Isotopes du plomb, Vésuve et histoire de la ville de Naples

Le plomb du port antique de Naples permet de tracer les perturbations liées, entre autres, à l'éruption du Vésuve en l'an 79.

La civilisation romaine a beaucoup utilisé le plomb, métal malléable permettant de façonner des formes variées et de jointer des éléments. Son utilisation dans les systèmes d'adduction d'eau a eu pour conséquence une pollution de l'eau par le plomb aujourd'hui utilisée pour reconstituer l'histoire de la ville de Naples dans les premiers siècles de notre ère.

Un grand aqueduc, Aqua Augusta, alimentait la ville de Naples au premier siècle. L'eau était donc "polluée" ou "marquée" par le plomb des canalisations, eau rejetée dans le port antique de Naple où le plmob se retrouvait piégé dans les sédiments. Si la teneur en plomb d'une eau peut attester de contacts avec des canalisations "au plomb", les rapports isotopiques du plomb permettent de plus de distinguer les gisements d'origine de cet élément.

C'est lors de travaux récents pour une ligne de métro que les couches sédimentaires du port antique de Naples aujourd'hui enseveli ont été mises à jour et échantillonnées. Leur analyse a permis de montrer la pollution attendue en plomb des sédiments, mais elle a surtout permis de documenter plusieurs "anomalies" ou changements qui, datés, permettent de les relier à des épisodes importants de l'histoire de la ville de Naples.

Ainsi, l'impact supposé de l'éruption du Vésuve en 79 est attesté par un changement brutal dans la signature isotopique du plomb à cette date. Le système d'alimentation en eau de la ville de Naples a été détruit lors de cette éruption (chute de la pollution en plomb) puis a été reconstitué en une quinzaine d'années (nouvelle pollution mais avec une signature isotopique différente marquant l'utilisation de plomb issu d'un gisement différent pour les travaux de reconstruction).

Ensuite, l'augmentation de la pollution en plomb semble signer le développement du réseau hydraulique, et donc de la ville, jusqu'à la fin du 5ème siècle. Ensuite, la chute de pollution en plomb correspondrait aux éruptions du Vésuve de 472 et 512 ainsi qu'aux invasions barbares, évènements dont la ville ne se relève pas aussi vite du fait du déclin économique de la ville de Naples.

 

Le communiqué de presse sur le site du CNRS : Quand la pollution au plomb raconte l'histoire antique de Naples

Ce même communiqué CNRS / Univ. Lyon 2 / ENS de Lyon / Univ. Lyon 1 (pdf) : Quand la pollution au plomb raconte l’histoire antique de Naples

L'article publié dans les PNAS : H. Delile, D. Keenan-Jones, J. Blichert-Toft, J.-P. Goiran, F. Arnaud-Godet, P. Romano, F. Albarède

2016. A lead isotope perspective on urban development in ancient Naples, PNAS

 

À retrouver sur Planet-Terre :

- L'éruption du Vésuve en 79 après J.C.

- Le Vésuve, témoin d'une subduction classique ?