avec la D45

Moins de 300 m séparent ces deux photos. Entre les deux, la discordance Jurassique / micaschistes paléozoïques.


On traverse le Lot à Saint Geniez d'Olt (425 m d'altitude) et on remonte jusqu'à 1350 m (km 48) sur les plateaux de l'Aubrac. Il s'agit de très vieilles coulées volcaniques (basalte) vieilles de 7 à 8 Ma, aplanies et rabotées par les glaciers quaternaires. Surtout en hiver, la surface plane et dépourvue d'arbre de l'Aubrac a un petit côté Sibérie ou Laponie. C'est le berceau d'origine d'une exceptionnelle race de vache à viande, la race Aubrac.

Ces plateaux basaltiques sont parsemés de lacs, comme le Lac des Moines (km 51).

On atteint Nasbinals (km 57,7), village qui se trouve à 2,6 km au Nord-Ouest d'un site remarquable, la cascade de Deroc, où deux anciennes coulées de laves superposées forment une grande marche d'escalier que le ruisseau local franchi par une cascade.

Images d'hélicoptère sans doute très belles.

Après Nasbinal, on quitte (provisoirement) les coulées de basaltes et on roule sur l'un des plus grands massifs granitiques de France, le granite hercynien de la Margeride. Au détour de virages, en particulier entre Aumont-Aubrac (km 80) et Saugues (km 126), on peut noter que le granite forme parfois d'étranges chaos de boules, comme par exemple au Rouchat (km 99). Ce granite serait rose et il y aurait la mer, on se croirait en Bretagne, mais une Bretagne à 1000 m d'altitude.


En musardant par les petites routes 10 km de part et d'autre de la route du tour, on ne peut pas ne pas tomber sur de beaux chaos granitiques, comme les trois qui suivent.

Huit kilomètres au Nord de Saugues, on quitte le granite de la Margeride pour re-rentrer dans les gneiss.

Puis on atteint la vallée de l'Allier, et l'on re-rentre dans les formations volcaniques qu'on ne quittera quasiment plus jusqu'au Puy en Velay.

Les premières orgues basaltiques se découvrent en bord de route juste avant Saint Arçon d'Allier (km 141), et on ne fera qu'en voir au fond de la vallée de l'Allier, entre les km 141,5 et 148,5.

Figure 13. Juste avant Saint Arçon d'Allier, on voit ses premières orgues basaltiques en bord de route

Ce ne seront pas les dernières sur la route de cette étape du Tour, car les bords de la route jusqu'à Prades en sont souvent constitués.


Figure 14. Église en basalte dominée par des falaises basaltiques en bordure de l'Allier

Dans les quelques km qu'on parcourt au fond de la vallée de l'Allier, 600 m après Saint Julien des Chazes (km 146,6) on voit, de l'autre côté du cours d'eau, une très belle église toute en basalte, et dominée par des falaises basaltiques.


Juste après le pont de Prades qui enjambe l'Allier (km 148,5), et avant de ressortir de la vallée par une belle montée, c'est un festival de grandes orgues (basaltiques !).

De Saint Berain (km 155) jusque juste avant Polignac (km 180), on roule sur d'anciennes coulées basaltiques, vieilles de 3 à 0,6 Ma. Les collines correspondent à d'anciens cônes volcaniques partiellement érodés.

À Saint Vidal (km 175), une vallée entaille ces coulées, à l'origine de la "côte de Saint Vidal".

En descendant dans cette vallée, on voit une fois de plus que la rivière a entaillé un plateau volcanique, avec des orgues basaltiques. Le château au fond de la vallée est lui-même construit en basalte.


Figure 18. Bord de route de la côte de Saint Vidal, et ses prismes basaltiques


Figure 19. Bord de route de la côte de Saint Vidal, et ses prismes basaltiques


Figure 20. Bord de route de la côte de Saint Vidal, et ses prismes basaltiques


En montant la côte de Saint Vidal, on passe devant diverses formations volcaniques : des formations avec des orgues horizontales (dykes pour les intimes), des prismes verticaux (coulées pour les intimes) bien moins beaux que ceux de Prades et une ancienne carrière dans des cendres rouges et noires (pouzzolanes pour les intimes) qui entaille un ancien cône de scories érodé.

Au sommet de la côte, on arrive de nouveau sur le plateau basaltique.

En arrivant au carrefour N102-D136D (km 181), on domine le bassin du Puy, où l'érosion a dégagé la base d'édifices volcaniques. Ce sont souvent des volcans qui ont eu des éruptions à l'époque où la région était occupée par un lac. Le contact lave-eau a entrainé de violentes explosions, et les roches formant ces volcans sous-lacustres sont fait de brèches et non pas de basaltes massif.

Deux édifices bien visibles de la route du Tour de France sont remarquables : l'anneau de tuf de Polignac surmonté de sa forteresse du 14ème siècle, et le fameux rocher Saint Michel l'Aiguilhe surmonté de sa chapelle du 10ème siècle.

Images d'hélicoptère très souhaitables.